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(Note de lecture) Christian Rosset, Le dissident secret, un portrait de Claude Ollier, par Alexis Pelletier


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Posté 24 juillet 2020 - 09:03

<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><em><br /><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...81edb200b-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Copyright Camille Rosset" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20263e9581edb200b img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263e9581edb200b-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Copyright Camille Rosset" /></a>Le Dissident secret </em>propose <em>un portrait de Claude Ollier</em> qui, avec une simplicité apparente dâécriture, réussit à faire le tour de toute lâÅuvre de Claude Ollier, tout en donnant, un sentiment à la fois fort, sensible et énigmatique de la présence de lâauteur. <br />Comme le suggère Arno Bertina, dans la préface, ce récit de Christian Rosset « permet de comprendre » comment « une Åuvre aussi imprévisible » que celle dâOllier sâest écrite. <br />Lâouvrage se développe en un prologue, trois parties qui paraissent mesurées et une coda ; il passe par toutes les strates de lâactivité dâécrivain dâOllier et montre comment chacune dâelle participe toujours dâune même exigence : le renouvellement des moyens pour chacune des tentatives dâécriture. Lâensemble montre aussi, nâen déplaise à un certain académisme littéraire, quâil nây a pas de frontières, pas de limites strictes entre lâhomme et lâÅuvre. <br />Rosset mêle, dans son ouvrage, souvenirs personnels, récits de rêves, analyses de livres ou de lettres. Il sâattarde parfois sur certains termes quâil juge essentiel dans sa fréquentation de lâÅuvre et de lâécrivain, depuis « lâautomne 1975, soit 39 années » (p.15). <br />Le mot <em>passion, </em>par exemple, fait partie de ceux-ci. Un souvenir de Rosset montre Claude Ollier lui rendant visite et sâarrêtant devant les ouvrages de sa bibliothèque et affirmant devant les livres : « On nâa réellement besoin que de ce qui nous passionne » (p.34). Les six volumes du <em>Journal </em>dâOllier confirme cette passion comme une constante du travail dâécriture. Rosset avec une acuité sans commune mesure montre que ce journal commence par le « Rêve dâune gare » et sâachève dans un sentiment de « flottement général » avec la mention dâune « tête égarée » (p.55). Ainsi note le portraitiste (p.56) : « De ââgareââ à ââégaréââ [â¦] ces ââcahiersââ [â¦] ouvrent au lecteur dâinnombrables possibilités de frayage en compagnie de celui qui aura sa vie entière cherché à évacuer le romanesque de ses écrits. »<br />Le combat contre le romanesque est en effet lâune des clés des fictions publiées ou mises en ondes, depuis 1958 avec <em>La Mise en scène</em> jusquâà <em>Cinq contes fantastiques</em> en 2013. Lâune des clés, voire la passion à lâÅuvre chez Claude Ollier, câest la manière de noter les sons, les bruits qui échappent ou les images qui se tapissent dans les images. Les mondes qui sâouvrent à portée du corps entraînent un travail rythmique sur la langue qui aboutit à saisir par les mots ce qui paraissait être de lâordre de lâinfra-verbal. Rosset note dâailleurs, dans un même paragraphe, deux citations qui confirment la force de ce travail (p.52) : « ââCâest une histoire dâoreille et de fleur de bananier, dâancêtre et de fantômeââ (Aberration). ââVertige â et ce nâest pas lâoreille : lâilluminosité dans lâÅil.