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Afin que soit rejointe Mademoiselle LIN : Poèmes. Deuxième partie / par Loup-de-lune


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#1 Loup-de-lune

Loup-de-lune

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  • Une phrase ::« Je suis la jeune leucémique des lisières, dont l'allure odysséenne et frêle tantôt se coule dans le rêve tantôt repasse le linéament du réel... la jeune érythrophore des confins, la féale étymologie des crépuscules, qu'intégralement la mort est impuissante à com-prendre et que la vie échoue à con-cerner entièrement... »

Posté 17 janvier 2021 - 10:24

Avec l'inflexion de sa voix qui nous parlera toujours au tréfonds de nous-même, nous y autorisant, nous nous connectons à l'inscription à Toute La Poésie qu'elle a validée en juin 2013, pour publier la deuxième partie d'un choix de poèmes de Loup-de-lune... parmi tant et tant et tant d'autres encore... Que toujours vive la Poésie, ici... et ailleurs !...

L'écriture envisagée comme une Odyssée : sur la mer poème, déployées les voiles sélènes de la fantasque leucopoïèse, de Cyclopes en Sirènes, de Charybde en Scylla, de l'île des Lotophages au royaume des Phéaciens, de 'Musicale' à 'Supplique'... retourner chez soi, auprès des siens qui ne sont qu'une même attente fidèle et cet apogée des retrouvailles de soi-même avec soi-même !


(FG / BeV)




Afin que soit rejointe Mademoiselle LIN : Poèmes

Deuxième partie




*




Musicale


D'imperceptibles fils, albes coulures d'oreilles, instillaient dans mon esprit le premier mouvement d'une sonate. Clair de lune.

Et la musique allait ailant mes pensées tandis que je croyais traverser une ville.

Elle avait de plus en plus d'empire sur les constructions qui épaississaient le connu de ma déambulation - immeubles, maisons, boutiques, cathédrale -

De même qu'un métal peut être porté à incandescence par une chaleur intense, de même le ravissement de la musique les portait à transparence.

Les portes et les fenêtres avaient disparu. Les façades se décontenançaient par degrés pour se changer en de très minces feuilles hyalines. Les arêtes et les angles maintenaient des lignes à peine perceptibles, ennuagées d'une indéfinissable couleur où toutefois se filigranait le cyan.

Et je pouvais percevoir une lumière, étrangère à l'étoile aussi bien qu'à la lampe, infiniment émerveillante et véritable de son désir de chemin, tout horizon transgressé.

Chaque note du piano virtuose faisait ondoyer les lignes en proportion de son ampleur. Il devint manifeste qu'à partir d'un certain volume sonore elles se seraient évanouies...

Mieux encore, il était clair que la musique, émouvant, éclatant relais des géométries lasses, irait subrogeant la ville tout entière où, dès lors, le pas subtil, la cheville étincelée, j'aurais atteint à la pure escapade, affranchie des vieux spleens, des repères qui étriquent, et de la destination inexorablement recommençante.




*




Outre-tombe



À l'acmé de l'absence m'a cueillie le voyage
ses distances de demi-sommeils
de nuages comme un continent ouaté
de bleu, de ténèbre, de rose pâle
où s'évaporent les noms des peuples
où démissionnent les frontières

je n'avais qu'une adresse vague sous midi saillant
j'écartais les véhicules tressés d'horaires
et silencieuse je traversais les villes
purifiée par la sueur et la soif
mûrissant les paroles que je portais en moi

engouffrée dans mes pensées
confondues avec les arbres de l'adret
j'effaçais le temple
sa silhouette surprise et vénérable


j'ai cherché ta tombe
à l'or brûlant des calligraphies

Mais elle était en moi si continûment
qu'il me sembla quand je la vis
la déposer parmi les autres

j'ai lu comme je t'appelais
j'ai passé mes doigts sur la stèle comme je t'écrivais
j'ai reconnu sur la pierre
les deux pains nourriciers de la métamorphose
et les traces charbonneuses
des prières qui ont brûlé

Le vert autour
le vert était la stridence des cigales
le premier de mes mots
y disparut

le ciel invariable
cette aspiration du gris étrange au bleu
où, jaillis des faîtes
des pylônes se fichent

les premiers de mes mots
dans l'abîme sonore et vert
les murmures sur mes lèvres
à même l'absurdité de tant d'élytres qui chantent

la terreur et la détresse
avoir perdu l'île intime
où se partage le poème

À l'acmé de l'absence
m'aura cueillie un trop long voyage
...................................................................

