Epitaphe** pour Marie-Louise S.*
MLS, ses/ces trois initiales,
brodées jadis par une main de jeune fille,
au cours des longues soirées d'hiver
ou aux heures les plus chaudes de l'été,
au haut d'un drap de toile de lin blanc
mystérieuses à mes yeux d'enfant,
armoiries aux portes d'un palais,
frontispice d'un livre enchanté,
écriture secrète, arabesques en liberté,
magie des enluminures nacrées,
aux marges d'un parchemin
. . . . .
survivant du trousseau de mariée,
ce drap aura attendu trois quarts de siècle
dans le secret d'une armoire de noyer,
l'heure inexorable du dénouement,
avant d'envelopper dans la mort même
la femme qui, dans son jeune âge
et sûre de son destin, avait brodé, jadis,
sur la trame de la grosse toile de lin,
les initiales qui resteraient les siennes
pour l'éternité
*Marie-Louise S., ma mère
** épitaphe : en plus d'une inscription funéraire, cela pouvait être,
dans la Grèce antique, un objet donné comme signe de paix.