ââ (<em>Cinq contes fantastiques</em>). Précision <em>fantastique</em> de la formulation où tout est affaire de rythme â de mesure. » <br />On touche ici au fait que lâÅuvre de Claude Ollier concentre les niveaux de sens pour, dans la première phrase de la quatrième de couverture dâ<em>Aberration</em> ou dans lâincipit de « Choses vues de la ma fenêtre au deuxième étage de la maison » (citation de <em>Cinq contes fantastiques</em>) embrasser le rapport de lâécrivain à lâespace, à la musique et au rythme de la langue. Câest ici une autre ligne de force, dans ce portrait, de la passion dâOllier pour le récit. <br />Rosset précise dâailleurs, à propos de ce <em>fantastique</em> (p.50). « Câest un excellent sésame pour entrer dans lâunivers de Claude Ollier ». Il sâagit dâentendre dans le travail de lâécrivain « ce qui murmure en lui et hors lui, son sens de la formulation de ce qui pourtant pourrait échapper à toute retranscription » (p.51). <br />Le murmure ici convoqué est une sorte de surgissement de ce qui tremble dans le réel. <br /><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263ec29bce0200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Christian Rosset le Dissident secret" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20263ec29bce0200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263ec29bce0200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Christian Rosset le Dissident secret" /></a>Curieusement, ce terme <em>surgissement</em> est aussi utilisé par Rosset pour qualifier le travail radiophonique dâOllier. Il note à la page 36 : « La radio, en tant que lieu de <em>surgissement dâune écriture sonore</em> â mettant en Åuvre bien autre chose quâune sage adaptation dâun texte préétabli, ornementé de bruitages et de musiques â, lui tenait particulièrement à cÅur. » Et Rosset dâen profiter pour rappeler que les Åuvres radiophoniques dâOllier « nâont jamais été rassemblées et publiées », alors quâelles participent toutes de la même passion pour le renouvellement du geste dâécrire. <br />Qui dit renouvellement fait entendre lâadjectif <em>nouveau</em> et avec lui lâexpression <em>nouveau roman</em>. Plutôt que de se lancer dans une déconstruction de cette expression galvaudée, Rosset convoque, par retours successifs, la relation avec Robbe-Grillet, le Collectif <em>Change</em>, le texte <em>Version française</em> de 1979 (republié en 1996 dans la <em>Revue de littérature générale</em>), le passage chez trois éditeurs principaux (Gallimard, Flammarion et surtout P.O.L), une colère de Ricardou et la présence apaisante de Pinget, etc. <br />Il ne sâagit jamais de faire une étude de ces étapes de la vie de Claude Ollier mais de les situer dans lâespace du souvenir et de montrer comme elles résonnent à la fois dans la mémoire du portraitiste et dans la lecture des livres, afin de cerner la complexité de lâécrivain dans son travail même. Et ainsi, presque incidemment, surgit une définition de lâécriture (p.20) : « Écrire : activité intime, secrète, accomplie pour soi-même, bien que donnée à lire une fois éditée et, ainsi partageable (vieux fantasme de la ââlecture pour tousââ). » De lâintransitif au transitif dans lâécriture, Rosset, dont le récit fonctionne par échos, peut alors citer un paragraphe de la fin de <em>Version française </em>(p.30) : « Une directive, donc : ne pas faire de fautes quant aux signes, et au tempo de ces signes. Et laisser traces vives, aussi minutieuses, irréfutables que possible, dans le sillon de chaque ligne â traces à repasser, à vivifier, à ranimer, par une lecture en sympathie avec ces signes, avec leur mouvement, à leur pouvoir de résonance. ». Lâouverture du sens est ici très large. Et tout se passe comme si le mouvement et la résonance conduisaient à lâespace du voyage. Là où les récits offrent des situations de voyage â depuis <em>La Mise en scène </em>jusquâà <em>Wert et la vie sans fin</em> â et là où <em>Le Dissident secret </em>montre Christian Rosset, au propre comme au figuré, en voyage avec Claude Ollier et son Åuvre multiple et toujours imprévue. <br />Au chapitre de lâimprévu, il faut encore mentionner « lâécrivain » Sandy Jude Walker. Câest lâattention de Christian Rosset à lâÅuvre dâOllier et sa complicité avec lui qui permet dans la 17<sup>e</sup> entrée du livre (« Troisième partie », pp.52-55) de faire le récit de ce moment absolument inattendu :  la figure dâOllier solitaire, travaillant en collaboration avec une « amie » dont il finit par révéler le nom : Dominique Vaugeois. Trois récits sont nés. Les deux premiers seulement ont été publiés. <br />Mais puisque le mot « solitaire » vient dâarriver, il amène dans son orbe celui de « mélancolie ». Dans <em>Le Dissident secret</em>, la mélancolie est lâenjeu dâune opposition, ce que Rosset nomme (p.25) « un point de désaccord ». Robert Burton, Agamben, Yves Hersant, Marie-Claude Lambotte et Roubaud constituent le paysage de la mélancolie pour Christian Rosset ou plus exactement son spectre sémantique. Et Claude Ollier, selon lui-même, ne sây intégrerait pas.