Tu ne serais pas là, mon amour
avec les oreilles humaines
et l'ouïe heureuse d'autrefois
et j'ai pris étendue sur ta pierre
la décision de la nuit qui éteint le nom


L'aurore avait les visages exacts de ta mère
et de ton frère
penchés sur moi

j'ai pris la résolution de leurs mains tendues
et fortes jusqu'à me relever
moi du poids noir de tous les tombeaux

à leur sentier généreux
à nos mémoires prodigues
je me suis livrée

Alors distinctement
au bout de nos contentions
j'ai entendu ce que j'étais venue te dire
je l'ai entendu passer
comme des oiseaux-voyelles
au-dessus du cuivré de la mer




*




Altitudes


__
Ciel

Nuages
ossements diffus
éthérés
dans l'expectative
de la grâce
et du sang

__
Essor

Sur la montagne
j'ai porté haut
ton absence

un filet de larmes
à force de vent
y devint cet oiseau
de sel et d'eau
aussi fugace
et sans repère
qu'un instant de joie pure




*




Paysage


encres de Chine
dans la nuit d'hiver
que dessinez-vous ?

encres de Chine
parsemées d'étoiles
que dessinez-vous ?

encres de Chine
poussées des terres de neige
que dessinez-vous ?

encres de Chine
sur la chanson du ruisseau
que me dites-vous ?

j'ai bu le vin
qui pesait dans mon baluchon
et faisait profondes
les empreintes de mes pas

encres de Chine
me laisserez-vous devenir
un trait de votre poème ?




*




Déclive


Pente légère
qui suffit

parcimonie
du minéral

ruine
sans date
et sans prestige
jusqu'au vague
du fond

et congruent
le poids de ton chant
énigmatique oiseau
à mes épaules souffreteuses
à mon pas clair
à mon sûr vouloir

pente suffisante
confinée à l'air

précise cache
du végétal


Pente dernière
qui efface
toute séquelle
d'en-haut




*




Jour des Morts


bourrasques
les tombes frissonnées
s'effeuillent
et n'en finissent plus
d'aimer à la folie


échappant
de mes doigts manuscrits
ta dernière lettre


bourrasques
au ciel platine
hanté de cendre
envol
d'une colombe de vélin


ton linceul
épouse le haut-relief
de ma mémoire


bourrasques
le photophore et les fleurs
bousculés
auront besoin
de mes mains vives


j'ai vu ta pierre
envisager
les narines du vent


bourrasques
le grand cierge
soufflé
rayonne
ses oraisons de pluie




*




La couleur du guérir


vers la source du rouge

panonceaux enfants
de sable et de fauve allumés

ainsi choéphore
la jeune dolente
onduleux emporte-pièce d'azur

exhaustif
le sang brillé

or teindre
a son voyage
sa parole qui vaticine
son portulan d'artérioles

encore apprécier le poids
de la terre ouvrée
la vacance jubile
sur l'épilogue des chairs

et s'empoudre
le vivier du passage

exténuation de la silhouette

éclat parangon

parmi l'étoilement des anses
et la concession du minéral
l'amphore boucane sa plénitude tumulaire




*




Le trésor de la madone


__
Ouvrage du temps

La madone au bord du chemin
profonde en son kiosque simple
le gris-bleu qui prétendit l'emmanteler
partout s'écaille
mais ogive sous le sein
l'annonciation d'un coeur


__
Vin

Le raisin des recueillis
cet enfantillage de gemmes
qui atteignent à la grappe
pour mûrir un arc-en-ciel


__
Lanterne

Gracieuse ruine
de la lueur qui rubriquait la nuit
de la flamme qui brûlait les ombres méridiennes
la rouille
allée avec la poudre des ailes mortes
tressaille de caillots de cire éparse


