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(Note de lecture) Sur un piano de paille, Variations Goldberg avec cri, de Michèle Finck, par Jacques Goorma


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Posté 07 février 2020 - 10:25

<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><br /><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...bb1e5200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Michèle Finck sur un piano de paille" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4bbb1e5200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4bbb1e5200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Michèle Finck sur un piano de paille" /></a>Après <em>Connaissance par les larmes</em>, publié en 2017, Prix Max Jacob, Michèle Finck aurait pu intituler celui-ci : Connaissance par la caresse. Caresse dâune main, caresse des sons, dâun crayon, des couleurs, de lâoeil, dâune caméra, de la lumière, dâune vague, du vide. La caresse, comme une basse obstinée, soutient tout lâouvrage avec le cri qui en est à la fois le condensé et le contrepoint. <em>Apprivoiser cassure par caresse</em> pourrait résumer lâambition ou la folle tentative menée ici avec une inlassable ténacité et la fidélité à un devoir : <em>aller vers la limpidité. <br /></em><em>Bach mâa enseigné la caresse / Et non le cri. Voudrai écrire / Comme on caresse. Mais déjà / Écris comme on casse. Déjà/ Écris comme on crie.<br /></em>Comme pour les trois précédents recueils publiés chez le même éditeur et de manière plus évidente encore, <em>Sur un piano de paille </em>est un ouvrage fortement charpenté et rigoureusement construit. Il manifeste le besoin impérieux dâordonner le chaos et la confusion des émotions premières avec ses  chocs, ses ruptures et ses éblouissements.  Lâarchitecture qui reprend celle des <em>Variations Goldberg</em> de Bach est ici essentielle comme la mise en page et la typographie qui jouent également un rôle significatif à lâinstar dâune partition musicale. Chacune des trente <em>Variations</em> propose un très bref poème en gras qui sâintercale entre des morceaux de prose narrative ou descriptive qui le déplie, le déploie. Au milieu exact du recueil, à la seizième <em>Variation</em>, un chiffre est livré comme une clé numérique qui organise lâensemble. Le livre est composé de 30 <em>Variations</em> suivies chacune de 30 <em>Cris</em>. Il est encadré par deux <em>Arias, Pierre pour un tombeau. </em>Il comporte 32 morceaux comme les <em>Variations Goldberg</em> de Bach constituées pour la plupart de 32 mesures. <em>Bach croyait aux nombres</em>. Gould est né en 1932 et a quitté la scène à 32 ans. 32 est le numéro de la rue où vécut longtemps lâauteure. Il orne même une de ses serviettes de toilette comme un rappel talismanique. <em>Pour moi jâai le chiffre 32 tatoué à lââme </em>ajoute lâauteure, <em>non sans autodérision et méfiance vis-à-vis du fétichisme du nombre </em>et sans oublier <em>Le sourire éternel / De tes trente-deux dents </em>!<em> <br /></em>Ajoutons que les sonates pour piano de Beethoven sont aussi au nombre de 32. Pour les lecteurs intéressés par la question, on pourra rappeler que selon <em>Le Sépher Yétzira</em> (<em>Le livre de la Formation</em>), 32 voies ont créé lâunivers, « les trente-deux sentiers merveilleux de la sagesse », à savoir : les 22 lettres de lâalphabet hébraïque et les 10 Sephiroth-abîme (Sephiroth-belima) représentant les dix puissances créatrices énumérées par la Kabbale. On pourra souligner que le <u>2</u> est la valeur numérique de <u>Beth,</u> première lettre de la Thora qui signifie la Maison et que le <u>30</u> est la valeur numérique de <u>Lamed</u>, dernière lettre de la Thora qui signifie la curiosité, lâÉtude, lâélévation, le désir. Le chiffre 32 désigne donc La Maison de lâÉtude et les lettres Lamed et Beth réunies écrivent le mot CÅur. Pour rejoindre le centre et atteindre lâessentiel, lâartiste se soumet à une rigoureuse ascèse. <em>Aller vers la limpidité</em> exige un implacable travail.