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(Note de lecture) Philippe Jaffeux, Pages, par Murielle Compère-Demarcy


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Posté 04 septembre 2020 - 08:46


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de Ph. Jaffeux sâoffre en 52 pages comme 52 semaines annuelles ; comme 2 x 26 lettres de lâAlphabet. Avec pour tentative dâarticuler de visu et dans le texte la perception immédiate dâune image avec celle dâune musique. Nous sommes dans la force cinétique de lâétendue temporelle et de lâétirement spatial, lorsquâils touchent les cordes de notre perception. « Sensus studium » ? Quelles correspondances jouer dans lâalphabet pour faire se rencontrer une image et une musique accordées sur les lignes synchronisées dâune « langue cosmique » ?
Comme dâordinaire chez Jaffeux nous quittons la lecture linéaire du monde perçu et attaquons les Pages dans lâécart (linguistique). Expérience poétique au sens étymologique (du grec poïen), approche métaphysique, expérience littéraire ou littérature expérimentale. Lâanalyse de la création littéraire peut sâeffectuer suivant trois instances que sont la Langue, la Parole et la réalisation particulière de celle-ci que constitue lâÅuvre littéraire. Trois définitions de « lâécart » émergent des rapports entretenus par les trois instances : lâécart comme infraction au code de la langue (cf. à des points de vue différents « lâespéranto lyrique » (R. Bertelé) chez Michaux, les infractions à la morphologie de Queneau, au niveau du syntagme et de la phrase chez Céline, glossolalies dâArtaud, - lyrisme algorithmique chez Jaffeux ? ex. : le « hasart » constitue dans lâÅuvre de lâauteur dâAlphabet une « infraction au code de la langue ») ; lâécart comme tout fait de parole constituant une infraction par rapport à un niveau dit « non marqué » de la parole ; lâécart comme tout fait de parole constituant une infraction aux lois qui régissent le fonctionnement du contexte. Ce sens 3 de lâécart est intéressant vis-à-vis de lâÅuvre de Ph. Jaffeux chez qui chaque texte, appartenant lui-même à une langue, fonctionne comme une langue et où la superposition du système linguistique connotatif (auquel renvoie le langage poétique) à un système dénotatif permet de ne pas sâen tenir à la stylistique pure mais nous incite davantage à regarder lâÅuvre du point de vue de la sémiotique littéraire. LâÅuvre de création poétique de Jaffeux, -à la fois Livre-(monstre du) monde, Cosmogonie, Poétique et dont ces Pages écrivent une plage musicale vrillée à la présence instantanée dâune image- constitue un système ouvert de variables, tournant comme un vinyle dont on ne réécoute jamais le même single.
Il nous arrive communément de transformer une musique en image(s), de mettre une musique sur une image. Jaffeux ose, en ces 52 Pages, la rencontre en simultané de 52 images avec 52 musiques, sur le mode dâune articulation textuelle singulière en son rythme, en son espace déployé, en ses pixels et notes orchestrés.

(â¦)                                        Le  degré  zéro  de  la
musique galvanise un alphabet qui démantèle une
écriture assourdissante
(â¦)
"Le boléro de Ravel" (p.37)

Une inventivité enthousiaste  convoque  un  équilibre  exubérant  qui
juxtapose des tableaux sonores sur lâintensité dâune vile agitée  Une
mosaïque de sons et dâimages enjoués dévoile les multiples facettes
dâun univers ensorcelant
(â¦)
"Gershwin" (p.29)

Lâunivers musical éclectique (musique classique, rock, blues, folk, psychédélique, heavy metal, jazz, etc.) envoie ses résonances dans lâespace de lâimage et leur corps-à-corps dans « le vide » du texte en cours dâécriture mêle leur tempo et file leur film, métaphores dâun « rêve étourdissant » emporté et qui nous transporte dans un montage aux interprétations inépuisables. Vertigineux. « Lâimmédiateté de la musique et des images transcende un langage réduit en un médium ennuyant », écrit Jaffeux dans "Vertigo", composition à la partition figurée par une seconde partie du texte à lâenvers et en sens inverse en bas de page. Nâest-ce pas lâapparition parodique de la place du support et contenu textuel aujourdâhui : apparition à la visibilité réduite en peau de chagrin @ lâère du numérique, à lâheure des communications immédiates vidées de réflexion ? Clin dâÅil de Jaffeux ? La composition de 52 pages qui en résulte fait écho et dessine, en chacune de ses pages remuée telle une lame de fond, « le spectre sonore » : « lâimpact (vibratoire et jubilatoire) de lâalphabet » ⦠Pages, où « des mélodies aléatoires conversent avec un corps qui réfléchit lâagilité dâune performance spirituelle ».

Murielle Compère-Demarcy (MCDem.)

Philippe Jaffeux, Pages, éd. Plaine Page, coll. Calepins ; 2020, 52 p., 10 â¬

On peut lire plusieurs extraits de ce livre :  
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 1 (Mozart, Le flamenco)
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 2 (J.S. Bach, la cornemuse),
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 3 (Stravinsky, Scriabine),
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 4 (John Cage, Vertigo),
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 5 (George Gershwin, Paul Dukas),
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 6 (Haendel, Purcell),
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 7 (Mozart, Wagner),
(Feuilleton) Pages, de Philippe Jaffeux, 8 & fin (Honegger, Ravel)
et cette autre note de lecture, accompagnée dâautres extraits :
(Note de lecture) Philippe Jaffeux, Pages, par Jean-Nicolas Clamanges




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