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(Note de lecture), Jean-Claude Goiri, Gestuelle, par Tristan Felix


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Posté 23 octobre 2020 - 08:52

<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><br /><strong>Lâinutile de survie</strong><br /><br /></span></p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...e0e8a200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Gestuelle1èrecouv-wpcf_224x320" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e2026bde9e0e8a200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e2026bde9e0e8a200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Gestuelle1èrecouv-wpcf_224x320" /></a>Jean-Claude Goiri, issu dâune double culture espagnole et française, autodidacte, ancien tromboniste de jazz, lecteur scotché, penseur intime du monde en faillite de sens et de dignité, dirige la revue FPM et les éditions Tarmac, écrit poèmes et proses depuis vingt ans. Câest un sauvage contenu, un minéral qui écrit mince, écrit dense, écrit fort, très fort. Il nâécrit rien qui ne sonne ni qui nâait un sens viscéral. Le temps presse, le temps oppresse. Il est de ces écrivains dont les Åuvres résistent, accrochent, taraudent, se relisent. La lecture ne suffit pas à épuiser la vraie littérature. Il faut se lâinjecter, se la diffuser à notre insu, la laisser infuser puis nous poursuivre de son ombre spectrale.<br /><em><br />Gestuelle</em>, paru fin 2018 â oui, nous sommes en retard, mais « il nâest jamais de temps pour se taire et taire tout cela et pour se mourir de ce quâun autre en a parlé avant. » â est un opus quâil siérait de sortir de sa confidence éditoriale. Encore faut-il fouiller dans les recoins, soulever les pierres et gratter les crépis pour faire surgir des racines dâespèces lointaines, comme celles issues du franquisme, trempées dans le silence, le mensonge, les tabous, la soumission. Ce recueil de pensées aphoristiques, de confidences retenues et de visions intérieures se compose de quatre mouvements musicaux qui disent la geste empêchée dâun être qui nâa pas renoncé à être homme pour ne pas devenir un aliéné évident, pour reprendre lâexergue dâAntonin Artaud. <br /><br />Dans le premier, où le petit orchestre sâaccorde, le lecteur est enfermé dans le kaléidoscope inquiétant dâune chambre aux tapisseries, images sur les pages paires, dâoù cinglent des collages en lettres anonymes « lâaliénation et la liberté â variations sur la même neige ». Michaux nâest pas loin, qui, de son huis-clos, veille sur son engeance : « face au ciel blanc comme lâavenir ai tenu tête toute la semaine, grimpé partout, tapé le crâne tant que les murs sâécroulent de fatigue ».<br />Le second mouvement éploie ses cuivres qui gueulent contre la barbarie, les simiesques commémorations, les règles coercitives, lâabrutissement des masses par la multiplication des orthèses mentales, lâobligation de trouver plutôt que de chercher. Lâauteur, grand lutteur contre lâillettrisme, et lui-même autodidacte, entend faire pièce à lâutilité, ce virus instillé par éructations médiatiques, qui toujours aboutit à la camisole de pensée dâune idéologie. « Le geste inutile devient alors révolutionnaire », « lâharmonie », une « excentricité » ; la poésie, la philosophie comme les arts sont les derniers postes de résistance contre la soupe universelle. « Soyons la fissure où poussent nos herbes folles »<br />Le troisième, où lâon croit entendre tam-tam et stridence de violons, est une bouffée de délivrance, un retour sur soi, sur une enfance de chien, muette jusquâà six ans, puis bègue. Heureusement que lâécole était obligatoire, pour sây retrouver entier. Broyé par le « maître » paternel, il sera pourtant Oreste, le dernier de la famille à subir la contrainte du silence, « à porter cette croix sculptée par le franquisme ». Pour avoir dû se cacher pour lire, comme on la fermait sous la dictature, lâauteur aura développé un sens profond de la langue comme arme dâauto-défense, mesure dâenjambement des frontières et couverture de survie. Se retourner contre la loi révulse la malédiction. <br />Quant au dernier mouvement, en point dâorgue, il révèle quâen plantant un clou inutile, <em>Gestuelle</em>, on décloue sa croix, « on sâévade de cette prison du temps fictionnel », on assure sa descendance littéraire. On fait de son intimité un geste franc et solide vers lâautre.<br /><br /><strong>Tristan Felix</strong><br /><br />Jean-Claude Goiri, <em>Gestuelle</em>, Z4 Editions, 75 p. 12 â¬<br /><br /><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/ZKq9R4l7s5E" height="1" width="1" alt=""/>

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