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Traversantes sur la mer poème


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#1 En hoir de Loup-de-lune

En hoir de Loup-de-lune

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Posté 05 juillet 2020 - 03:55

Nous offrons aujourd'hui aux lectrices et lecteurs un florilège de poèmes, soit le premier et le dernier du recueil de Loup-de-lune, intitulés "Traversante" et "mer noire", accompagnés de douze témoignages qu'une vie d'écriture est cet ardent chemin qui reconquiert de pas en pas comme de mot en mot la parole communiquant avec l'âme soeur déjà passée dans la chambre d'à côté. Et souvent le feu y claire bien plus qu'il ne consume : "le même parfum descend des porte-bouquets de l'espace insensé/où le feu imitant mes fièvres te fit impondérable" (L'absence) ; "Qu'être par-delà le feu si prompt à cendrer tes affres/sinon ce diaphane visiteur des flambeaux submergés ?" (Les Mondes perdus : à la recherche de Mademoiselle LIN II - La cité des Lions) ; "De l'urne inclinée soudain/par ces mains aériennes à suppléer l'éther/s'épancheraient tes cendres/sans rien ombrer de l'ardeur bleue des lavandes/elles se fondraient dans le sud que nous frayâmes/oh ! cette incandescence du souvenir impuissante à les joindre" (La calligraphe) ; "sitôt que de l'incandescente asymptote/s'évade un inane et jaloux éclat" (mer noire)... Oui, "Du feu que nous sommes" ainsi que l'évoque le titre d'une anthologie qui réunit des poètes contemporains du monde entier et qui nous a été si essentiellement offerte... Nous recevons leur parole nombreuse, leur voix plurielle, qui nous répondent comme Leandro Calle : "La gorge de feu/fait danser les feuilles./Quand tu te tais/combien terrible est la nuit." ; qui nous perçoivent comme Esther Salmona : "un rouge un grenat une profondeur/en périphérie un cuir revient/épanouissement synaptique/reconquête par chevauchées simultanées" ; qui nous appellent comme Étienne Paulin : "Ô cimetières/où vivent des musiques" ; qui nous comprennent comme Aymen Hacen : "Des roses et des montagnes titre me dis-tu/D'un recueil que j'aurais écrit dans ton sommeil/Ou était-ce dans un rêve de toi vêtu ?/Aussi de moi rêves-tu ? Vivement l'éveil !"... La page de dédicaces du recueil "Poèmes de Loup-de-lune" n'oublie aucune des "ardentes argonautes de la mer poème"... mais c'est Mademoiselle LIN qui ne manque pas d'ouvrir cette page... Et nous aimerions demander au ciel de tempérer un peu la puissance de ses arcanes, de nous souffler au poumon suffoqué un peu de l'élucidation des grandes douleurs, de nous dévoiler un peu plus la vasteté de sa mystérieuse mosaïque tandis que la tesselle nous bornant tressaille de tout notre humain appel, puisque ce même extrait d'une chanson de Francis Cabrel voulu alors par Mademoiselle LIU pour Mademoiselle LIN, pour Linfabrice, pour Meilihua, nous ne pouvons que le vouloir à notre tour aujourd'hui au mot près, d'un été à l'autre et de tout notre esprit et de tout notre corps et de tout notre coeur, pour Mademoiselle LIU, pour Loup-de-lune, pour Bizheng :

Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté où le soleil se lève
Et si malgré ça j'arrive à t'oublier
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux







Traversante



avec l'ombreuse étoffe qui divise

la béance de l'épicerie

bombe le rose

mystifiant le degré de l'effaçure



la robuste mémoire

confirme sa carène

et l'houache staminée



des corolles

enfuies de la cueillaison argonautique

muent le naufrage en jardin



entre les colonnes du pavillon

la quintessence de l'escale

grâce au rosier s'ogivant

et l'île déborde le fugace et le récrée



de turbides débits

embouent et ambrent l'inépuisable de la mer



et cette passation d'inconnus au marbre noir

cette proue calligraphe afin que ton nom se dore

qu'y pourra l'ancre pétrée

qu'ayant ouvré la symétrie des rugisseurs

perla le rite éploré ?...



