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(Note de lecture) Dominique Preschez, Parlando, par Tristan Felix


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Posté 17 juillet 2020 - 09:08

<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><strong><em><br />Parlando </em>: les blasons dâune </strong><em><strong>renessence</strong><br /></em><br /><br /></span></p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...6ce75200b-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Dominique Preschez Parlando" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20263e956ce75200b img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263e956ce75200b-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Dominique Preschez Parlando" /></a>Comme avec Dominique Preschez, poète, musicien, compositeur, il nâest rien qui ne joue de tout le spectre de la création, nous avons relu-ouï <em>Le trille du diable, romans, </em>paru chez Tinbad en 2018<em>,</em> tout à lâécoute en boucle de son <em>Libertate</em>, un double compact disque, sorti chez Polymnie en 2019, accueillant sur ses deux sphères un impressionnant univers dâinvention par lâhommage aux compositeurs nourrices ; en rien servile lâhommage â mais la révérence en cavale, sertie dâun néant pur â vrai â où les échos résonnent des harmoniques les plus intimes aux plus arrachantes tourmentes. Les compositeurs sây trouvent traversés, cicatrisés, parfois frappés par la foudre musicale du chantre. Tels<em> transports de lâesprit et des sens</em>, tel ébranlement de lâorgue et du piano convoquent la mort au bord dâune falaise crânienne dont un pan menaça de sâeffondrer. Ici, comme une exuvie de ces « romans » voyous de vies multiples que Diable avale dans sa frémissante nuit des temps, <em>Parlando </em>dépiaute les bandelettes déchirées dâune momie â image récurrente â livrant, comme on effeuille un corps-livre, des pensées en suspens, des fragments de corps aimés-aimants, des blasons de camarde en maraude. <br />À lâinverse de <em>notes</em> préfigurant une Åuvre en gésine, ces <em>pensers</em> parfois aphoristiques sont les reliefs dâun livre-corps soustrait <em>in extremis</em> à la curée dâune impudente mort. Chaque bout est un butin contre lâoubli, une prise de guerre enrichie de la science de mort. En rien cela ne signifie la fin dâune Åuvre puisque cette mue est promesse dâune vie neuve, si <em>patiemment</em> débarrassée de sa mort, dans lâaccomplissement dâune <em>passion</em>. « â¦ comment <em>lire la mort</em> qui vient ? sans être trompé à son sujet⦠». Puissions-nous répondre : en lâécrivant â pour sâen délivrer ! <br />Ces blasons arrachés de haute sueur à lâInconnu, par lâintercession des auteurs, compositeurs et peintres chers, dans le dernier rouleau de cet opus, retissent un suaire, une peau dââme où tatouer tout lâamour pour le poème de lâautre. La mort vécue, cliniquement, devient, exceptionnellement, une fête offerte à lâautre. Les fragments vascularisent, trouvent leur voix polyphonique qui coule enfin de source, emportant leur rivière éperdue bien au-delà du moi â de ce moi jamais autre, qui hélas a pris mode dâenvahir péniblement une littérature forclose, qui se dit faute dâavoir à dire. (Alors lire notre poète câest apprendre à écrire !) Car, ici, la pudeur est à son degré extrême, même si dâemblée, notre auteur, annonce la couleur de sa mort, comme un préliminaire, une borne de référence, dont on ne parlera plus que sous lâespèce de talismans poétiques, de méditations lâchées dans un monde qui invite à jouir de toute beauté.<br />Parfois, souvent, à force de se fragmenter, lâesprit noue des énigmes, ainsi : « Le froid a gagné chaque ouverture de la maison en papier ; change des formes à lâÅIL nu⦠<strong><em>La traversée des apparences </em></strong>lâautre, revue et corrigée par Virginia Woolf dâavant mourir allant dans lâeau marcher, sous lâeau⦠ses poches alourdies par de petits cailloux qui lestèrent le corps fragile⦠<em>Noyade </em>; [et lâauteur de surseoir à sa propre énigme :] et, si le froid qui lâeût précédée lâeût asphyxiée, alors (crypotogène), à la relâche des sens cachés ?... ». Lâénigme est comme lâenvers du sens, Orphée regardant par-delà Eurydice pour fixer la mort, retournée comme un gant. Edouard Glissant parle des passages énigmatiques des contes, héritiers de palabres dâAfrique dont a fini par se perdre le sens et qui, pour cette raison, fascinent au cÅur dâun ensemble obvie. Quâest-ce qui fascine depuis toujours ? Que lâon puisse, naître, mourir - puis renaître dix années après être mort, avoir quitté son corps, son passé, ses amis, sa mémoire et puis sa langue. Mais le cerveau a de ces circuits énigmatiques, surtout lorsquâil a excellé dans tous les <em>registres</em> de lâorgue ou du piano, quâil était harmonie dans ses deux hémisphères. <br />Alors le chant est revenu de ses échos dans lâéglise pariétale. Et un autre <em>Sonnet en x</em> peut retentir jusquâau <em>Styx</em> de Mallarmé. « Dâoù vient que cette exigence dâhomme de lettres appliqué à lâatonalité grammaticale â Ô, pareil langage disloqué, discordant, sans frein ni allure, en roue libre depuis lâAVC, comme <em>Vita Nuova </em>! â soit ma raison dâêtre ? ». Votre langue, Dominique, est à la mesure de votre perception diffractée ou convergente, elle claque à sa cadence neurologique partout où elle <em>voit</em>, au-delà des apparences. « Entre eux sâabsorbent les mots par un phénomène dâaddiction continue jusquâau sens disparu (syndrome phonétique en tant que musiqueâ¦) » Et nous avons cru reconnaître en la fréquence de la préposition « de », des accroches, des points de suture qui ramendent--- les trous noirs. Et Dante Alighieri dâêtre aussi convoqué, au nom de la Vie Neuve, pour son livre de mémoire. « Serait-ce au réveil⦠quâon meurt, quand on est <em>déjà passé</em>⦠? » Infra conscience et mémoire involontaire de qui se dédouble au cÅur du verbe, nâest-ce pas ?<br />« voix » et « mer », tels sont les premier et dernier substantifs du recueil ; deux ondes, celle du chant qui emporte tout ce qui peut faire sens ou énigme, celle de lâeau, sous laquelle si souvent le poète rêve le passé de son patrimoine immatériel, yeux grands ouverts.<br /><br />Il te revient, lecteur, dâen recueillir lâessence, comme une onction extrême sur le front batailleur de la pensée.<br /> <br /><br /><strong>Tristan Felix,</strong> Saint-Denis, 30 juin 2020<br /><br />Dominique Preschez<em>, Parlando</em>, Z4 éditions, </span><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';">préface de Philippe Thireau</span><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';">, 2020, 140 pages, 12 â¬<br /><br /><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/RK5kM4OhAZk" height="1" width="1" alt=""/>

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