Aller au contenu

Photo

(Anthologie permanente) Vincent Tholomé, Mon épopée


  • Veuillez vous connecter pour répondre
Aucune réponse à ce sujet

#1 tim

tim

    Administrateur

  • Administrateur principal
  • PipPipPipPip
  • 5 478 messages

Posté 31 juillet 2020 - 09:40


6a00d8345238fe69e20264e2eb9f22200d-100wiLes éditions LansKine publient Mon épopée de Vincent Tholomé. Sous-titre : Propos de Konstantin Peterzhak traduits ou transposés de lâarménien par son collègue et ami Georgy Flyorov, volume 13.



Mon épopée n'est pas mon épopée. Mon épopée est l'épopée de Konstantin Peterzhak. Elle constitue le volume 13 des propos tenus des années durant au quotidien par Konstantin Peterzhak. De Konstantin Peterzhak je ne sais pas grand-chose. Je sais qu'il a tenu des propos. Au quotidien. Des années durant. Je sais qu'il tenait ses propos le matin à la cafétéria du centre atomique de Dubna avant le travail. Je sais qu'il tenait ses propos à chacune des pauses qu'il prenait au travail. Je sais que son collègue et ami Georgy Flyorov les a notés ou transposés. Des années durant. Au quotidien. Le soir. Après le travail. Les traduisant ou transposant de l'arménien dans sa chambre. Les compilant et les réarrangeant. Par ennui ou intérêt. Je ne sais pas. J'imagine la vie à Dubna. Des années durant. Au centre atomique de Dubna. J'imagine la vie routinière des chercheurs et chercheuses atomiques. C'était à l'ère soviétique. C'était il y a quarante ans. J'imagine l'ennui et la routine soviétiques. Je sais encore : les propos tenus au quotidien par Konstantin Peterzhak ont été compilés traduits ou transposés à l'insu de Konstantin Peterzhak. Je sais encore : l'ensemble des propos de Konstantin Peterzhak tient en 38 volumes. Denses et serrés. Je ne sais pas faire la part des choses. Mesurer ce qui revient à Georgy Flyorov. La part d'invention de Georgy Flyorov. Mesurer ce qui relève de la transcription scrupuleuse ou sans entorse des propos tenus des années durant par Konstantin Peterzhak. Je ne sais pas non plus quelle puissance ou vérité Georgy Flyorov a vues senties ou décelées des années durant dans les propos tenus au quotidien par Konstantin Peterzhak. Je ne sais pas pourquoi je donne personnellement à lire le volume 13 des propos tenus au quotidien par Konstantin Peterzhak plutôt qu'un autre volume. Je ne sais pas ce qui m'attire dans cette affaire. Les propos de Konstantin Peterzhak en eux-mêmes ou l'amitié indéfectible et sincère de Georgy Flyorov. J'imagine encore ceci : un jour une fois c'est au centre atomique de Dubna. Il y a Georgy Flyorov. Le matinal Georgy Flyorov. Au centre atomique de Dubna. Il entre en premier dans la cafétéria. Il allume les néons. Il branche la machine à café. Il s'installe à une table. Et tandis que le café passe il y a Konstantin Peterzhak. Il entre à son tour dans la cafétéria. Il salue Flyorov. Il s'installe à sa table. Il est recru de fatigue. Il tient alors des propos. Sur sa vie. Sur le monde. C'est le début. C'est ainsi que ça commence. Après ça dure des années. Cela forme un livre infini. Une façon de résister. De ne pas être emporté par le flux de la vie. Ou quelque chose du genre. En fait je ne sais pas ce que c'est.

*

MON ÉPOPÉE / CHANT 1. / COMMENT KONSTANTIN PETERZHAK A DES FOIS UN VISAGE /

///

un jour
une fois / c'est à dubna / c'est au centre atomique / c'est à la
cafétéria / c'est tôt le matin / avant le travail /

sans raison konstantin peterzhak dit :

ceci est ce qui se passe dans mon ventre ceci est mon épopée / ma friction avec le monde /

ceci a lieu quelque part / dans mes pelouses / dans mes steppes intérieures /
ceci est mon chant 1.

///

ici

dans mes pelouses
dans mes steppes intérieures :

///

je suis le nuage
je suis le grand chien
je revêts cent huit apparences

///

ici :

je caresse la tête d'un cheval qui pâture
je caresse l'échine d'un porc
mes crocs sont solides et carrés

je me perds avec joie dans les terres montueuses
j'appelle un bÅuf musqué par son nom
je porte soixante-deux ramures

///

des fois ça m'arrive :

je lave ma bouche à l'eau de pluie
je vis torse nu
je ressemble un peu à moi-même

un fin duvet me pousse en dedans
un fin duvet me pousse sur la tête

///

ceci est mon vrai visage / georgy flyorov /

///
ceci est mon vrai visage



***



MON ÉPOPÉE / CHANT 20. / ICI QUAND ON MEURT ON RECOMMENCE /

///
d'autres fois / c'est encore un mot / c'est après des semaines / ou après des mois / je ne sais plus / je ne sais plus / c'est à dubna / c'est au matin / à la cafétéria du centre / j'éteins les néons / je passe la porte / et / tandis que je sors / je croise peterzhak / je le salue / il me salue / il me serre la main / il me glisse un mot sans un mot / c'est sur un papier / un carton d'emballage /
ça dit :

///

flyorov /

///

des fois / dans mes pelouses / dans steppes intérieures / c'est comme ici : des biscuits meurent dans une armoire / des tracteurs se disloquent dans le vent / une eau sombre sort de ma bouche /

pas grave / georgy flyorov / pas grave :

ici : quand on meurt on recommence / je répète : ici : quand on meurt on recommence / pas vrai ? / pas vrai ? / pas vrai ? /

                                    georgy flyorov ? /

                                                                        pas vrai ? /

///

on se retrouve demain ? à midi ? /

///

                                                                        ton konstantin /

///

Vincent Tholomé, Mon Epopée, éditions LansKine, coll. Poéfilm, 2020, 130 p., 15â¬
Poezibao recommande dâécouter ici Le Chant XX
Images, des performances et des capsules sonores du duo VKGT, à découvrir sur le site uranium.be, site compagnon de ce livre.



PSZwzzFbIk0

Voir l'article complet