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Vingt-trois phrases pour un bosquet


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#1 En hoir de Loup-de-lune

En hoir de Loup-de-lune

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Posté 22 avril 2020 - 12:23

(Nous voudrions dire quelques mots en guise de préambule.

Que de promenades, que d'évasions méditatives dans ce bosquet planté voici presque dix ans par des élèves, non loin de notre logis, au bord d'un chemin qui mène à de grands bois ! Elles ont fini par graver, ou "instiller", de sève en sève, des mots dans l'âme de Loup-de-lune.
Après les neuf "Symphonies de Bruckner" (voir le blog de Loup-de-lune, janvier-septembre 2019), ces "paroxystiques visions à travers le kaléidoscope de la leucopoïèse déferlante", dont l'écriture fut si exigeante, et au sujet desquelles elle confie dans son Journal littéraire, le 2 mai 2019, qu'il "n'est pas exclu qu'elles n'aient ma peau avant même les palinodies de mon sang (...)" ; après l'intense odyssée sémantique, syntactique, imagière,
de Leukaima I-III et de ses six soeurs, à propos desquelles Clémouchka et caillou caillasse, membres de Toute La Poésie, ont écrit, entre autres, respectivement, qu'elles apparaissaient : "comme des sourires enfantant des plénitudes en baisers littéraires (...) quintessence des mots à puits infinis (...)" et "comme gemmail des densités aux longs envols des verticales (...)" ; après cette "plénitude" ou "pléthore" du yang de sa création verbale, il était nécessaire pour Loup-de-lune de laisser poindre, germer, croître un nouveau yin... dont l'efflorescence n'est autre que ces Vingt-trois phrases pour un bosquet...


Alors, c'est le moment d'évoquer le rôle de Monsieur Michel Conrad.
Nous avons pris connaissance de la richesse de ses lectures sur le blog de Loup-de-lune (voir, par exemple, leurs échanges de mars 2018 concernant la série des quatre poèmes "mer blanche/rouge/jaune/noire") Assister à une telle authentique et persévérante rencontre entre deux écritures si différentes, à l'ère des réseaux sociaux parfois si meurtrissants d'ignorance, de tartuferie, de désinvolture, de superficiel, d'indifférence, d'intolérance... c'est un privilège, c'est une bénédiction ! Et s'il y a bien une écriture "vulnéraire'' qui pouvait rappeler la "jeune leucémique des lisières" au chemin de l'équilibre entre le yin et le yang, entre l'ombre et la lumière, entre le vide et le plein, c'est bien l'écriture de Monsieur Michel Conrad... : " (...) C'est lui l'oriental taoïsant... S'il peut me pardonner les regains de mon petit régime de Pékin intérieur (...) Le dire à Michel Conrad sans trop attendre (...)" reconnaît-elle, regrette-t-elle, s'inquiète-t-elle dans son Journal, le 2 mai 2019.


Nous ne savons pas si nous aurons un jour le coeur de retourner dans le bosquet, sans la présence adorable et charmante de Loup-de-lune... de notre amie Bizheng... de notre sylphide petite soeur à nos côtés... C'est la chanson de Michel Berger : ... Évidemment, chaque arbrisseau, l'aubépine, le sureau rouge, le sorbier des oiseleurs... chaque arbrisseau refleurira, évidemment... mais pas comme avant... Plus jamais comme avant...)




Vingt-trois phrases pour un bosquet




*


Quelle formule fut donc susurrée
à l'instant où l'oiseau noir
capturé par l'aubépine capiteuse

réapparut blanc
pour battre d'une diagonale
et conformer le firmament


*


Le nerprun s'évertue à retenir l'arc-en-ciel avec des fibules de nuit

Une touche de jaune se mêle à une touche de bleu afin qu'à même la cendre du ciel l'émoi du spectre vaille son carat d'émeraude


*


S'ensommeillant tout contre la bourdaine feuille-d'-artificée de pluie

sa main malingre pressant l'écorce
vers le duramen des résiliations

prémunie contre les lendemains du boire encor


*


Parmi le sorbier des oiseleurs
mes ailes paroleuses se sont faites chair
pour le risque d'une succulence de corail