__
Fleurs

Tulipes et roses
à sa polychromie quiète
un esprit de flambeau
allume vos corolles
pendant que vos mousqueteries de giboulée
cristallisent


__
Vase

Inopérance
du péremptoire de ses anses
de ses méticuleuses lactescences
les violettes s'effluvent
et dédicacent à la prairie
les pieds frais de la Mère


__
Bougie

Dans l'abîme scrupulé du cylindre écru
la mèche veine le froid d'une peau translucide
or l'arbre qui l'ombre
détache de son faîte inspiré
une feuille fauve
silhouettant la flamme tenue pour disparue


__
Billets

Des barbarismes qui s'ancrent dans les tourments
des calligraphies propitiatoires
les griffonnages de la reconnaissance
le clair-obscur tend une main de papier
aux âmes manuscrites


__
Scintillations

Partageuse lumière puînée de l'aube
entre le verre et le métal
entre la babiole et l'attrapoire tissée
entre le sourieur émail et la larme
les tentations que confient les murmures
se rivent à cette débauche d'étoiles labiles


__
Bouteille

Son étroit goulot gauchement retranché
ceinte d'un ruban cinabrin
et d'une ligne d'argent
sa transparence prodigue d'eau d'émeraude
elle prosterne
l'anthologie d'un champ de blé


__
Angelot

Comme un pain d'or
qui n'égare point sa tendreté
tu as reçu des yeux
pour envisager la table de ciel
des ailes
afin d'envoler les faims mystiques


__
Liberté

Elle s'exalte d'avoir ainsi bifurqué
vers son soir démédicalisé
cette créature d'hospice qui tient de l'orante
car saillissant du lointain de la ville
la tour de la cathédrale est venue coiffer la madone
d'un diadème radieux du plus humble occident




*




Le blanc et le noir


Neiges
cendre d'une candeur
après un feu
qui oisela le corps

ubiquité
de la métamorphose

renonciation
au chemin des fondrières

sous les vaporeuses intermittences
d'une étoile de platine
le deuil
partage ses empreintes
avec les grandes terres blanches

le noir déjà
dans un long jet d'oiseau
a ouaté son itinérance




*




Celle qui partit au fort de décembre


c'est un pas
si régulier
sur la glace de la nuit

un pas ni lent
ni célère
qui fait bruire sa voie

il couvre
l'airain du campanile
où se rassérènent les vieillards

il confère
à l'atermoiement ultime
cette acuité du briser

épars éperdument
ce pollen d'éclats
à travers le toit saoul d'infini

sur l'immobile étang
entre les épaves foliées
nul miroitement d'astres

escamoteurs des berges perfides




*




Après le déicide


au pied d'une statue
source des arythmies
parmi la luxuriance des vases
cette désuétude qui touche au fanal

disposant de mes destinations
la métamorphose des nuages
soupire après l'arcade
cependant que la lumière se libère

et sur le dernier carreau de verre
territoire où le divertissement renonce
l'épiphanie d'une ombre
va convergeant vers un cheval
venu croire à son cavalier de lueur et de liqueur
pour distancer l'écaillure des idoles
et traverser le brésil des corolles

mon endocarde ému
lui offre le galop
et l'épanchement qui rêve à mon sang
la fluente couleur de sa crinière




*




Fatigue


Je n'ai pas trouvé le parc
mais je ne l'ai pas sincèrement cherché

sinon ta silhouette épiphane
épouse exacte de la lacune plurielle
je ne prétends plus chercher quelque chose
et je n'aurai suivi que des chemins giratoires
refermés déjà sur mes appétences

je porte le faix de ma fatigue
aussi abondante que les compassions d'autrefois

au hasard de la longue canicule citadine
j'ouvre une porte

au-dessus des livres
au-dessus des enfants qui s'y absorbent
le plafond par intervalle
dispense une fraîcheur monocorde

Je n'ai que ma fatigue à partager
après le double voyage vers la mémoire indemne
et vers ta tombe

c'est mon sourire mon éclat mon poème
cette fatigue étincelante de l'or
qui a confié ton nom à la noire pierre
dans les montagnes verdoyantes de Zhoushan

