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(Notes sur la création) Jean-François Billeter, Leçons sur Tchouang-tseu


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Posté 27 novembre 2019 - 05:26

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...b49a1200d-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Jean-François Billeter leçons sur Tchouang Tseu" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4cb49a1200d img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4cb49a1200d-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Jean-François Billeter leçons sur Tchouang Tseu" /></a>[...] Quand nous réfléchissons, que nous formons une phrase ou que nous cherchons un mot, par exemple, lâesprit sâabsente pour laisser faire le corps. Nous recourons à ce vide du corps propre dans dâautres situations. Je me souviens dâune cantatrice qui chantait Mozart au festival dâAix-en-Provence et que lâon interrogeait à la télévision. « Que faites-vous dans lâinstant qui précède votre entrée en scène ? lui demandait le journaliste ; pensez-vous à lâair que vous allez chanter ? â Surtout pas, disait-elle ; je fais le vide. » Nous savons tous quâil nous faut faire le vide pour que nos forces puissent sâassembler et produire lâacte nécessaire. Nous savons que lâincapacité de faire le vide produit la répétition, la rigidité et, dans les cas extrêmes, la folie. La faculté de faire retour au vide permet au contraire, pour reprendre les termes que Tchouang-tseu prête à Yen-Houei, « dâépouser les métamorphoses de la réalité (1) », de ne plus subir aucune contrainte » et dâagir juste en toutes circonstances. Rappelons-nous cette citation faite précédemment : « Savoir en quoi consiste lâaction du Ciel et savoir [en même temps] en quoi consiste lâaction humaine : il nây a rien au-dessus de cela [...]. Celui qui sait en quoi consiste [véritablement] lâaction humaine nourrit ce que sa conscience saisit au moyen de ce que sa conscience ne connaît pas ».<br />Lâimmobilité de Lao-tseu, « lâoubli » de Yen Houei, le « jeûne de lâesprit » nous sont dâabord apparus comme des pratiques éloignées de notre expérience, voire inaccessibles. Nous voyons maintenant quâelles tirent naturellement parti de dispositions communes que nous exploitons autrement, peut-être moins bien. Je pense que nous en faisons moins bon usage parce que nous ne voyons pas leur rapport avec nos formes dâactivité habituelles. Lâidée que nous nous faisons de la subjectivité et du sujet nous empêche de les percevoir. Ces rapports sont par contre évidents pour Tchouang-tseu, dâabord parce quâil sâintéresse à tous les régimes de notre activité, et à leurs rapports paradoxaux ; ensuite parce quâil conçoit dâemblée le fond de notre activité, ou du corps propre, ou de la subjectivité (tout cela nâétant quâune seule et même chose), comme un vide fécond.<br />Cette conception de la subjectivité comme un vide nourricier avec lequel il importe de rester en contact est exprimée dâune façon remarquablement concise et claire dans le texte suivant qui figure à la fin du livre 7. Je nâen commenterai que la seconde partie, qui introduit une idée nouvelle pour nous : <br /><br /><em>Ne te fais pas le réceptacle du renom, la résidence du calcul ; ne te comporte pas en préposé aux affaires, en maître de lâintelligence. Fais plutôt par toi-même lâexpérience du non-limité, évolue là où ne se fait encore aucun commencement. Tire pleinement parti de ce que tu as reçu du Ciel, sans chercher à te lâapproprier ; contente-toi du vide. Lâhomme accompli se sert de son esprit comme dâun miroir â qui ne raccompagne pas ce qui sâen va, qui ne se porte pas au-devant de ce qui vient, qui accueille tout et ne conserve rien, et qui de ce fait embrasse les êtres sans jamais subir de dommage.</em><br /><br />Les traducteurs ont mal rendu la dernière phrase parce quâils ont cru quâelle décrivait la conduite de lâhomme accompli alors quâelle décrit le comportement du miroir. Ce nâest pas lâhomme de qualité, mais le miroir qui, littéralement, « ne raccompagne pas, ne va pas au-devant ». Lâétiquette chinoise a toujours exigé quâon se porte au-devant dâun visiteur de marque et quâon aille dâautant plus loin à sa rencontre, avec dâautant plus de signes dâempressement, que sa condition est plus élevée que la nôtre. Il faut le raccompagner de même, sur une distance et avec un empressement proportionnés à sa dignité. Le miroir, quand il « reçoit », ne fait rien de tel. Il accueille ce qui se présente sans cesser de reposer en lui-même. Câest ce que fait lâhomme accompli. Il ne sâagite pas comme on le fait en société. Il accueille et réagit. Il le fait dâautant mieux quâil reste vide, autrement dit quâil reste en contact avec lâensemble de ses propres ressources. Ne « conservant rien », il réagit chaque fois de façon nouvelle. Ses ressources sont telles quâil « embrasse les êtres sans jamais subir de dommage ». La comparaison avec le miroir est pertinente en tous points. Le texte est dâune rigueur parfaite.<br /><br />J.-F. Billeter, <em>Leçons sur Tchouang-tseu</em>, Allia, 2002, p. 98-101<br /><br /><strong>Proposition de Jean-Nicolas Clamanges<br /></strong><br />« Jâai fait des progrès, dit Yen Houei. â Comment cela ? demanda Confucius. â Jâoublie la bonté et la justice, répondit Yen Houei. â Câest bien, remarqua Confucius, mais cela ne suffit pas. <br />Lorsquâils se revirent, Yen Houei dit : - Jâai fait des progrès. â Comment cela ? sâenquit Confucius. â Jâoublie les rites et la musique, expliqua Yen Houei. â Câest bien, observa Confucius, mais cela ne suffit pas.<br />Lorsquâils se revirent, Yen Houei dit encore : â Jâai fait des progrès. â Comment cela ? demanda Confucius. â Je puis rester assis dans lâoubli, répondit Yen Houei. â Que veux-tu dire par là ? demanda Confucius intrigué. â Je laisse aller mes membres, je congédie la vue et lâouïe, je perds conscience de moi-même et des choses, je suis complètement désentravé : voilà ce que jâappelle être assis dans lâoubli.<br />Confucius déclara : Si tu es sans entrave, tu nâas plus de préjugés favorables [ou défavorables]. Si tu épouses les métamorphoses de la réalité, tu nâes plus soumis à aucune contrainte. Te voilà devenu un sage. Souffre que moi, Tsieou, je devienne ton disciple. »<br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/NzN6prWKmBE" height="1" width="1" alt=""/>

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