Aller au contenu

Photo

(Note de lecture) Du franglais au volapük ou Le perroquet aztèque, de Gérard Cartier, par Jean Guégan


  • Veuillez vous connecter pour répondre
Aucune réponse à ce sujet

#1 tim

tim

    Administrateur

  • Administrateur principal
  • PipPipPipPip
  • 5 499 messages

Posté 15 janvier 2020 - 10:17

 

6a00d8345238fe69e20240a4dd7472200d-100wiPublié dans la collection Les placets invectifs, ce petit livre, écrit avec clarté, précision et vigueur, animé par une saine indignation, est d'une lecture salutaire. Après une entrée en matière qui s'ouvre en fanfare comme le célèbre Manifeste de 1848, dans laquelle Gérard Cartier rappelle le péril qui menace actuellement la langue française et justifie sa volonté et son droit, bien que non spécialiste, de participer à sa défense, il dresse en neuf chapitres un tableau convaincant de la situation. Bien sûr, cette situation, chacun de nous la connaît pour en faire l'expérience quotidiennement â au cinéma, j'ai pu par exemple constater dernièrement que sur les quelque vingt minutes de publicités et bandes-annonces précédant le film, il n'y en avait sans doute pas deux en français !
Le grand mérite de ce livre qui s'appuie sur de nombreuses références et citations, c'est, par la rigueur de la démonstration de transformer l'expérience immédiate et fragmentée en une vision synthétique cohérente. 
Multipliant les exemples empruntés aux domaines les plus divers â information, commerce, culture populaire, politique, et même littérature â Gérard Cartier montre comment l'anglais - et surtout cette variante barbare, aberrante de l'anglais qu'est le globish â envahit l'espace et remplace le français. Il souligne le rôle particulièrement néfaste des journalistes, qui, par inculture, snobisme et lâche panurgisme, trahissent leur langue maternelle. Mais ils ne sont pas les seuls, les responsables politiques, notamment le premier d'entre eux, ne sont pas en reste. Gérard Cartier cite cet exemple incroyable de Pierre Moscovici écrivant « à Michel Sapin, ministre français des finances, une missive... entièrement en anglais ! » (p. 68) Et il ne faut pas oublier le remplacement du français par l'anglais dans l'enseignement de certaines matières, ni l'abandon de la promotion du français à l'étranger.
Or, tout cela a de multiples et fâcheuses conséquences. Sur la langue elle-même : les anglicismes « s'incorporent à notre langue, qui se trouve peu à peu modifiée dans son essence. » (p. 37) Sur la pensée ensuite, la réduction du vocabulaire appauvrissant « cruellement »  (p. 54) celle-ci. Enfin, se soumettre à une langue, c'est accepter d'être conquis par la culture que cette langue véhicule. Et la « culture » de l'anglais actuel, ce n'est pas Shakespeare ni Byron, c'est le monde états-unien. Ce que Gérard Cartier résume en une formule-choc : « Disneyland a remplacé le TNP » (p. 22)
Le tableau est sombre et pourrait sembler désespérant. Mais avec son livre tonique, Gérard Cartier invite utilement à résister. La guerre n'est pas perdue.

Jean Guégan

Gérard Cartier, Du franglais au volapük ou le perroquet aztèque, éditions Obsidiane, 2019, 110 p., 14â¬.


UdFjOb0mIyA

Voir l'article complet