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(Hommage) à Clayton Eshleman (1935-2021) par Auxeméry


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Posté 24 février 2021 - 09:04

<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"> </p>
<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><strong>Clayton Eshleman, 1935-2021</strong><br /><br /></span></p>
<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...25492200b-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Auxemery et Eshleman" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20263e9925492200b img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20263e9925492200b-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Auxemery et Eshleman" /></a>Clayton Eshleman était de lâespèce des navigateurs au long cours.<br /><br />On permettra au traducteur dâévoquer ici un aspect attachant de sa personne. Nous sommes plusieurs à avoir souvent croisé le fer avec lui sur des points de détail, lors de travaux à voix alternées, et nous connaissions ses exigences de précision. Mais ce qui aujourdâhui met en branle le souvenir est dâordre plus intime, plus essentiel, selon ses vues à lui. Sa vision, même, au plus profond des choses.<br /><br />Je relis la lettre que cite Michel Deguy à la fin de <em>Made in USA</em> (Seuil, 1978) ; elle date dâoctobre 1976, et Clayton vient dâachever son recueil <em>What She Means</em>. Le principe de condensation est là déjà pleinement actif, mais le plus dense est à venir encore.<br />La lettre dit à lâami : <em>Daily I brood on how to get back to the Dordogne caves</em>, « Pas un jour où je ne rumine la façon de revenir aux grottes de Dordogne. » Là fut en effet le lieu de lâaccomplissement. Devaient suivre de nombreux volumes aux titres explicites, entre autres : <em>Hades in Manganese</em>, <em>Hotel Cro-Magnon</em>, <em>Juniper Fuse</em>⦠Clayton, examinant à la lampe frontale, scrutant la marche erratique du monde, sâétait définitivement saisi du bâton de genévrier carbonisé pour tracer sur la paroi de la caverne les linéaments, les ratures, les traits pertinents de lâaventure humaine â signes &amp; charmes, points obscurs en ligne, spectres animaux, cupules creusées au doigt par lâancêtre évanoui dans les siècles mais hantant à jamais le cours de la rivière &amp; la falaise.<br /><br />Cette <em>rumination</em>, cet appétit des cavernes où lâêtre va obstinément sonder sa source mémorielle, jâen ai été le témoin, et je reste reconnaissant à Clayton de mâavoir fait parcourir avec lui une partie du chemin. Il faut dire que notre première rencontre se fit à la porte même de la grotte de Lascaux â le désir de Clayton était dâaller se mesurer (le terme olsonien, lui comme moi lâaurions employé, nâest pas excessif) avec la figure chamanique de lâhomme-oiseau en catalepsie face au bison au fond du Puits, ne fut pas exaucé ce jour-là, il était impossible de <em>descendre</em>.<br />Nous avons suivi la Vézère, attentifs aux accrocs du paysage, là où les êtres du jadis avaient inscrit à lâévidence leur toujours-présence. Nous avons séjourné à lâHôtel Cro-Magnon, à deux pas du trou : je nâai jamais dit à Clayton que cette vénérable cavité, je lâavais découverte plus tard servant de garage à un tracteur agricole, avant que ne sâinstalla une échoppe de souvenirs en peluche â il détestait le tourisme et ses nigauderies. Les derniers temps ! Parmi les ultimes messages que jâaie reçus, des regrets de ne plus pouvoir voir ce quâil faut voir dans le ventre matriciel.<br /><br />Et puis ceci : un jour (je revenais dâun séjour dans le Southwest, et nous étant retrouvés aux alentours du château des Milandes, nous feuilletions des brochures que jâavais ramenées, en écoutant Peggy Lee chanter <em>Black Coffee</em> â Clayton dans sa jeunesse avait joué en compagnie du frère du pianiste de jazz Bud Powell), et comme nous regardions les cartes des territoires alloués aux nations indiennes, et leur rétrécissement depuis lâépoque des traités, jâai vu Clayton au bord des larmes<br />Nous nous souviendrons de lâinlassable prospecteur des tréfonds de la conscience humaine des destins inscrits sur les parois obscures, à la recherche dâarchétypes, de figures aimantées, et de réponses à lâénigme de vivre &amp; dâaimer. Parmi ceux quâil considérait comme des frères en exploration, et quâil a traduits : Artaud, Vallejo, Césaire, et aussi Deguy, Neruda. Bei Dao.<br /><br />On saluera le maître dâÅuvre de plusieurs revues sans lesquelles la poésie américaine nâaurait pas de sens, <em>Caterpillar</em> dans les années 70 (Eshleman y publia des extraits de ce qui allait devenir le <em>H.D. Book</em> de Robert Duncan) et <em>Sulfur</em> à partir du début des années 80, où se retrouvèrent les meilleurs, Eliot Weinberger, Rachel Blau Du Plessis, Jerome Rothenberg, Michael Palmer entre autres. <em>Sulfur</em> suivait la piste inaugurée par <em>PO&amp;SIE </em>: je note que le premier numéro de la seconde offre une sélection de poèmes olsoniens, et que les premiers numéros de la revue de Clayton publiaient une partie de la correspondance dâOlson avec son mentor Edward Dahlberg.<br /><br />Le Minotaure mugit du fond du labyrinthe &amp; lâaraignée-fétiche tisse les mots qui scellent une destinée. Clayton Eshleman parlait aux ombres.<br /><br /><strong>Auxeméry</strong>, février 2021<br />Lire cette <a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/2021/02/anthologie-permanente-clayton-eshleman-traductions-in%C3%A9dites-par-auxem%C3%A9ry.html" rel="noopener" target="_blank">importante sélection de traductions</a> réalisées par Auxeméry<br /><br /><br /><span style="font-size: 10pt;">Un choix de poèmes est paru en France en 1998, sous le titre de <em>Hadès en manganèse</em>, reprenant celui dâun de ses recueils majeurs (Belin, <em>LâExtrême Contemporain</em>).</span><br /><span style="font-size: 10pt;">Nous donnons <a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/2021/02/anthologie-permanente-clayton-eshleman-traductions-in%C3%A9dites-par-auxem%C3%A9ry.html" rel="noopener" target="_blank">ici</a> la version de lâultime texte sur lequel nous avions travaillé : on y trouve la plupart des thèmes qui ont animé sa pensée.</span><br /><span style="font-size: 10pt;">Le site <a href="https://www.alligatorzine.be/" rel="noopener" target="_blank">Alligatorzine</a> <a href="https://www.alligatorzine.be/"></a>a accueilli plusieurs fois Clayton Eshleman.</span><br /><span style="font-size: 10pt;">Signalons un <a href="http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article53" rel="noopener" target="_blank">texte</a> sur le site <em>Åuvres ouvertes</em> : <em>Quâest-ce qui est américain dans la poésie américaine ?</em> </span><br /><br />Photo © Auxeméry, Clayton Eshleman et Auxeméry, rue de Rivoli, années 2000. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.<br /></span></p>
<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"> </p><img src="http://feeds.feedbur.../~4/zviiizT03rU" height="1" width="1" alt=""/>

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