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(Disparition) Marc Syren, un hommage de Mathieu Jung


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Posté 31 janvier 2020 - 03:05


Marc Syren ou la nostalgie de lâAnge

6a00d8345238fe69e20240a4b90c35200c-100wi« Quelquâun sait désormais le dernier mot, » écrivait Marc Syren dans une plaquette parue en 2016.
Tout le monde, ici, se souvient de lui, de lâengagement qui fut le sien, ces années durant, en faveur de la cause nécessaire et forcément perdue du poème. Cet être tout de discrétion animait les soirées de lectures au FEC (Foyer de lâétudiant catholique), ici, à Strasbourg, non loin de la place Saint-Etienne. Il présentait les poètes invités, sâeffaçait après une prise de parole qui vous remuait, doucement vous secouait â pour rejoindre, faisant grincer les lames du parquet de la vieille salle Léon XIII, la table, en retrait, sur la droite, non loin de lâentrée, où il disposait quelques victuailles, ainsi que des ouvrages de poésie, la sienne mais pas seulement.
Marc Syren était coutumier dâune poésie pensive et aphoristique, minérale. Il élaborait une Åuvre fragile et subtile, à partir de bribes et de brindilles â Schnieppfle un broosle, pour reprendre la formule de cet autre poète alsacien, Gaston Jung. « Abrupt est lâexercice de construire lâossature dâun rire avec juste des brindilles, » nous dit Marc Syren dans Et ce nâest quâen entrant.
Son allure me faisait penser à Dylan Thomas.
Il y avait chez Marc Syren la nostalgie de lâAnge.
Un goût non à vrai dire pour le raffinement, mais pour lâhumble et le rare, qui le poussait, par exemple, à voir à travers lâÅuvre de Jacques Borel « une prière bohémienne devant la vitre du monde ».
La poésie lui doit tant. Cette ingrate.
Marc Syren était une sorte de passeur silencieux, un passant tout court, à Strasbourg, où on le croisait, naguère, au Snack Michel, avenue de La Marseillaise. Des poèmes de Jean-Paul Klée en témoignent.
Je ne suis pas sûr que Marc Syren était de ceux qui font de la poésie un sacerdoce. Encore moins de ceux qui spéculent à partir dâelle, en vue dâune carrière littéraire, dâune trajectoire consciente et mesurée. Sa vraie vie lâen empêchait souverainement. Lâenvol patient de ses phrases le menait bien ailleurs : dans le sens dâun mode dâêtre, dâune éthique qui en douceur, avec sûreté infusait en lui et le portait.
Une Åuvre discrète, secrète, mais assez abondante en définitive. Dont on ne mesure pas lâampleur, bien que lâimpact sensible de cette parole soit incontestable.
Absent de toutes anthologies, comme on dit : absente de tous bouquets.
En marge des déflagrations vaines, des ravageuses velléités de maintenant, le murmure soleilleux de Marc Syren a trouvé sa place au cÅur des choses.
Un pas de côté â un écart existentiel, lequel fait tanguer la langue, lâouvre dans un geste dâune éperdue bonté, dâune prodigalité ahurissante, selon une intranquillité vaillante qui sâobstine à ne pas se refuser à la lumière. En dépit de lâindifférence froide et méthodique dâun monde saccagé, Marc Syren se tenait debout, jovial et fixe, comme une grande étoile dans lâembrasure dâune parole faite sienne, adaptée à lâévidence du poème. Et de proférer, de dire, de faire monter la prière vers un azur quâil faut bien se résoudre à qualifier dâindestructible.

Mathieu Jung
(nuit du 28 au 29 janvier 2020)

(photo : Grégory Huck)

Extraits de Ce nâest quâen entrant (2016)
Il fut dit dans la contrée quâun infini silence permettait une voix.
Alors quâau fond du couloir ou au bord de la falaise un homme signe des autographes il nâépuise pas le grand large.
Joie de sâextraire de la meute nécessaire je nâai pas compté les syllabes mais articulé le canevas.
Courage au milieu des hommes dans la lumière on dit que tout alentour bavarde.
Fulgurante curiosité dans la poésie de chaque désirant lâémotion nous immole.
Y a-t-il une issue pour celui qui court après son ombre.
À savoir que la lampe est prête et que la montagne à gravir nâest rien.
Puis celui qui dâun geste a brisé la beauté a lancé le nomadisme des échanges.
Une feuille volante et câest lâaventure de la bonté.
Toréer avec le geai dans lâazur du jardin cela est juste et bon.
Réécrire lâhistoire des méandres accomplir tout lâalbum des jeunes pousses.

Marc Syren â éléments de bibliographie
Voyelles en partance, Gigondas, Atelier des Grames, 1993.
La clémence du cÅur en hiver
, préface de Pierre Dhainaut, Charlieu, La Bartavelle, 1993.
Lâimpeccabilité des sources, préface de Bernard Noël, Charlieu, La Bartavelle, 1997.
Le courage nâa pas de stigmate
, Strasbourg, Les Lieux-dits, 1999.
La patience des souffles dans le galop de la nuit, Saint-Estève, Les Presses littéraires, 2000.
La fontaine narrative de Balthus
, Toulouse, Éditions du Contentieux, 2003.
La berceuse de lâégard, Strasbourg, Les Lieux-dits, 2003.
Phrases
, Strasbourg, Les Lieux-dits, 2001.
La maison du consentement, Toulouse, Éditions du Contentieux, 2001.
Tout sera intégré, Strasbourg, BF Éditions, 2003.
La convocation de lâinespéré, Toulouse, Éditions du Contentieux, 2004.
Lâenfant nâa pas de sablier, Colommiers, Encres vives, 2006.
La parole faite oiseau, Gigondas, Atelier des Grames, 2006.
Dans la bergerie de la clarté, Sarrians, Les Solicendristes, 2007.
En construisant une cabane pour les oiseaux, Strasbourg, Les Lieux-dits, 2006.
Le mot juste approche le réel, La Broque, Les Petites vagues, 2007.
Et ce nâest quâen entrant, Strasbourg, Éditions Soub, 2016.
Quelques publications en revues, dans Rehauts, À lâIndex, etc.


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