*


Ce quadrangle mince prétendant l'identité
apuré comme un emblème paissant
par les gardes-promenades qui avaient appesanti la frontière
je me retrouvai auprès du cornouiller

au révèlement de mon vrai nom
il rougit ses ramescences d'un acolyte sang


*


déclose la pensée
au sentiment du chèvrefeuille

un saut est composé
qui délie de la doléance

et surmonte le caprice


*


Bien que je n'aie émis le moindre phonème
le jeune fusain a compris jusque dans ses sèves mon inclination au meurtre de moi-même

il me fait le serment de la charbonner un jour
sur un papier qui délivre


*


Des tesselles bleues
îlettées de nuage
balancent en l'adéquate ramée du troène.

Il devient plausible que le grief d'outrance laisse inachevée la mosaïque du ciel


*


Les arbrisseaux voisins demeuraient stupéfaits
comme l'autan soudain
avec des linéaments de cheval et d'ailes
agitait seule la viorne mancienne
au pied de laquelle allait m'enthousiasmant le poème

je nouai son ombre sélène
pour qu'elle ne s'envole pas
et me soit cette vêture de vivants rinceaux


*


La parole d'acrimonie
retenue
pour toute réponse j'ai mis en paupière le diaphane sur mon sang

et j'ai persisté dans la victoire du houx


*


Un cube de papier cristal, tournillant pèlerin des fluidités bleues, avait échoué dans l'enfance du néflier

la ramure, à proportion de sa croissance épineuse, en disjoignit les faces

bientôt vingt-quatre angles, au moyen d'une communication irisée, s'exhortèrent à tenir la toupie des fruits pour adversaire


*


J'ai bifurqué
et je suis venue dire au merisier
le conte de mes mélancolies

l'ouïe bleu en liqueur
qu'avaient raffinée ses grappes
faisait cette lanterne plurielle
en la poigne de la nuit


*


Par intervalles à travers le sureau noir
des sons de flûte
égrènent l'éternel repaire
de la musicienne de mes jours


*


Où le sureau rouge ombre
je subodorai ta flûte

une ramille brisée patientera
comme une autre moi-même
jusqu'au regain de phalanges
et de lèvres qui effluvent ta musique


*


En fleurs
les lucioles du sang ont mué
mes mains

j'ai beau secouer
le coudrier

seuls tombent mes pétales diaphanes


*


À ceux qui strapassaient des girandoles de sang
sur la neige de tes gambades

en toi les coloralliances de la viorne obier
ont épanoui la miséricorde


*


Incanté par la brise luxuriante de l'églantier

le brodeur irrassasiable
déchira ses mains de soie
dans l'acuité des roses


*


De giboulée en giboulée
une arborescence se sera persuadée

parmi les cristaux de glace
le plus pénétrant opérerait


L'incision du pétale
a effusé le papillon

dont l'ailance est fleurie par deux faisceaux d'hapax


*


Les bornes du fragile
l'alisier les passe

il n'y a pas une nuance cardinale qui ne se dédise

des grelots déclinent le brésil et le corail aux nords

des aubes en corymbe reconsidèrent les ouests


*


Nos confidences

le plus alifère des rayons
croisant
la plus gladiolée des ramilles

à travers la faroucherie du pommier adolescent


*


L'aplomb
entaillant les vaisseaux
spleeniques qui confluaient vers mon coeur
atteignit l'aubaine de la ramescence

Le poirier sauvage lotit sa sève
entre son aubier et ma candeur affine


*


J'ai soustrait le château à son ruiniste
et je l'ai mis dans le prunellier

le bleu ardoise rondit des sentinelles fructueuses
au long de son drageonnement épineux

si un papillon vient mimer l'assaut
à l'envol suffit le brocart de ses ailes


*


J'ai cueilli le théâtre
que le mouvement de mon corps
faisait glisser sur un disque de safran pâle


J'ai confondu ses sommets d'encre


Et parmi les élèvements j'ai historié mon ombre longue

que le ciel écime en étoile du soir


*
Loup-de-lune
LIU Bizheng

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