<br />LâÅuvre de Claude Ollier est-elle mélancolique ? Une relecture de <em>Fuzzy Sets</em>, de la deuxième intrigue dâ<em>Obscuration</em> ou de <em>Feuilleton </em>pourrait y conduire. Mais le portrait de montrer aussi un homme qui se tait voire, selon Jacques Roubaud (p.27) un « Maître-en-Pessimisme ». Et Rosset dâécrire à la même page : « Partant du motif de la <em>Melancholia</em> de Dürer, jâimagine Claude Ollier, contemplant sur lâécran plat de son téléviseur le lent glissement, dans la nuit, de la voiture de <em>Mulholland Drive</em>, et prenant note : on entend le tremblement du crayon traçant quelque jambage sur une feuille non vierge où sâinachève <em>mélancoliquement</em>, mais sans la moindre empreinte de nostalgie, une Åuvre bien plus ouverte que celles qui revendiquent ce projet comme un gimmick⦠». LâÅuvre est-elle mélancolique ? Lâhomme pouvait-il lâêtre ? Le portrait ne livre pas la réponse. <br />Il renvoie, « sans nostalgie » à la figure, presque tutélaire, de la maison. Celle de Maule, avec son organisation si belle, si minutieuse. <br />Elle ouvre le livre et le referme, depuis la couverture et le « Prologue » jusquâaux admirables photographies de Camille Rosset à la fin de lâouvrage. Lieu du retrait, lieu de lâabsence, lieu du souvenir, cette maison si bien photographiée « porte absence et présence » comme lâaurait écrit Blaise Pascal. <br />Mais Christian Rosset nâa rien dâun janséniste. Pascal disait quâun « portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. » Ici, nul regret, nul déplaisir. Lâouvrage contient le plus vibrant des textes liés à Claude Ollier. Il donne envie de se replonger dans tous ses livres. Il convient, dâailleurs dâassocier à cette réussite le travail de lâéditeur, Hippocampe. Le format retenu â assez grand, 19cm x 25,5 cm â donne à la fois tension et lisibilité au texte. Et lâon doit souhaiter quâavec dâautres initiatives comparables à celle-ci, lâÅuvre de Claude Ollier puisse rencontrer plus de lecteurs.<br /><br /><strong>Alexis Pelletier <br /></strong><br />Christian Rosset, <em>Le Dissident secret, un portrait de Claude Ollier</em>, 88 pages dont une préface dâArno Bertina et un cahier de 16 photographies de Camille Rosset, Hippocampe, 2020, 16â¬<br /><br /><br />« Dimanche 4 mars 1984. Dans la petite pièce sous les toits qui lui sert de bureau, Claude Ollier trace au Bic, sur de petites feuilles de mauvais papiers, les premières lignes dâun livre dont il sait quâil aura pour titre <em>Une histoire illisible </em>: travail de longue haleine, au quotidien, qui le conduira jusquâau 27 novembre 1985. Dans <em>Réminiscence</em>, son journal des années 1980, il note à la date du 20 janvier 1984 quâil se pourrait quâun de ses <em>textes brefs</em> encore inédits intitulé <em>Lâannée des liens</em> â commencé au printemps 1982 et achevé en août 1983 â, écrit ââsimplement pour évoquer la maison de Marrakech (sa démolition constatée en avril 82 qui mâavait si fort impressionné)ââ, forme le prologue de cette <em>Histoire</em>. Est-ce ce jour-là quâil en a trouvé lâincipit : ââLa maison avait un corps. Elle avait des mains, des yeux. Elle avait un souffleââ, où était-il déjà en ouverture de cette nouvelle aujourdâhui perdue ? Cette question devant rester sans réponse, on préfèrera imaginer lâauteur se retenant <em>naturellement</em> dâajouter quâelle avait <em>aussi</em> une âme. <br />Et pourtant⦠» <br /><em>Le Dissident secret</em>, « Prologue », p.9. <br /><br />Photo en haut, ©Camille Rosset<br /><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/EWpEUC_IWVE" height="1" width="1" alt=""/>

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