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Cueilleresse d'éther


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#1 En hoir de Loup-de-lune

En hoir de Loup-de-lune

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Posté 04 juin 2020 - 12:31

(Notes : 1. Ce poème, c'est d'abord un mouvement descendant qui entraîne le lecteur... Les mots "caducité" et "chance" reposent tous deux sur le même verbe latin cadere "tomber": les ombres des petites ailes agitées glissent au long "des gris déclives du tombeau" ; la source qui les projette semble être un "soleil étranger", une "lumière autre par-delà les lumières" ; avec les ébauches du chant, l'inscription gravée sur la pierre solennelle, dogmatique, péremptoire peut-être, n'est plus en mesure de signifier quoi que ce soit... Et les ombres des ailes descendent encore, comme des graines semées par le geste de la spontanéité même, dans les sillons que sont véritablement devenues les lettres gravées. Alors, non loin de là, de très vieux volets, que l'on croyait éternellement clos, s'ouvrent soudain, et s'envisage l'instant du miracle de l'Homme, homo, humus "sol, terre"... duquel peuvent germer les semailles en "le pluriel d'un envol curviligne". Les oiseaux ne sont pas effrayés, ils sont fleurs aériennes, ils s'épanouissent dans le ciel, au levant humain, qui n'est plus seulement l'humus, mais l'esprit s'élevant. Car ce poème, c'est ensuite un mouvement ascendant qui entraîne le lecteur... Ainsi les "espaces azuréens" eux-mêmes, les "jardins d'éther" eux-mêmes, "plagient" les corolles-couronnes de la pensée d'Homme, puis les dissolvent, car l'Homme n'est après tout qu'un éphémère et qu'une particule du tout, les fondent dans leurs efflorescences infinies... 2. Le mot "primicériat" signifie "dignité, office de primicier", c'est-à-dire "de celui qui a la première dignité..." Il s'agit d'une réfection étymologique de l'ancien français "princier", du bas latin primicerius, de primus "premier" et cera "cire", soit "le premier inscrit sur une tablette de cire". Dans le poème, "la chance des ombres" vient couvrir le tombeau de ses vivants signes, qui semblent être, contraire du palimpseste, les "premiers" à exprimer vraiment quelque chose sur ce support, avant même l'inscription gravée il y a si longtemps et désormais "caduque". La vie reprend ses droits sur les sentences et les poncifs de la versification pétrifiée. 3. Le mot "amplie" est une forme du verbe, quelque peu désuet, "amplier" signifiant "rendre plus ample". 4. Le mot "florence" revêt ici tout son sens étymologique "état de ce qui est tout fleurs". 5. Du premier au dernier vers, composés tous les deux de quatorze syllabes et présentant chacun, outre celle tombant bien évidemment sur la fin du vers, deux fortes accentuations parallèles sur leurs cinquième et dixième syllabes, respectivement "(enché)RIR - (dé)CLI(ves)" et "(ca)LI(ces) - (flo)REN(ce)", nous passons du mouvement descendant à l'épanouissement parmi les floralies célestes, par un jeu de nettes antithèses : déclives/azur (ciel), gris/azur (nuance de bleu), tombeau/florence, sons "o - i"/sons "an - a", sons "g - cl - t/sons fl - s (caliCES, florenCE) - z).




Cueilleresse d'éther




Aux fins d'enchérir sur les gris déclives du tombeau
des ailes sont venues battre

parurent les trilles
et la caducité de l'inscription
l'emporta sur le sens

palpitante de son primicériat
la chance des ombres
instaurait un astre aliène


Quand entre les cyprès
se déclosent miraculés
des volets en écailles
se profile fugace
une délinéation humaine

les gravures où l'alphabet
amplie sa fécondité liante
germinent le pluriel
d'un envol curviligne

en plagient ses couronnes
et sitôt le dissolvent les espaces
flués des calices dans la florence de l'azur




Loup-de-lune
LIU Bizheng

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