si des mains étoiles

les surmontent encore de leurs bouquets hissés

dans la risée viride d'outre-chair



***



L'abîme des anges



Dans la presqu'ombre de la chambre
parmi les florilèges partagés
ils parcouraient du regard
le firmament de nos silences
leurs ailes qui s'éployaient
passaient la porcelaine
le distant abat-jour
s'y réfléchissait en brûlements
attachés aux cires de nos confidences
dans les plis de leurs tuniques
reposait l'obscur
et des notes
élixir des amants
perlaient à leurs cithares
sous les doigts diminués sans nulle meurtrissure


De la voie d'un ancien bisse fabulée par les neiges
tu es entrée dans l'abîme

ton risque avait suspendu notre complicité
mais tu me reviendrais
avec le poème du preux

qu'elle fut d'outre-sanglot la phrase du téléphone
en laquelle se condensa le héraut funèbre


Par-delà coutures et baumes
par-delà portraits au violoncelle
par-delà blanc cercueil et corbillard
cendres et lavandes épousées
mes pas plagiant tes pas
sur l'ancien bisse
tout à la glace étrange de l'été
j'ai grand ouvert le coffret laqué
précipité les anges

descendre encore
et encore
coeur vertigineux
ravin des moelles
profonde la douleur
profonde
jusqu'au mystère
l'essence


Et cet enfantillage entêté
à muer le bibelot
en vol tutélaire
sa flagrance fragile
en essor

et s'il advient
qu'une manière de brisement
m'environne avec insistance
je crois à l'intime visiteuse qui
derrière l'ondulante féerie des rideaux
arpente entre roses et lune aqueuse
le gravier du jardin



***



L'absence



I



Le simulacre de poignard et de cimeterre

chaque trait jusqu'aux plus effilés

se résolvait en ton poème

il ne vint plus que l'eau des prunelles sur le papier de riz

avec sa transparence pour le bûcher des encres

et la dernière feuille a neigé de mes mains sans printemps



puis le grand pays blanc

où je la rêvai ubique

exténue mon vagabondage



la conviction du chemin

repose

profonde



pour doubler désormais mes empreintes

voici vaporeux mon pas seul qui retourne





II



Ce vieux banc de bois réappris par ma halte

un souffle des nourritures en sommeil

ou la bourrasque fortuite

et l'arbre qui le côtoie s'éparpille

en prosternant ses roses faîtières à peine divulguées

ma rémittence habite son calque de pétales



toutes paupières ignées

soir après soir

les soleils fabulent



à l'étal de ma patience

la criée

du fruit



que nul partage n'attend sur la table

où mes mains récoltantes le glissent





III



Quand je m'éprouvai entre le ciel et le champ

comme un funambule d'éther

sur la ligne séparant leurs bleus symétriques

j'inclinai l'urne blanche

et tes cendres qui linéamentaient un phénix

touchèrent au firmament des lavandes



puis s'y étonner encore une fois

toute une après-midi de sud

et de serments sans inflexion



d'un ruban de toujours

je noue

ma pensive cueillette



le même parfum descend des porte-bouquets de l'espace insensé

où le feu imitant mes fièvres te fit impondérable



***



Les Mondes perdus : à la recherche de Mademoiselle LIN


Prologue


Pourtant pas un de mes mots qui n'invoquât ta survenue

et le son mûr recomposa toute une porte à rouvrir
or de ma main vaste par la tienne rejointe
le poème interrompu s'emparerait furieusement

quand te diminua le pronom qui te réverbérait dans mes pages
tu t'en allas mêler à ton désarroi les abrupts
et mon poème toujours te méconnaîtrait dans l'abîme de neige

mais parmi les cités sans âge que les mers ont ravies
parmi les étranges et belles images de leurs découvreurs
tu reparais et te réconcilies avec le poème

pas un de mes mots qui ne change ta mort en voyage abyssal


I - Heracleion


Comme un grand fanal d'art le port sombré m'oriente

s'est achevé là-haut le pesant de ma discordante chair
et la mer me dévale dans ses aubes virides
qui ravivent l'imminence de ta silhouette