<br />Les <em>Variations</em> sont également partagées en trois dizaines. La <em>Variation </em>10 et la <em>Variation </em>20 : sont les seules à ne comporter quâun très bref poème formant une croix dont la verticale en gras croise sa réplique horizontale. Celles-ci, comme des pivots, des axes de soutien dans la structure de lâédifice semblent annoncer un changement de période, de mouvement, de registre. <em>La caresse laisse lâautre libre dâêtre lâautre (Variation </em>10<em>) La caresse est une étoile filante dans la nuit noire</em> (<em>Variation </em>20). Les <em>Cris </em>10 et 20 qui suivent ces Variations sont semblablement découpés en 3 séquences.<br /><em><br />Sur un piano de paille,</em> relate de manière poignante et impitoyable les éléments marquants dâune biographie intime - vécue ou rêvée - et propose les composants dâun art de lâécoute musicale ou encore dâun exercice de la lecture et de lâécriture. Vie, musique et littérature sont ici inséparables tant elles sont initialement mêlées. Vertu de lâécoute musicale. Souvenir des grands moments dâécoutes solitaires ou partagées. Pouvoir de la lecture : <em>Et si câétait cela lire : être métamorphosé par une phrase. </em>Injonction de lâécriture : <em>Écris avec le cri de la mère dâun côté/ Du crâne et le mutisme père de lâautre côté. Écris. <br /></em>Les personnages principaux de cette biographie intime sont Père, Mère et Fille, dépouillés de leur article, auxquels sâajoute, dès lâenfance, le fantôme dâun frère, le poète préféré du père, Georg Trakl, que la fille finira par traduire. Le rôle prépondérant du père trouve son équivalent et comme son remède dans la figure paternelle et mythique de Bach. Hommage est aussi rendu à la forte et bienveillante amitié dâYves Bonnefoy, un autre père lui aussi disparu,  auquel sont dédiées les <em>Arias</em> qui ouvrent et referment lâouvrage.<br /><em>Sur un piano de paille </em>est aussi, à travers une exploration poétique approfondie de chacune des <em>Variations Goldberg</em> de Bach, un exercice de lâécoute musicale envisagée comme un art à part entière. Un art dans lequel Michèle Finck excelle par la finesse de ses perceptions, la justesse de ses notations, notamment dans ses appréciations concernant différentes interprétations. Pour Glenn Gould, <em>interpréter /câest questionner. </em>Pour Gustav Leonhardt, <em>interpréter /câest répondre. </em>Murray Perahia, <em>guéri par Bach </em>est<em> devenu lui-même guérisseur</em>. Tatiana Nikolaïeva est lâ<em>accoucheuse des silences de Bach</em>, Wanda Landowska, la <em>claveciniste-flamme</em>. Lâair, la terre, lâeau et le feu.<br />Une sensibilité vive, à fleur de peau, anime cette écriture ardente. Une écriture qui sâexprime aussi bien par la caresse que par le cri. Une écriture souvent incisive, mordante, faite de phrases courtes, syncopées, purgées des articles inutiles, du gras superflu. Comme pour aller à lâos. Et le cri est lâos du chant, du poème. <em>Créer-Crier</em>.  Le cri est une mise à nu. <em>Poésie : résistance</em>, est le titre du <em>Cri</em> 28 où lâauteure, également professeur de littérature comparée à lâuniversité de Strasbourg salue la mémoire et nomme chacun de ses étudiants tués au Bataclan le 13 novembre 2015, et finit en citant ces vers admirables dâUngaretti : <em>Sono un poeta / Un grido unanime. Je suis un poète/Un cri unanime. </em>Le <em>Cri </em>29, intitulé <em>Cris-femmes </em>énumère les femmes-poètes suicidées et fait écho au <em>Cri</em> 20 où elle avoue que<em> Sans la pensée du suicide lâhomme serait/ Claustrophobe. Vie sans fenêtre ni porte. // Avec suicide : vie ouverte).<br /></em><br />Si <em>Sur un piano de paille </em>est un livre impressionnant par sa construction et la densité, lâintensité de son écriture, il est aussi extrêmement prenant. Il sây passe toujours quelque chose qui nous retient et nous tient en alerte, en suspens, en attente dâune suite. <br />En quelques recueils, Michèle Finck sâétait déjà affirmée comme lâune des voix les plus singulières et les plus marquantes de la poésie dâaujourdâhui. Ce quâelle confirme ici avec éclat.<br /><br /><strong>Jacques Goorma<br /></strong><br />Michèle Finck, <em>Sur un piano de paille</em>, <em>Variations Goldberg avec cri,</em> Arfuyen. 182 pages. 16,5â¬<br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/w5y-E1zEzFA" height="1" width="1" alt=""/>

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