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(Note de lecture) Les Boxeurs de l'absurde, de Béatrice Bonhomme, par Michaël Bishop


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Posté 31 janvier 2020 - 10:31

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...8f896200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Les-boxeurs-de-labsurde-nggid0277-ngg0dyn-640x426x100-00f0w010c010r110f110r010t010" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4b8f896200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4b8f896200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Les-boxeurs-de-labsurde-nggid0277-ngg0dyn-640x426x100-00f0w010c010r110f110r010t010" /></a>Le rouge et le blanc, puissants blasons largement antagoniques dans une Åuvre qui, pourtant, ne cesse de leur imposer la grâce dâune certaine transcendance non binaire, lâharmonie quâosent espérer générer la compassion et, au-delà, lâindicible de lâamour. La logique implicite des peintures noires de Goya est discrètement évoquée, tout comme lâinfini rêvé au cÅur même de la finitude dans les subtils tableaux dâOstovani, ou Dante luttant, héroïque, amoureux, visionnaire face à la terreur de lâinfernal.<br /><br />Mais le présent recueil de Béatrice Bonhomme, composé de onze suites, nâa rien dâépique. Les textes de chaque suite sont courts, même ceux, rares, qui dépassent les 12 vers, gardent une certaine légèreté formelle par le biais de divisions strophiques. La voix qui propulse cette poésie évite toute stridulence, toute ostentation, préférant en général la délicatesse, la réserve, lâimplicite de lâélégiaque auquel résiste presque toujours lâinstinct dâune force qui en semble saisir les limites. Et si les blasons du blanc et du rouge semblent voués à lâopposition entre, dâun côté, le pur, lâabsolu, le silence, de lâautre, la violence, la douleur, la mort, les équations de lâimaginaire se complexifient, sâentretissent, la pierre blanche dâune tombe étant caressée au-delà de ce quâelle cache, le rouge restant le symbole dâune chair vécue dans toute sa précaire mais splendide vivacité. <br /><br />La grâce qui ne cesse de hanter la poésie de Béatrice Bonhomme parvient à fusionner avec un heureux naturel lâintimité dâune voix et une finesse dâadresse qui ouvre larges les portes de sa pertinence sans jamais tomber dans le piège dâune abstractivité. Ce qui permet au vécu de se décontextualiser sans jamais quitter son enracinement dans le viscéral, le sensuel, le visiblement mortel. Toutes les émotions trouvent leur place ici : la perte, la tristesse, le désarroi, mais aussi la détermination, le courage, lâadmiration, la douceur, le âgeste de brandir / Le huit couché de lâinfiniâ (48). Si lâexpérience de la mort continue à marquer lâimaginaire de la poète, la quête dâune âintensitéâ (60) oriente et élève, tout comme le devoir sacré de lâamour, de sa ârespirationâ (65). Le sentiment du défi de âla main du hasardâ (119) ne quitte jamais ces textes, le précaire, le fragile, lâéphémère étant compris et sentis comme logés au sein de ce qui fonde lâexistence. Mais câest toujours celle-ci dans son implacable ici et maintenant qui finit par énergiser lâacte dâécrire, le sentiment inaliénable dâune chatoyante valeur, dâun sens au centre même dâun souvent pressant ânon-sensâ (117). Câest sans doute pourquoi les anciens sites méditerranéens â Carqueiranne, Tharros, Tipaza â sont pour Béatrice Bonhomme si émouvants, lieux de ruine, de mort, mais lieux de profonds échos, lieux de dignité, de continuité, dâimprobable beauté vivante, lieux de la divinité même de la terre et de ses habitant(e)s. Lieux, enfin, de notre être, de ce quâelle nomme âun être soyeux de limon / Un être de pierre et de miel / Un être de cÅur et de corps / Un être dâos et dâamour / Un être de ciel et de merâ (95).<br /><br />Un être-au-monde que seule la poésie sait garder intact dans tout son mystère, tous ses soi-disant paradoxes, toute son unité, provocatrice, exigeante, donnante, généreuse.<br /><br /><strong>Michaël Bishop<br /><br /></strong>Béatrice Bonhomme, <em>Les boxeurs de lâabsurde</em>, LâÉtoile des limites, 2019, 192 pages, 19 euros.<br /><br />Quelques extraits des <em>Boxeurs de lâabsurde</em> :<br /><br />Oui comment faire le blanc<br />Dans le visage et sous les paupières?<br /><br />Trouver ce moment <br />Dâabsolu<br />Où les couleurs veulent se mêler<br />Pour rejoindre le blanc.<br /><br />Comment parvenir à cet instant de blanc<br />Sans avant et sans après?<br /><br />Faire lâamour comme on fait le blanc<br />Faire lâamour comme on fait la neige<br />Peindre le silence.<br /><br />Dire ce qui ne peut être dit<br />Peindre ce qui ne peut être peint<br />Dans lâaporie de la blancheur.<br /><br />Oui atteindre le blanc<br />Sans visage et sans nom,<br />Sans paupières et sans yeux.<br /><br />Sans. (19)<br /><br />***<br /><br />Pourquoi si rouge comme le cÅur brillant de la mère<br />La mère rouge au cÅur dans une maison rouge<br />Pourquoi veinules et artères dâarbres et de maisons<br />Dans le cÅur des contes<br />Petit farceur violé par le sang des ogres.<br /><br />Pourquoi posée sur des piliers de fissures et de temps<br />Avec la blessure et la faille<br />Et la cicatrice noircie dans le rouge<br />Pourquoi éclatée de terrasses et de vérandas <br />Comme des sanglots qui laissent échapper un sang noir.<br /><br />Pourquoi si rouge la maison du cÅur et de lâenfance<br />Avec au centre son cercueil amarré<br />Et les morts entourés de linceul<br />Dans le froid humide des tombes. (p. 178-80)<br /><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/VkMI2hOg-OY" height="1" width="1" alt=""/>

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