de la pierre ouvragée jusqu'à l'image d'un dieu
croît un regard où s'ovalisent les millénaires
ma couleur y vient lente et pure comme la patience à la patience

d'une telle destination mille bateaux immobiles
le féerique capharnaüm du bestiaire des proues
mon amour y dissipe toute fièvre naufrageuse

et la rue noyée qui n'a plus de nom sera pour ton pas retournant


II - La cité des Lions


Qu'être par-delà le feu si prompt à cendrer tes affres

sinon ce diaphane visiteur des flambeaux submergés ?
tout respir suspendu dans la ténèbre plurielle
se refermait déjà la chambre idolâtre du poème spoliateur

mais aux lueurs s'échelonnant est distancée l'impénitence
et prodigue de nautiles fabuleux le pardon
fulgure comme un rugir clair le long du palais fauve

renoncer transvide la quête dans les grands lions qui rêvent
ils ont des proies suffisantes toujours
en la fluidité musiquante de leurs ombres

où revient puiser le jais si doux de tes cheveux


III - La pyramide de Yonaguni


Franchis les cimetières apétales de l'oubli déjà s'épand

la mer des ciels fabulant à l'entour de l'étoile séculière
la grâce qu'ils coulent dans leurs déclins ressource mes prunelles
approfondit la présence dans le filigrane des esplanades colosses

mille rocades mutiques pour s'étonner de concert
le brûle-pourpoint des marches en manière de faille
où tomber et gravir ne sont qu'une même retrouvaille

ainsi se pérennise notre sentiment nomade
de faune et d'ineffable l'espace recompose les angles
et sur la pierre infinie des puissantes fois antiques

tu m'apprends encore à déceler les fleurs qui vont abrillant nos mains


IV - Pavlopetri


Les vitrines thaumaturges auraient beau multiplier les milices de l'effacement

me portait la grande erre encline au rivage
m'entraînait l'imputrescible musette de pensée
vers les quiétudes des eaux artistes

passeur des serments rescapés voilà l'oeuvre des tréfonds
cette promenade de silence entre les colonnes toutes franches
ce mur fol désirant la méticuleuse aire de notre concorde

puisque parmi la merveille ruiniforme des quotidiens
parmi les tombeaux que tenturent
des jaillissements d'argonautes il m'est rendu

de te regarder dormir dans le poumon versicolore de l'éternité


V - Port-Royal


Flibustier de ta candeur mon poème intempérant

aura vécu son séisme et la division de sa pléthore
ainsi l'absence réputerait la mer seule pour image
sa geste originelle qui débâcle les convictions

les manuscrits noyés ressourcent l'encre ogresque
à l'humblesse des degrés un astre vainc par les cornes d'un taureau
mais quel élan pour obvier à mon pas d'altitudes altéré

l'arcane du profond collige des tablettes
mais quelle voix pour chanter le charme des signes...
or figent parmi l'erratique butin des poissons-gemmes

ces purs yeux me sachant jusqu'au battement prime


VI - Le Conestoga


Les radians de mon deuil se démesurent dans la mer

j'y respire par les mots qui découvrent les épaves
et les aiment assez pour dire leur beauté neuve
la bouquetière du temps qui les apothéose

de la prairiale quille et des passiflores du beaupré
de la trace vocalique où va germinant un nom
s'exhale l'esprit du voyage

d'amples inconnus comme l'épiphanie des voiles
des carnations fulgorées comme un équipage à l'improvisé
et cette intègre ardeur à seule fin de lever l'ancre

le silence serti du poème qui pointe ton atoll


Épilogue


C'était ta tombe et mille siècles avaient coulé

c'était ta tombe myocarde des mers battu
et radieux de vivants inouïs et de lexèmes recréateurs
c'était la calligraphie d'or où chuchote le recreusement des abîmes

la féale entrebâillure de la pierre noire
et la volute céruléenne de ta cendre qui s'enfuit
pour exaucer ma prière atemporelle

j'accrochai là le vieux gâchis tenace
avec toutes les solitudes et toutes les angoisses...
jusqu'à transfigurer la franchise du poème en mon corps qui s'allonge

