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La lombaire du soir, l’Allombert du matin


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#1 Célédonio Villar Garcia

Célédonio Villar Garcia

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Posté 17 février 2019 - 06:13

Charles de Gaulle est mort. Madame la maîtresse

Tu m’interroges : qui était ce grand Monsieur ?

Maure ? Je l’ignorais. L’ignorant qui paresse

Dans mon silence c’est du mépris dans tes yeux.

 

Des Maures, mon pays les a vus disparaître,

À devoir, sans décompte, enterrer le dernier.

Des mors sans leurs chevaux dans l’écurie des êtres

J’en vois encore mordre des sentiments d’acier.

 

Charles de Gaulle est mort, mon général… Foutaise

Est le grade qui vient à mon esprit vaseux.
Un général ! Dis la petite Portugaise.
De taire l’évidence étouffe le taiseux.

 

Ha, si c’était Franco ! Tu m’affirmes madame,

Très solennellement, bien sûr tu l’aurais su.
Ha, si c’était Franco ! Ta gueule, non Madame

Sur cette estrade je ne l’aurais jamais vue.

 

Mon père n’aurait pas fui le rouge et le jaune

Du drapeau d’un pays où il ne revint plus.

Dans l’œuf du faucon, l’être est un futur béjaune,

Dans les serres de l’aigle, un rendez-vous reclus.

 

Trouverais-tu les clés de sa boîte crânienne,

Le pain noir imbibé de vin rouge espagnol,

L’espoir ivre tombé dans la couche des hyènes…

Ici, viennent pleurer même les rossignols.

 

Ici, c’était hier. Ici, le patriarche

Des révoltés est un ennemi cramoisi.
Mourir ou vivre ? La dictature est en marche…
Il leur fallait choisir. Le pater a choisi.

 

Sous le poids de la mort, les tares sont des bombes,

Leurs échos de la peur, ici comme là-bas,

Certains quittent l’Espagne et d’autres vont à Londres,

Le courage, une affaire à fendre des abats.

 

Mon père, non Madame, au nom des communistes,

N’était pas du côté que tu nommes Franco.
En 40 mon père, aux mains des pétainistes,

Dans le maquis de l’Ain, serait un franc… Coco.

 

Je ne parlerai pas, à mon père, Madame,

De l’ombre du démon que je vois dans tes yeux.

À m’entendre, comme un crucifix dans une âme,

Arracherait du Christ l’ultime clou des cieux.

 

Je garderai pour moi ta parole raciste,

Peaufinant chaque jour, dans mes croquis d’enfant,

L’image de cet homme où mon estampe existe,

Que je rencontrerai tout naturellement.

 

Madame, je te dis tu, car seul dans ma chambre

De tout mon être je te vomis quatre fois.

Sans fenêtres aux murs, quatre murs jaunes d’ambre,

Madame, ta vipère empoisonne mon foie

 

Et mes reins… Et mon ventre est une poche pleine

Du dégoût que ton nom, dans les crottes des chiens,

Tisse, avec la mygale urinant dans mes veines,

La lombaire du soir, l’Allombert du matin.