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(Note de lecture), Karina Borowicz, Tomates de septembre, par Stéphane Lambion


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Posté 01 février 2021 - 09:20

<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><br /><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...1f7f8200d-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Karine Borowicz tomates de septembre" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e202788011f7f8200d img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e202788011f7f8200d-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Karine Borowicz tomates de septembre" /></a>Si Karina Borowicz, originaire du Massachusetts, sâest fait une place dans le monde anglo-saxon, elle est toutefois peu connue dans lâHexagone, peut-être parce que le public amateur français â dans la lignée du Bureau sur lâAtlantique dâEmmanuel Hocquard â sâest tourné vers une autre des nombreuses formes que prend la poésie américaine. Il est donc heureux que Cheyne ait récemment accueilli une édition bilingue des deux recueils de Karina Borowicz â <em>The Bees Are Waiting</em> (2012) et <em>Proof</em> (2014) â ainsi que quelques textes inédits, le tout dans une traduction de Juliette Mouïren.<br /><br />Ce qui frappe dâemblée dans cette poésie, câest le rapport au monde quâelle instaure : dans le réel le plus simple et le plus quotidien, elle repère ce qui fait brèche, ce qui fait signe vers autre chose. Tel est son programme : <em>weâre searching for anything/that remains of holiness/something sudden and unexplainable</em> (p. 24) â il sâagit donc de retrouver une essence magique du monde où chaque chose ferait sens, serait transparente (<em>this is saltyâ¦/this is sweet</em>, p. 60<em>)</em> et irait même jusquâà revêtir une forme légendaire : ainsi le pouce noirci dâun cuisinier de rue devient-il lâouverture vers une vie mystérieuse (<em>his thumbnail black and peeling/an injury from the other life/people passing donât imagine he has</em>, p. 58) pour sâinscrire dans un réseau de figures humaines qui se répondent les uns aux autres, tels des personnages de conte traversant la vision de la poète.<br /><br />À ce cuisinier de rue fait écho lâhomme de lâ« Observatoire » (p. 54) qui regarde les passants depuis sa fenêtre ; de même, le chant de lâarrière-grand-mère dans le poème liminaire « Tomates de septembre » (p. 15) est repris une vingtaine de poèmes plus loin dans « Route de campagne » (p. 61), où un homme se souvient de lâair que sa mère chantait. Câest dâailleurs souvent dans lâunivers familial que le tissu de relations se condense, comme sâil sâagissait là du point nodal des multiples légendes : les générations sây entremêlent en un amas de voix qui cherchent un sens, une direction (<em>a crowd of voices and hidden/fires and the searching/red line of a compass</em>, p. 28), et câest justement de cette masse dâarrière-fond quâémerge â <em>sudden and unexplainable</em>, souvenons-nous â le sens du monde, loin des <em>gleaming artifacts </em>(p. 62) qui en brouillent la compréhension. <br /><br />La méthode poétique qui préside à la redécouverte du sens est finalement assez claire : <em>thereâs too much distance in the world</em> (p. 48) ; le texte est donc lâendroit où se (re)tissent les liens, à lâimage de la section « The Faces of Strangers », qui fond différentes langues et cultures en une suite de poèmes parsemés de mots étrangers sonnant comme la promesse dâun monde magiquement uni â pourtant mis en péril dans le second recueil, <em>Proof</em>, plus sombre, plus crypté et chaotique.<br /><br />Malgré quelques lourdeurs et inexactitudes ponctuelles, la traduction de Juliette Mouïren est plutôt fidèle et efficace ; on ne peut que saluer son initiative dâavoir traduit ces deux recueils de Karina Borowicz (et de les avoir accompagnés dâune courte préface fort intéressante). Ce que nous donne à découvrir cet ouvrage, câest une voix douce, intime, qui chuchote : une voix qui, à la fin de <em>Proof</em>, se mêle à dâautres â comme celle dâEmily Dickinson â et qui, peut-être, rappellera aux lectrices et lecteurs francophones celles de Guy Goffette et Axinia Mihaylova. <br /><br /><strong>Stéphane Lambion<br /><br /></strong>Karina Borowicz, <em>Tomates de septembre</em>, Cheyne éditeur, 2020, 176 p., 24â¬<br /><br /></span></p>
<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';">(Extraits)<br /><em>(The Bees Are Waiting)</em><strong><br /><br />Street Food in Beijing </strong>(p. 58)<br /><br />A line of skewered seahorses <br />steaming to transparence<br />in a dented pan<br /><br />faceted bodies the size of a finger<br />profiles tiny<br />as if carved with a pin<br /><br />each death described <br />by the tight or loose curl of a tail<br /><br />in the quilted jacket that marks a villager<br />a man tends them<br />smoke from his cigarette<br />swallowed by the quick blooms of steam<br /><br />he turns the sticks<br />his thumbnail black and peeling<br />an injury from the other life<br />people passing donât imagine he has<br /><br />more and more these days<br />it slips even his mind<br />in the delicate tea-colored darkness<br />infused with neon<br /><br /><br /><strong>Cuisine de rue à Pékin</strong> (p. 59)<br /><br />Une rangée dâhippocampes embrochés<br />cuisant à la vapeur jusquâà la transparence<br />dans une casserole cabossée<br /><br />corps facettés de la taille dâun doigt<br />profils minuscules<br />comme sculptés avec une épingle<br /><br />chaque mort décrite<br />dans lâenroulement contracté ou lâche de la queue<br /><br />vêtu du manteau matelassé typique des villageois<br />un homme en a la charge<br />la fumée de sa cigarette<br />avalée par les fugaces fleurs de vapeur<br /><br />il retourne les brochettes<br />lâongle de son pouce noir et dédoublé<br />une blessure de lâautre vie<br />que les passants nâimaginent pas quâil ait<br /><br />de plus en plus ces derniers temps<br />ça lui échappe à lui aussi<br />dans la délicate obscurité couleur de thé<br />infusée au néon<br /><br /><strong>Lire d'autres extraits </strong> <span class="asset asset-generic at-xid-6a00d8345238fe69e202788011f833200d img-responsive"><a href="https://poezibao.typ...na-borowicz.pdf" rel="noopener" target="_blank">en cliquant sur ce lien.</a></span><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/sKtuk6-l1_c" height="1" width="1" alt=""/>

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