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(Note de lecture) Melancholia, de Philippe Thireau, par Claude Minière


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Posté 05 février 2020 - 10:26

 

6a00d8345238fe69e20240a4e4294e200d-100wiLe grand oiseau qui plane là-haut la nuit, est-il capable de tout avaler, dâavaler Histoire du Soldat et La Jeune Fille Violaine ? Je trouve toujours amusant de mâimaginer après la mort, lââme partant. Câest toujours très touchant, et un rapt. La littérature ingurgite et régurgite « tout ». Le récit peut se retourner comme un gant. ô oui vrai tu es enfui suis entièrement défaite eau dans toutes les eaux tâabreuvant suis lâeau de ton corps enfin ô toi amant mon beau sapin seras-tu le jour qui point et séchera les larmes du ciel (Melancholia, p.37).

Depuis Joyce (le monologue final de Ulysses), la possibilité est apparue dâécrire une « guirlande » de souvenirs-visions-éclats de réalité, imaginations ponctuée dâinstants ironiques-critiques sur (dans) le flux dâun récit. Pourquoi ne serait-ce pas à poursuivre comme mode dâécriture ? comme « norme » riche de ressources, de possibilités de découvertes originales, selon lâexpérience et la sensibilité dâun individu ? Câest risqué (risqué compte-tenu de la Norme « classique » imposée et courante --- qui a cours mais nâest cursive que figée). Câest ici réussi. Réussi en tant quâexploration-déploration, conte et chant. Lâinvention propre à Philippe Thireau tient à la double hélice qui meut son texte, au duo qui relaie et pénètre la voix masculine et la voix féminine, les mêle à distance dans leurs stances.

Je ne trouve personnellement que deux « prudences » de lâauteur affaiblissant (oh, si peu) la radicalité de la disposition initiale : son titre (Mélancholia), par trop romantique ; la partition marquée de lâouvrage en deux parties, la deuxième partie (miltrana), qui sâenclenche page 41, étant une sorte de cauda qui porterait implicitement la mention « Da capo » (telle quâà la fin de Finnegans wake).
Cependant, on pourra mâopposer : mélancolie : un miroir-sorcière ? de lâautre côté du miroir ? Engloutissement en miroir des deux monologues ? À vous de voirâ¦Peut-être Philippe Thireau a-t-il voulu éviter que son écrit prenne le caractère dâune épopée victorieuse. Peut-être a-t-il souhaité que cet écrit lui ressemble davantage et soit son « portrait tout craché » (Gilbert Bourson apporte au livret une préface très claire). Et lâauteur suggère plusieurs « niveaux de lecture » de son texte. Entre autres, celui dâun théâtre : de marionnettes (elles font, font, font) et celui dâun cinéma (clic, clac). Maisâ¦histoire de « la fille violette et le soldat », il y a aussi une pointe de souvenir de Claudel dans Melancholia.

Claude Minière

Philippe Thireau, Melancholia, Tinbad, 2020, 48 p., 11,50â¬. (en librairie le 13 février).



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