Après quelques de dix ans concentré sur le travail spécifique du sonnet régulier, je m'autorise un peu de liberté en m'ouvrant également aux vers libres, dont voici le premier essai.
Midi sur Mindin
Rade odieuse où jeune il me fallut venir
Pour m’éloigner de toi qui voulais m’asservir.
Je n’étais bien qu’au soir lorsque cessait l’ouvrage
Et que je sommeillais à l’abri de l’ombrage.
Chaque jour cependant je me croyais plus fort
Surpris de t’oublier, employé sur ce fort,
Bénissant l’univers où je pensais te perdre
Comme un corps englouti par les sables de l’Erdre.
C’est moi que j’avais fui dans cet élan brutal ;
Malgré tous mes efforts il n’en sortait que mal.
Ton souvenir hantait mes nuits de lancinance :
Je n’avais que pour seul réconfort le silence.
C’est toi-même un beau jour qui sus me retrouver !
En plein travail au port, je ne pus qu’éprouver
Un double mouvement de recul et de hâte :
J’avais autant rêvé qu’évité cette date.
Il venait de sonner douze coups sur Mindin :
Midi ! C’était la pause et sans plus de dédain
Je te souris de loin puis mes bras s’entrouvrirent
Et nos cœurs séparés enfin se réunirent.





