Aller au contenu

Photo

(Note de lecture), Jean-Pierre Chambon, Michaël Glück, Une motte de terre, par Serge Ritman


  • Veuillez vous connecter pour répondre
Aucune réponse à ce sujet

#1 tim

tim

    Administrateur

  • Administrateur principal
  • PipPipPipPip
  • 5 596 messages

Posté 06 janvier 2021 - 10:42



6a00d8345238fe69e2026bdeb3a48c200c-100wiUn seul titre pour deux textes qui sont tête bêche dans ce livre élégant. Câest Michaël Glück qui a proposé sa Motte de terre à laquelle Jean-Pierre Chambon a répondu comme Claudel répondait les Psaumes, câest-à-dire la faisant résonner dans son écriture, sa cosmologie propre. Celle de Glück est toute biblique, non au sens dâune fidélité à une tradition mais parce quâelle est une lecture, une mikra, de la Genèse et de sa lancée : béréshit, entête selon Chouraki quâévoque Glück mais aussi commencement selon Meschonnic. Sâil commence par lâarbre, sa chevelure⦠câest aussi par un recommencement de Francis Ponge, ramassons simplement une motte de terre, dans un parti pris de la terre, que le poète engage « le feu de la phrase », sa phusis, dans et par une voix qui, avec un souvenir dâenfance, réinvente lâécriture non pour une définitive inscription mais pour une danse pleine de « figures passagères » qui nâen porteront pas moins « lâodeur » de « cette motte de terre », ce poème. Chambon la/le reprend à partir du mot « arbre » quâavait lancé Glück en en développant le souffle qui va jusquâà ensemencer « le terrain » de son poème. Une autre Genèse, plus animale (« sangliers », « bêtes apeurées » ; etc.), relie lâhumus et lâhomme pour donner voix à un rêve dâenfoncement « à six pieds sous terre » pour une « sarabande endiablée ». Danse de « statuettes » que la main dâun potier a su modeler à partir « du chaos originel ». Mais la motte de terre originelle crée aussi de nouvelles cosmogonies possibles plus aériennes (« exoterres terraquées » ; « anges fantomatiques » ; etc.) jusquâà ce quâune litanie à la terre dans sa pluralité concrète accueille la motte de terre initiale. Beau passage de « cette motte de terre » remodelée en mondes possibles que seul le poème sait tenir jusquâau partage des voix quâon aimerait poursuivre pour que les humains sâhumanisent comme cette « motte de terre ». Telle serait la portée non dénuée de merveilleux de ce « duo » : un poème du vivant continué.
N.B. Chambon et Glück poursuivent ici une collaboration dont Méditation sur un squelette dâange avait témoigné en 2004 chez LâAmourier â nâoublions pas ce travail au long cours des poètes qui comptent.

Serge Ritman

Jean-Pierre Chambon, Michaël Glück, Une Motte de terre, « Collection duo », Méridianes, Montpellier, 2020, 22 p. 12â¬


q5d38MKuxw0

Voir l'article complet