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notes sur la poésie [2005 - 2019]


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9 réponses à ce sujet

#1 denis_h

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Posté 19 avril 2021 - 04:38

[ texte supprimé pour parution en revue ]



#2 Alfred

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Posté 24 avril 2021 - 08:05

Le deuxième texte montre une habileté à déployer des réflexions dans un sens esthétique. Cependant elles sont vaines. Le problème est que le terme "révolution" est trop chargé d'histoire et d'histoire de la pensée pour que ces réflexions puissent se raccrocher au réel sans une philosophie clairement définie de la révolution. Ainsi, définir la véritable révolution comme "une révolution que l'on opère sur soi-même" est creux sur le plan conceptuel. Le tout dernier paragraphe est tout aussi creux. C'est ce genre de vacuité qui peut à la fois défendre la dernière campagne publicitaire de Nike, un discours de Macron ou une partie de la révolution bolchevique.

 

Le problème du troisième texte rejoint une partie des problèmes du 1er texte. Problème qui vient en grande partie d'une historisation de l'art limité au XXème siècle dans la sphère occidentale. D'où peut-être la présence sémantique des hantises des avant-gardes de l'époque : "académisme", "conformisme", "transformation des consciences". En revanche le terme de "vie intérieure" me parle et poétiser davantage ce principe m'intéresserait.

La distinction critique/artiste me semble absurde si on la considère de façon plus complexe, en dehors de l'opposition binaire académisme/nouveauté. Penser la théorisation de l'art comme une limite à la pratique artistique est absurde et de toute façon un être ne se résume pas à ce qu'il représente académiquement, à savoir dans cette institution à ce moment donné. Tu me donnes l'impression de t'opposer au marxisme culturel et pourtant tu penses comme un maoïste, ces maoïstes qui ont livré au monde la pire version du marxisme culturel.

 

Le quatrième texte est drôle, provocateur et divertissant. Il me plaît.

 

Des quatre poèmes je préfère le dernier, je le trouve très bon mais j'enlèverais le tout dernier mot. J'en profite pour te dire que j'ai souvent aimé tes poèmes.



#3 Hattie

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Posté 25 avril 2021 - 06:18

Comment être pour ou contre en poésie ? Ce serait à mon tour de rétorquer, à Denis, son argumentation préférée : ' tagada pouet pouet '.

 

 

 

Cela a cependant l'intérêt de s'intéresser au sujet. Ce qui est déjà beaucoup. Le rapprochement avec ' la révolution ' me paraît étonnamment ' petit bourgeois ', si j'ose la comparaison culturelle et sociale, voire historique.  :) .  Nous avons lu les mêmes livres, excellents, soit dit. Mais est-ce une véritable ' révolution poétique ' que de s'en appuyer ainsi dessus ? Non. Cela reste encore académique. Et pourquoi pas.

 

 

 

Je me souviens d'un de vos poèmes, Denis, sur le Bleu. D'un poème parlant d'un enfant tenu par la main de son grand-père. Très touchant texte. Très très au-delà de ces réflexions.

 

 

 

Pour taquiner, Denis : vous faites du ' Manou Farine '  __ C'est gentil _



#4 denis_h

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Posté 26 avril 2021 - 07:53

... tu penses comme un maoïste, ces maoïstes qui ont livré au monde la pire version du marxisme culturel ...

 

 

:) :) :) :)

 

voilà qui est fort intéressant.

 

je pense que pascal appréciera ...


 

Pour taquiner, Denis : vous faites du ' Manou Farine '  __ C'est gentil _

 

:) :) :) :)

 

décidément, on va de surprises en surprises, ici !...



#5 Alfred

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Posté 26 avril 2021 - 06:53

Oui l'exemple est grotesque, je dois lire trop de littérature chinoise en ce moment. Mais l'idée d'associer un universitaire à l’entièreté de l'institution dont il dépend ou de voir les critiques comme un ensemble homogène ne me semble pas logique. Après je n'ai peut-être rien compris, ce qui est possible.



