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(Notes sur la création) Cinq traductions françaises d'un paragraphe de Tchouang-tseu


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Posté 29 novembre 2019 - 01:59

 

Cinq traductions françaises de lâavant-dernier paragraphe du ch. 7 du tchouang-tseu


6a00d8345238fe69e20240a4cc0d15200d-100wiLÉON WIEGER (1913)

« [...]
F.   Faites du non-agir votre gloire, votre ambition, votre métier, votre science. Le non-agir nâuse pas. Il est impersonnel. Il rend ce quâil a reçu du ciel, sans rien garder pour lui. Il est essentiellement un vide. â Le sur-homme nâexerce son intelligence quâà la manière dâun miroir. Il sait et connaît, sans quâil sâensuive ni attraction ni répulsion, sans quâaucune empreinte persiste. Cela étant, il est supérieur à toutes choses, et neutre à leur égard. »
Léon Wieger (S.J.), Åuvre de Tchoang-tzeu, ch. 7. Gouvernement des princes (avant-dernier §). in Les pères du système taoiste, Imprimerie de Hien Hien, Heijan, 1913, p. 268-269. (Wikisource)

â

LIOU KIA-HWAY (1969)

« [...]
Le non-agir domine la nomination
Le non-agir renferme les projets
Le non-agir facilite les tâches
Le non-agir guide lâintelligence.

Qui pénètre lâinfini rejoint lâinvisible, perfectionne les dons quâil a reçus du ciel, délaisse tout préjugé, celui-là saisit lâhumilité de lâhomme parfait, se sert de son esprit comme dâun miroir : il ne reconduit ni nâaccueille personne ; il répond aux autres sans rien cacher ; il triomphe des êtres sans en être blessé. »
Tchouang âtseu, Åuvre complète, ch. 7. Lâidéal du souverain et du roi (avant dernier §), traduction, préface et notes de Liou Kia-hway, Gallimard/Unesco, « Connaissance de lâOrient », 1969.

â

JEAN-FRANÇOIS BILLETER (2002)(1)

« [...]
Ne te fais pas le réceptacle du renom, la résidence du calcul ; ne te comporte pas en préposé aux affaires, en maître de lâintelligence. Fais plutôt par toi-même lâexpérience du non-limité, évolue là où ne se fait encore aucun commencement. Tire pleinement parti de ce que tu as reçu du Ciel, sans chercher à te lâapproprier ; contente-toi du vide. Lâhomme accompli se sert de son esprit comme dâun miroir â qui ne raccompagne pas ce qui sâen va, qui ne se porte pas au-devant de ce qui vient, qui accueille tout et ne conserve rien, et qui de ce fait embrasse les êtres sans jamais subir de dommage. »
Tchouang-tseu, livre 7/f/31-33, trad. Jean-François Billeter, in J-F. Billeter Leçons sur Tchouang-tseu, Paris, éd. Allia, 2002, p. 100.

â

JEAN LEVI (2003) (2)

« Ne te fais pas un réceptacle à renom, ne sois pas un magasin à calculs ; ne te comporte pas comme un préposé aux affaires ou un maître de la sagesse. Sache aller jusquâau terme de lâillimité et vagabonder dans lâinvisible. Tire parti de ce que tu as reçu du ciel sans en chercher davantage. Contente-toi dâêtre vide. Lâesprit de lâhomme parfait est un miroir. Un miroir ne reconduit ni nâaccueille personne ; il renvoie une image sans la garder. Câest ainsi quâil domine les hommes sans être blessé. »
Fin du ch. 7, in J. Levi, Propos intempestifs sur le Tchouang-tseu, Paris, éd. Allia, 2003 p. 142.

â

ROMAIN GRAZIANI (2019) (3)

« Ne joue pas au maître des noms ; ne fais pas de ton corps un bureau à projets ; ne te prends pas pour la personne en charge ; ne laisse pas ta conscience jouer les propriétaires ; fais corps avec lâinfini ; ébats toi en restant lâinvisible ; déploie pleinement ce que tu as reçu du ciel sans chercher à voir ce que tu en retireras ; demeure vide et voilà tout ; les hommes parfaitement accomplis se servent de leur esprit comme dâun miroir ; ils ne vont pas au-devant des choses ni ne se laissent entraîner ; ils nâemmagasinent rien, étant pure réactivité ; câest ainsi que lâon peut avoir prise sur le dehors sans se laisser nuire. »
Tchouang tseu, ch. 7, trad. R. Graziani, in R. Graziani, Lâusage du vide, Essai sur lâintelligence de lâaction, de lâEurope à la Chine, Paris, Gallimard, Bibliothèque des Idées, 2019, dernier § de lâépilogue de lâouvrage.

Proposition de Jean-Nicolas Clamanges


1 Note liminaire : « Il nâen existe pas [du Tchouang-tseu] de traduction satisfaisante en français. Celle de Liou Kia-hway [...] est faible. Celle de J.-J. Lafitte (Albin Michel, 1994) nâest pas meilleure. Celle de L. Wieger [...] est définitivement dépassée. La meilleure que lâon ait en une langue occidentale est celle de Burton Watson, The Complete Work of Chuang Tzu (Columbia University Press, New York, 1968). Celle de A.C. Graham, Chuang-tzû, The Seven Inner Chapters (Allen & Unwin, Londres, 1981) est moins convaincante, mais présente de lâintérêt par son appareil critique. »
2 Note de la p. 10 : « Bien que je renvoie à la traduction du Tchouang-tseu de Liou Kia-hway [...] je donne ici et dans la suite ma propre version ; elle diffère souvent sensiblement de celle de Liou. Cf. VII, p. 142 ».
3 Notice sur le Tchouang-tseu : « Les traductions complètes du Tsouang-cheu publiées en français sont déplorables, à lâexception de celle de Jean Levi publiées en 2006 : Les Åuvres complètes de Maître Tchouang [...]. Celles publiées en anglais valent bien mieux.



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