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(Anthologie permanente) Elke Erb, choix de poèmes par Françoise Toraille


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Posté 16 octobre 2020 - 08:34


Elke Erb
Choix de poèmes

6a00d8345238fe69e2026bde9bf083200c-100wiLauréate 2020 du Prix Georg Büchner, Elke Erb voit couronner une Åuvre tournée dès ses débuts vers la poésie. Son premier recueil âKastanienallee, 1987, publié aux éditions Aufbau, très remarqué, lui vaut le Prix Peter Huchel. Ses poèmes sont des miniatures à lâécoute du monde qui lâentoure et dont elle ressent et traduit les failles et les incertitudes. « Telles la feuille de chêne qui décrit ses orbes, les poèmes dâElke Erb sont lâexpression dâune conscience en quête, sans cesse en alerte », selon le poète Richard Pietraß. Elle dit « suivre une démarche expérimentale. « Je suis un facteur de risque... Je me situe hors de la forme. »
La traduction des poètes fait partie intégrante de lâÅuvre dâElke Erb, par exemple de grands poètes russes â elle publie en 1974 des traductions de poèmes de Marina Tsvetaïeva. La langue allemande accueille aussi dans ses traductions des poètes français â parfois, comme pour Claude Esteban, réalisées en présence de lâauteur dans une démarche de « recréation poétique » à partir dâune traduction juxtalinéaire. Elle a également donné des traductions d'autres poètes français comme Alain Veinstein, Maurice Regnaut et André Du Bouchet pour lâAnthologie de la poésie française contemporaine publiée aux éditions Volk und Welt en 1979 et dont les éditeurs sont Charles Dobzynski et Alain Lance.
Lâinfluence de lâécole poétique de Vienne et celle du surréalisme traversent son écriture.
Au début des années 1980, son engagement dans le Mouvement pour la Paix lui vaut la surveillance de la Stasi.
À lâécart des mouvements dominants, Elke Erb fait entendre une voix singulière, elle-même source dâinspiration pour les jeunes auteurs.
Françoise Toraille


Die Südwestküste Frankreichs als Augenscheinâ
Der große gascognische Kiefernwald
ich werde nicht mehr sein -
die riesige Düne von Pyla
ich werde sterben -
die Umkehr der Flut -
und tot sein.

Die Hügelkuppen.
Die Kieferntatzen.
Die Bungalows.


La côte sud-ouest de France en un coup dâÅil
La grande forêt de pins gasconne â
je ne serai plus -
            lâimmense dune du Pyla â
je vais périr â
            le retour de la marée â
et serai morte

Les dômes des collines.
Les pattes des pins.
Les bungalows.



Urspüngliche Akkumulation
Ameisenstaat: Unterbringung. People-Verkehr.
Unds stiefelt. Verfrachtet. Nachtdunkle, nachtleere
Arbeiterviertel. Abträglichkeit, schartig, in allem.
Augen: Mary vom Lande
weiß durch Jahrhunderte nicht,
daß sie vom Land ist.
Kein Auf-Bau, kein Über-.
Das Heimchen die Geige.
Wolke, wohin du gewolkt bist.
Ein herrlicher Maitag - mir im Gemüte.
Augen: Robin von der Plantage
ist nicht mehr Unter-, doch auch kein Einbau:
Wies so geht macht sichs.
Worte Architekturinfektion sieche Strukturelemente.
Zivilisation blank - das âžWesen des Gartensâ.
Die Absicht, den Moloch zu modeln
(Problemannahme und -knete)
verloren. Disteln geköpft.
18.11.1995

Accumulation Primitive
État-fourmilière : hébergement. Trafic de population.
Et défilé de bottes. Transport de cargaison. Quartiers ouvriers
sombres comme la nuit, vides comme la nuit.
Les risques de dommage, en toute chose, ébréchés.

Yeux : Mary la paysanne
ne sait pas à travers les siècles
quâelle vient de la campagne.

Ni infra- ni super-structure.
Le grillon le violon.

Nuage, où que tu aies nuagé.
Un splendide jour de mai â dans mon âme.

Yeux : Robin venu de la plantation
nâest plus moins-value ni sur-valeur.
Ça se fait comme ça peut.
Mots infection architecturale éléments structurels malades.
Civilisation toute nue â « lâessence du jardin ».

Le dessein de modeler le Moloch
(problème admis et retourné en tous sens)
perdu. Abattu des chardons.



