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(Anthologie permanente) István Kemény


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Posté 05 juin 2020 - 09:07

 

6a00d8345238fe69e20263ec1ffccf200c-100wiLa revue Po&sie, en son numéro 171, publie un important dossier intitulé « Europe, centrale. 2 ». Poezibao a choisi dans le très riche sommaire (on peut le consulter ici) le début dâun poème dâ István Kemény. Une traduction de Guillaume Métayer.

Hypnothérapie
Traduit et présenté par Guillaume Métayer

Né en 1961, il est le grand poète de sa génération, auteur d'une dizaine de recueils, deux romans, plusieurs essais. Il est traduit en français par Guillaume Métayer. On peut lire de lui Deux fois deux (Caractères, 2008, prix Bagarry-Karàtson de traduction du hongrois), Neuf poèmes (Po&Sie, n° 152, automne 2015), Poèmes (Place de la Sorbonne, n° 3, avril 2013, p. 154165.). Ses poèmes ont été également traduits en volumes dans de nombreuses langues dont l'allemand, l'espagnol, le roumain, ou le bulgare. On peut lire sur son Åuvre : G. Métayer « Istvan Kemény, un poète du XXIe siècle », Revue des deux mondes, mars 2008, paru en traduction hongroise par Miklôs Bardos dans la revue Kaligramm, Bratislava-Budapest, mai 2008 et dans le collectif d'Agnes Balajthy et Miklôs Borsik, consacré au poète (Turista és zarândok â Esszék és tanulmànyok Kemény Istvânrôl [Le Touriste et le Pèlerin. Essais et études sur Istvân Kemény], Budapest, Prae.hu, JAK-füzetek sorozat, 2016). Le long poème Hypnothérapie est extrait de son dernier recueil, Nilus [Nil], Budapest, Magvetô, 2018.


Hypnothérapie

Maintenant vous êtes triste.
Triste, triste.
Vous sentez que vous n'avez encore jamais été gai.
Mais vous ne pensez pas à la tristesse,
vous êtes seulement triste. Maintenant vous êtes triste.
Triste, triste, tellement.
Vous vous abandonnez à la tristesse.
Vous voulez regarder de haut
le théâtre de votre vie.
Y conviendrait même un banc, pourvu que vous y montiez,
un voyage aérien pourrait être mieux encore.
Vous pensez à un satellite, mais le rejetez :
ce serait un trop grand geste,
les détails se perdraient. Vous
n'avez pas besoin de solution maintenant.
Vous êtes triste. Vous ne vous juchez pas sur le banc,
vous vous y asseyez plutôt. Vous regardez les bourgeons.
Maintenant ils viennent d'éclore
car c'est le mois d'avril,
2016.

Les soupirs à moteur vous viennent à l'esprit
avec lesquels l'automne venu
les jardiniers du monde civilisé souffleront
hors des promenades les feuilles mortes.
Maintenant vous êtes triste, triste,
triste. Vous pensez aux machines. Au fait
qu'elles ont mis l'être humain entre guillemets et l'y ont étouffé,
et au fait que tout le monde y pense.
Vous pensez aux pensées machines,
aux lieux communs. Au fait que dans cent ans
les lieux communs aussi auront disparu avec les humains.
Pauvre brouette, que deviendras-tu ? Vous
pensez à cela, car contrairement au futur
vous connaissez bien la brouette,
et en voyez une justement
qui travaille avec une confiance enfantine
dans les mains d'une dame plantant des fleurs.

Vous êtes triste. Pas infiniment,
juste extrêmement.
Vous pensez à votre âge. Vous êtes vieux.
Plus vieux que votre âge. Vous êtes un moderne.
Un moderne d'expérience. Vous êtes un
monsieur du dix-huitième siècle.
Vous aviez deux ans, quand dans un appentis
du domaine voisin la machine à vapeur a fait ses premiers pas,
et soixante passés, quand une fois dans la rue
pendant votre promenade matinale coutumière,
le petit Marx, cinq ans, dévora des yeux la natte
que vos vieux ans avaient oublié sur votre nuque.

Vous êtes triste. Vous pensez à vos expériences,
et à vos souvenirs. Aux petits gestes
que vous avez remarqués, aux conséquences
que vous avez tirées. Aux rapports
que vous avez découverts. Vous en êtes fier.
Vous pensez au papillon de l'effet-papillon,
auquel vous pourriez bien donner maintenant
une ou deux réponses, s'il le faut : quand battre des ailes,
quand ne pas le faire, à quelle force, voire peut-être
pourquoi. Vous pensez au fait qu'il faudrait dénicher
ce papillon, car vous en avez connu plus d'un :
l'un aujourd'hui a du poids et du pouvoir, l'autre
est resté léger et libre, mais la méthode
est la même : rester sans bouger,
attendre que le papillon descende,
et quâil pose des questions, lui, sâil veut.

(...)

István Kemény, « Hypnothérapie » extrait de, Nilus [Nil], Budapest, Magvetô, 2018,  in revue Po&sie n° 171, 1er trimestre 2020, Belin, 20â¬
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