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Un reproche silencieux

Posté par michelconrad, 08 décembre 2018 · 133 visite(s)

A l’âge où je ne savais pas ce qu’était la poésie, ni même ce qu’était écrire, je déclamais, sur les bancs de l’école « Les sapins en bonnets pointus... ». L’instituteur savait-il qu’il m’instillait le goût de la poésie … et le goût des arbres ?
 
J’associe déjà les arbres de mon jardin à des péripéties de leur histoire : le sorbier à cet énorme oiseau de nuit qui en décolla, un matin, en volant maladroitement, l’épicéa à la pie qui se trouvait à sa cime, le pommier à quelque oiseau qui creusait un trou dans son écorce. Ce sont mes compagnons de solitude.
 
Dans la crainte de vents violents et qu’ils ne s’abattent sur ma maison, dont ils étaient très proches, je fis, pourtant, couper deux arbres de mon jardin : un noyer, un épicéa. Pourtant, quand je vis, à la place du grand épicéa, un espace vide, je compris qu’un jardin est une bibliothèque et qu’un livre m’en avait été retiré. La souche de l'épicéa est, désormais, un reproche silencieux.
 
 

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