In zwanzig Jahren
werde ich altgeworden sein, oder? Nämlich gebrechlich,
geschwächt, habe mehr als gelegentlich dann,
ja gewiß gleichermaßen systematisch
Ausfälle des Gedächtnisses, des Wahrnehmens.
Und die Löcher, wie Mottenfraß,
werden aber andererseits
Gewebeverdickungen sein - Löcher nur meinerseits -
unauflösliche, undurchdringliche
Knoten. Dazwischen ich.
Seit ich denken kann, ein Geschrei jedesmal,
wenn ich durchkomme irgendwo - von irgendwo nach
(unvermutet) irgendwo.
Werde dies Durchkommen zeitlebens als Text
aufgesetzt, gewebt haben, plusquamperfekt.
Also doch dauerhaft dann,
jedes Mal, schärfer, rascher als jetzt & zeitlebens
wahrnehmen, was bleibt, verdickt, während ich
abnehme.
Abnehme, zunehmend stocke, stutze, stehe und
Schluß. Kehre ich um, wie vor verschlossenen Türen?
Schließlich weg sein,
als Kürzel mich überholender Perspektiven
einst in die Welt gesetzt, unvollendeter Vergangenheit.
Heerzugsmut, schicksalsergebener.
Es sei ausdrücklich wieselflink,
wie unterwegs das Bachwasser blink.
Werde nicht hören, was man
Unbekömmliches sagt. Reine Materie, still doch.
Sinnlöcher, Seinsknubbel, unverschluckbar
(unerreichbare Gegenteil-Häppchen). - Taugen,
miteinander verbunden, als Käfig
(oder nur die Verbindungen, knotenlos), - und drin,
in die Ecke geduckt, das verschüchterte Huhn
(flatternd, wenn jemand kommt, mit den gestutzten
Flügeln.
Wie gehetzt.)
Wie verschreckt.
Die Blicke der Greisin sind klein und huschen,
habe ich öfter gesehen. So geistert sie,
entgeistert,
nicht mehr das Rebhuhn der Steppen zu sein.
Ça ira.
17.10.1995


 
Dans vingt ans
je serai vieille, non ?  Câest-à-dire fragile,
affaiblie, jâaurai plus quâincidemment alors
oui en quelque sorte systématiquement

des pannes de mémoire, de perception.
Et les trous, comme après le ravage des mites,

seront dâautre part
un épaississement des tissus â trous de mon côté seulement â
nÅuds indissolubles,
impénétrables. Et dans tout ça, moi.

Depuis que je sais penser, chaque fois un cri,
quand je passe quelque part â de quelque part vers
(inopinément) quelque part.

Passage que jâaurai ma vie durant tissé,
composé comme un texte, au passé antérieur.

Ainsi donc tout de même durable,
chaque fois, plus acéré, plus vif que maintenant & ma vie durant
percevoir ce qui reste, épaissi, tandis que je
maigris.

Maigris, ralentis de plus en plus,  étonnée, mâarrête et
fini. Vais-je faire demi-tour, comme devant portes closes ?

Enfin être partie,
signe abrégé de perspectives qui me dépassent
née un jour dâun passé imparfait.
courage dâune armée en marche, sourde à son destin.

Que tout cela soit expressément agile comme la belette,
pareil à lâeau étincelante du ruisseau qui court.

Nâentendrai pas les choses indigestes
quâon dit. Pure matière, tranquille cependant.

Trous de sens, nÅuds dâêtre, inassimilables
(inaccessibles petites bouchées de contraires). â Servir,
liés lâun à lâautre, de cage

(ou les liens seulement, sans nÅud), - et dedans,
tapie dans un coin, la poule intimidée

(voletant quand on vient, battant de ses ailes
rognées.

Comme traquée.)
Comme effrayée.

Les regards de la vieille femme sont petits et glissent,
je lâai vu souvent. Ainsi rôde-t-elle comme un esprit,

qui a perdu lâesprit,
stupéfaite de ne plus être la perdrix des steppes.
Ça ira.



Selbstgespräche sind nur Meeresrauschen
denn das Selbst, wie wir es hatten,
das reine
- unter Gottes Eifersucht und scheinheiligem Lidschlag -
Gold,
von unseren Klondike-Klauen und sibirischen, karpatisch...
geklaubt aus schroffen Quarzen:
außerordentlich weich
und dehnbar, leicht
mechanisch zu bearbeiten, von
träger Reaktion,
Scheibenmonstranz, wie es vom Stengel nickt,
hört ja weder selbst noch sprichts,
ein Inbegriff
des innersten Gehirns -
oh Blastula, oh Gastrula, oh Gast
aus fernem Meer, gereist
mit gleichsam aufsteigenden Teichen,
Amöbe, die
im Teichohr Meeresrauschen
3.7.1994


Monologues ne sont que murmures des vagues
Car le soi-même, tel quâil était nôtre,
or pur
- sous la jalousie de Dieu et son hypocrite battement de paupières -,
or

de nos griffes â du Klondike, de Sibérie, des Carpathes,

extrait de quartz abrupts :

extraordinairement doux
et ductile, facile

à travailler mécaniquement, et de faible
réaction

disque de lâostensoir incliné sur sa tige,

car lui-même nâentend ni ne parle,

quintessence
du cerveau le plus intime-

ô blastula, ô gastrula, hôte
des mers lointaines, toi qui as voyagé
avec des étangs qui semblent sâélever,

amibe, qui â

murmure de la mer dans lâoreille de lâétang


Poèmes traduits par Philippe Jaworski et Françoise Toraille

Publiés dans la revue LITTERall  Numéro 9, 1997 copyright pour les  traductions Association des Amis du Rois des Aulnes


NDLR : On peut lire quelques éléments de bibliographie et un autre extrait de la poésie dâElke Erb dans cet ensemble composé par Jean-René Lassalle en 2010 :
bio-bibliographie, ex. 1
Une bibliographie plus complète sur la fiche Wikipédia dâElke Erb (en allemand)

image : Elke Erb, à la Foire du livre de Francfort en 2014 (source)



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