renouant avec l'exquis de tes épaules sommeilleuses



***



La calligraphe


De l'urne inclinée soudain
par ces mains aériennes à suppléer l'éther
s'épancheraient tes cendres

sans rien ombrer de l'ardeur bleue des lavandes
elles se fondraient dans le sud que nous frayâmes
oh ! cette incandescence du souvenir impuissante à les joindre

mon reflet pulvérisait tous les miroirs
les yeux chers parcellisaient leurs candeurs
et le papier de riz éperdument neigeait la saison de l'absence

j'ai eu si mal
de demeurer
et les vadrouilles
m'ont gîtée

tous les traits
de mon nom
éparpillés
mais s'en saisit le poème que tu aimais

si long temps de pierre sans eau et de feuille blanche
si long temps d'encre que n'émancipe pas son broiement
et de pinceau orphelin des forces exactes

il y a tant à réunir pour se résoudre en geste
les tressauts du myocarde broussaillent les tracés
et l'accolade des langueurs enserre l'équilibre

pourtant, mon amour, à ta voix qui s'escrime à poindre
il monte comme une évidence de ciel
derrière le dragon gauche



***



Partage de l'arc-en-ciel



La neige oblique exagérait
reblanchissant toujours
le courbe sillon de vitre
supplié par mon gant
pour revoir le rose et l'or
sous lesquels s'étendait ta dépouille

où le corbillard s'évanouit
convergeait la cité de flocons

soustraite fantomale à la collation des autres
j'ai cherché un chemin insolite
une venelle encline au vague du sang

mes repères mes axiomes
mes écoles mes étais
la polychromie de la mémoire
dans le creuset de la déréliction,
j'écoutais le soliloque du sombre


Avril sur les éreintements
revint ruisseler
et chaque goutte réfracta la lumière
à l'aune de ma propre dispersion

par cette même effervescence
qui t'avait fait ouvrir ta maison
à l'étrangère filoutée
et déployer tes nourritures
sur le grand lys de la nappe
et border le lit frais
parmi les candeurs de la chambre cédée
par cette même munificence
l'arc septuple se partageait

violet rendu à la laine de la couverture
minutes merveilleuses des sommeils coïncidés

le signet du florilège retrouve l'indigo
le long duquel un poème mire les amants dans sa licence

le bleu retourne à l'encre des billets
et aimer enlumine le manuscrit des bagatelles sacrées

au seuil de la gare ton bagage fige cette restitution du vert
et par-dessus, l'un pour l'autre, nos tout premiers regards

avec le cerf-volant sur l'allégresse de Zhoushan
renouent les arabesques du jaune

grands rideaux fermés qui vont se rallumant
aubes et midis s'orangent en nos paresses impeccables

le foulard sur ta gorge refait son beau nud de rouge
cependant qu'à travers décembre se réunissent nos mains

lent effacement de l'arc
prononciation sidérante
de chaque souvenir


Ô jardin !
aux confins de l'éperdument de la vagabonde

on s'y divertit dans un silence essentiel et ravissant
on y tourne un jouet
disque blanc
qui ralentit
jusqu'à la réapparition colorée de sept angles égaux

à l'émerveillement des enfants
au recommencement du geste menant des couleurs
au blanc

du blanc de la neige
à l'ombre du soir qui borne
j'accepte le charme impérieux des métamorphoses



***



mer noire



aux hublots de sa chambre sélène
s'étrange le lacuneux gemmail des déclins

à mi-décroît du feuillet sidéré
comme la drisse l'immunise
risqueur du virtuème qu'envergue
une immaculation de paroleur
alluder désamarre

et confluent les libations des obscurs
vers l'énigme qui source le large

au gré des boras amnistieuses
les promontoires porphyrisés
transmuent le soupçon d'étoile
et les portulans imagent les essors
s'éteignant d'infini

en faveur du succinct qui la gîte
houle décerclante l'encre traversière

et du moindre rai d'élucidation déictique
réputé un abord

sitôt que de l'incandescente asymptote
s'évade un inane et jaloux éclat

et pour chaque fanal perlier
pleuré par l'inatteint

pavillonne un peu plus pélagique
le poème du silence




Loup-de-lune
LIU Bizheng

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