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(Anthologie permanente) Armand Dupuy, Selfie lent


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#1 tim

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Posté 01 février 2021 - 09:38

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><br /><a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/"> </a><em><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263e98cd23c200b-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Armand Dupuy selfie lent" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20263e98cd23c200b img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263e98cd23c200b-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Armand Dupuy selfie lent" /></a>Poezibao</em> propose aujourdâhui une double page du livre dâArmand Dupuy, <em>Selfie lent</em>. <br /><br />(...)       sept mai, sept heures trois, tout serre davantage, <br />les pensées sombres ne lâchent pas, l'inquiétude déplace <br />dans la vie ce qui déjà n'est plus la vie. vingt-et-une heures<br />deux, ciel rose : j'y pourrais patauger longtemps, vautrer <br />ma charge jusqu'au déclin, n'en fais rien, répète encore<br /><em>vouloir est un mur</em> mais m'étreignent les regrets de <br />n'avoir pas pesé davantage sur la journée, de n'avoir pas<br />dissous les aplats mêlés, les touches éparses, les jus,<br />de n'avoir pas cédé, pas gagné, pas perdu de terrain,<br />de n'avoir pas aggravé l'étreinte â j'épingle à mes pensées <br />la mouche sur la vitre comme si c'était le seul véhicule<br />à présent possible et non pas taillis, branches, ciel, collines <br />ou fleur. huit mai, six heures cinquante-huit, tête en avant, <br />trilles assez maniérés d'un merle hautain, sa coupe<br />soudaine et presque publicitaire dans l'obscur raffut,<br />détachée comme s'il n'expulsait pas son chant mais <br />se le rentrait sans fin, l'enfonçait sous bec et plumes<br />par je ne sais quel orifice secret, l'oiseau devenant l'Åil <br />ou le doigt chanté des matins, seul maître et peintre en son<br />chant. quinze heures trente-trois, virages à l'atelier jusqu'au <br />dégoût, l'usure, l'échec répété, bouillie de tête, d'herbe et<br />de membres, corps mêlés, vapeurs de térébenthine.<br /><em>le noyau</em> â quel est-il ? moteur / désir / désir effondré â<br />réclame silence : il faudrait ne plus, n'exercer pas les<br />potentialités pour que cède et s'ouvre ce qui n'appartient<br />à personne, et creuse ma nuque, doucement, que tout ça<br />m'avale, me broie, me rende au compost heureux.<br /><br /><br /><br />neuf mai, cinq heures cinquante-six, hébété longtemps <br />par l'obligation, l'emploi du temps, non pas laissant venir <br />mais cherchant, traquant moi-même stations et silo dans <br />ce qui ne vient pas, dans ce qui lutte et s'acharne à ne pas <br />venir â mes récits d'impossibilités successives, de chambres <br />sans récits, sans plus personne pour dormir : on pourrait <br />dire encore j'inquiète l'inquiétude. onze mai, six heures <br />quarante-et-une, j'enfile un pull et toute la grande pièce <br />fraîche avec, passe à travers le col, sors la tête, j'attaque <br />mes pentes, slalome entre un tas de chiffons et les oiseaux <br />poussant d'un bloc à la fenêtre, mélange sonore et foncé, <br />chant par flaques, strates et sauts â je détache les pelures <br />jusqu'au timbre du plus froid chanteur touchant en moi<br />l'effroi, la bête surgelée des premières heures, merle encore <br />et sa tête toujours déjà coupée (Ponge: « <em>Sous cet amas <br />de plumes il y a certains endroits où le corps existe,<br />d'autres où il fait défaut </em>» ; sa phrase touchant à son tour <br />mon chant désastré, sonnant mon défaut d'existence), je me <br />surprends pourtant d'espoir entre le bloc et les chiffons. <br />treize mai, quatre heures trente-cinq, peut-être me faut-il <br />ces véhicules éphémères, scutigères, mouches ou merle,<br />qu'importe, pour déplacer ma pensée, la transporter â<br />ramener le clair par l'obscur et le reste par pattes, lassos, <br />becs ou salive, écoper le temps puis s'effondrer sur les <br />restes de ces toutes petites choses qui n'existent pas. <br />six heures cinquante-trois, ciel blafard, grandes pelles <br />s'opposent au bourrelet, pied lent d'un petit-gris passant <br />dans mon tableau double vitrage, puis l'émulsion coquille / <br />carrosseries, remorques et bâches plongeant sous la façade, <br />bafouant le rond clignotant cinquante. quinze mai, sept (...)<br /><br />Armand Dupuy, <em>Selfie lent</em>, suivi de <em>Collection radiographique</em> de Claire Combelles, éditions Faï Fioc, 2020, 108 p., 13â¬, pp. 22-23.<br /><br /> <br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/DZ3NkhwfotQ" height="1" width="1" alt=""/>

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