#6 Alfred

Alfred

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Posté 28 avril 2021 - 07:53

J'ai lu ça ce matin dans la préface d'un recueil de Roger Gilbert-Lecomte, ça résonne un peu avec tes textes je pense (la mise en page n'est pas parfaite, c'est un PDF lu par GoogleDoc):

 

Lorsque Gilbert-Lecomte proclame haut et fort l'implacable nécessité d'une métaphysique expérimentale (concept intenable pour toute forme de raison discursive), il ne désigne rien d'autre que la possibilité réelle de s'ouvrir à l'absolu par l'expérience, en rejetant dogmes et béquilles. (« Tous les grands mystiques de toutes les religions seraient nôtres s'ils avaient brisé les carcans de leurs religions que nous ne pouvons subir. ») Ce faisant, il s'inscrit directement au cœur du courant subversif qui traverse, dans le temps comme dans l'espace, toute recherche artistique, spirituelle ou révolutionnaire opérante ---- souvent scandaleuse, toujours contradictoire, en ceci qu'elle ne relève jamais de la certitude mais de la prise de risque la plus extrême.

Nous ne sommes jamais assez nés, rappelle avec force Cummings. La poésie vécue de Gilbert-Lecomte résonne tout entière comme un appel constant à la liberté la plus libre. On peut la lire et la relire comme l'expression frémissante d'un parti pris du vivant jusque dans son désordre. Ouvrir la totalité de l'espace - ce pourrait être la profession de foi du poète, ce « chérubin démesuré ». Poumons traversés par le ciel. « Souvenez-vous, hommes, du fond caverneux de vous-mêmes, flamboie Gilbert-Lecomte, votre peau n'a pas toujours été votre limite » Avec son adolescence indomptable, sa volonté de briser tous les dogmes, d'avaler « Dieu pour en devenir transparents jusqu'à disparaître», ce « technicien du désespoir», ainsi qu'il se nommait, n'a cessé de mettre au jour le noyau incantatoire de la vie - de donner un coup de projecteur lucide et violent sur ce qui résonne en nous en dehors de la raison. 

Voyance, intensité psychique, révolte, subversion du principe d'identité, ouverture à l'Orient — Rimbaud est ici le point nodal, “le précurseur de tout ce qui veut naître”, celui qui incarne ce « besoin imminent de changer de plan », celui qui suit au plus près « l'asymptote des impossibilités humaines », et « montre la limite de tout individu ». L'Avant-propos au premier numéro du Grand Jeu l'affirme : « Nous croyons à tous les miracles. Attitude : il faut se mettre dans un état de réceptivité entière, pour cela être pur, avoir fait le vide en soi [...]. Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire. » Le Grand Jeu, en ce qu'il vibre dans la résonance du « cuivre [qui] s'éveille clairon » cher à Rimbaud, se manifeste ouvertement comme un retour de la voyance dans l'art du XXe siècle. « L'inspiration poétique, - exactement créatrice —, est la forme occidentale de la Voyance. » Gilbert-Lecomte, encore, à propos de Sima : « Je ne reconnaîtrai jamais le droit d'écrire ou de peindre qu'à des voyants. C'est-à-dire à des hommes parfaitement et consciemment désespérés qui ont reçu le mot d'ordre "Révélation-Révolution”, des hommes qui n'acceptent pas, dressés contre tout, et qui, lorsqu'ils cherchent l'issue, savent pertinemment qu'ils ne la trouveront pas dans les limites de l'humain » 

Dans cette perspective libertaire, le voyant apparaît comme le contraire du croyant. Le voyant se veut et se vit affranchi. Affranchi de tout ancrage, de toute réalité de seconde main promise par autrui. Il pourrait être défini comme un débusqueur d'illusions, celui qui lève tous les leurres - sans exception, et jusqu'à celui de sa propre « maîtrise ». Refus absolu de toute programmation de l'esprit qu'un Henri Michaux a formulé un jour au plus exact : « Il plie malaisément les genoux, ses pas ne sont pas bien grands, mais il reçoit mieux n'importe quel rayon, celui qui jamais n'a été disciple» 

Au vrai, rien ne saurait être accompli sans cette objection systématique à tout, ce non sans appel - ce « jet furieux de la révolte » : « La Révolte, telle que nous la concevons, (est) un besoin de tout l'être, profond, tout-puissant, pour ainsi dire organique. » La révolte, pour Gilbert-Lecomte, qui se perçoit à la fois comme un « pétrisseur d'étoilés » et un « Cataclysme Vivant », c'est la clé même du mouvement de la vie, c'est la force qui permet de « remettre tout en question dans tous les instants ». D'abord, la violence pure, brutale et comme native, de la prise de conscience, splendidement évoquée ici : « des hommes crèvent en mordant leurs poings dans toutes les nuits du monde ». Puis, la riposte, à savoir la poésie comme pierre de touche de la transformation, comme « signe qui force les mondes» : Aussi “Poésie” devant tous les concepts de cette raison a nom “subversion totale” et devant toutes ses institutions "Révolution". » Enfin, dans une perspective trinitaire, « la révolte de l'individu contre lui-même » — soit « changer le sens de toute notre activité, prendre une attitude tellement nouvelle qu'elle bouleverse notre nature de fond en comble ». 

Pour Gilbert-Lecomte, en effet, l'idée qu'un homme puisse être sauvé en adhérant à une proposition contenue dans un credo quelconque est le plus dangereux, le plus irréaliste des fantasmes. « Nier tout pour se vider l'esprito », tranche le poète, et Daumal, son «phrère » solaire, surenchérit : « La seule délivrance est de se donner soi-même tout entier dans chaque action, au lieu de faire semblant de consentir à être homme » 

Révélation/Révolution. Il s'agit de se révolter et de se révéler. De récuser, dans son essence, le désir d'autorité. Révélation/Révolution sont ici les deux pôles d'une insurrection poétique généralisée. Et qui croit comprendre l'une en rejetant l'autre échoue à saisir toute la palette du vivant. Révélation/Révolution. Paradoxe des paradoxes. Exigence de rébellion et approfondissement des plus anciennes traditions (notamment celle de l'Inde). « Ton Sauvage est ton Sauveur », résume Gilbert-Lecomte dans un éblouissant raccourci. Loin de toute rêverie douillette ou de tout glacis intellectuel, les métaphysiques orientales sont vécues ici comme le tremplin d'une infinie redécouverte de soi. «Sondez l'abîme qui est en vous », insiste Gilbert-Lecomte, pointant au passage l'impossibilité de tout progrès social réel sans transformation intérieure, et proche en ceci des positions éclairantes d'un Georges Ribemont-Dessaignes publiées dans le numéro 2 du Grand Jeu : «Il apparaît de plus en plus que la révolte contre l'oppression collective est celle qui renforce le plus les tendances instinctives de notre bureaucrate intérieur.»



#7 denis_h

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Posté 29 avril 2021 - 02:15

texte intéressant, mais auquel je ne saurais me rallier.

 

j'aime surtout "le mont analogue" et "la grande beuverie" de rené daumal, et connais très peu RGL.

 

pour mon point de vue de personnel, je ne me considère pas comme un "voyant"

 

et ma perspective n'est pas "libertaire", au sens stricte.



#8 Alfred

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Posté 29 avril 2021 - 09:39

Je n'aime pas vraiment cette préface et son ton. Mais j'ai posté l'extrait car il a le mérite de regrouper quelques idées intéressantes.

 

 

 

pour mon point de vue de personnel, je ne me considère pas comme un "voyant"

 

 

 

Oui le terme de voyant mal compris peut vite faire tomber dans le mysticisme bas de gamme, la secte ou la mégalomanie pure et dure. Mais dans un sens plus profond, tu refuserais d'associer la voyance à la poésie ?



#9 denis_h

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Posté 30 avril 2021 - 02:23

en tout cas pas comme le fait rimbaud dans sa lettre à izembard.



#10 Alfred

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Posté 01 mai 2021 - 09:21

Celle là ?

 

Cher Monsieur !

Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. — Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius. — je me dois à la Société, c’est juste, — et j’ai raison. — Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd’hui. Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective : votre obstination à regagner le râtelier universitaire, — pardon ! — le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n’a rien fait, n’ayant rien voulu faire. Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j’espère, — bien d’autres espèrent la même chose, — je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez ! — je serai un travailleur : c’est l’idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris — où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève.

Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. — Pardon du jeu de mots. —

Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !

Vous n’êtes pas Enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez ? Est-ce de la poésie ? C’est de la fantaisie, toujours. — Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni — trop — de la pensée :

Mon triste cœur bave à la poupe…