Que les injonctions les gestes les élans les courses
ne connaissant plus de mesure
viennent y puiser

venez implacables travailleurs
qui ne savez plus l'équilibre
venez puiser à mon agir suspendu

Il me gagne
le sommeil

Il me dégrève du sang
le rouge

l'air qui tombe du plafond
s'il pouvait se saisir d'un rêve encore
au fond de moi
pour l'élonger le dissiper
dans les histoires murmurantes et multicolores
qui fascinent les enfants




*




Extinguible


à même le miroir
cette patience alifère

lilas lisérant l'ajour phonique
les lèvres désapprennent la tribune

filées par la liqueur des étoiles jumelles
les prunelles décharnent l'appétence

ensuite des mystifiées du rouge
le teint vagabonde
parmi le nébuleux

aux confins des plèvres
l'infime envol
afin que le reflet fût ravi

les planétoïdes de candeur
que le cou n'appellera plus au cercle inane
sinuent à l'entour d'un baume rhodophane




*




Par la voix leucémique


distributive et bleu de nuit
couleur des chronométries anémiées

et ce lent évanouissement
qui safrane la sentinelle

parfois tout à cette définition
qui sacre le bibelot
des silhouettes tutélaires
gracient le tamaya

du poids des ailes
s'effeuille le navrant vitalisme

lignes et bandes par myriades
vivier de la verticale et de l'horizontale
des insistances comme des sources

de sa luneuse angéiologie
le sang s'exile
pour se relier au noir
par-delà folklore et symbole

je suis ce legs à
sa métamorphose en l'encre
qui carrelle les transparences incunables




*




Cimetière hyalin


égaillement
de bouteilles de verre

ce qui est bu
ce qui est vide
scintille
languides étoiles égarées
dans le jardin du souvenir




*




Trois grandes fenêtres...



Trois grandes fenêtres offraient trois poèmes.


Les lamelles segmentent l'ondulation multiple de l'arbre, et la chute des feuilles d'ambre y figure un clignotement doux

Un grand oiseau noir adhère à la vitre, mais jaillit de la montagne mauve dans la couleur d'ardoise immense

Un arbre au bûcher de ses rousseurs, de l'absence d'ailes, de l'anonymat de l'émondeur


Trois grandes fenêtres offraient trois poèmes qui, un moment, firent de ma présence d'hôpital un butin consolé.




*




Solitudes


sur la berge étaient assises
deux mélancolieuses filles
l'une buvait l'orge musicante
l'autre dardait son regard
sur la cendre et l'ardoise et le mauve
qui coulaient vers les arches monotones

chacune occupait un banc
et il semblait s'exhaler de chacune
une épure d'espace imperceptible à l'autre

j'avais tant besoin d'elles
du fanal de la rencontre
pour le navigateur las

mes yeux crièrent
jusqu'à la fixité du crâne
j'avais tant besoin d'exprimer

mais on n'en saurait rien
et passé, honteux du souffle même
j'atteignis un angle d'herbes et de pierres si aigu
que le réel s'y déchira n'y laissant qu'un lambeau


il y en a tant qui s'approchent ainsi
de l'eau puissante
après long temps de pluie

il y en a tant qui se croient maîtres
d'y démissionner l'adversité
afin qu'elle roule jusqu'aux mers dissolvantes


à mon sang se mêlait un alcool amer
et dans le songe ainsi enfanté
je hélai les filles


favori de la chimère
je l'osai, oui, je l'osai
la syntaxe régénératrice de l'orge
la pragmatique souveraine du houblon
à haute voix de tempête descellée
le langage de l'humain épanchement

et torrentiel je disais l'amour tué
les lentes ruines des lieux d'étreintes
et cette toute première sonnerie dense
dans la solitude du scriptorium
et je disais cette main trouvant la main
à la place de tout le vent passé
et torrentiel je disais la délicatesse des sourcils
et les frissons légers sur les paupières
à l'instant des visages parfaits l'un par l'autre


au-devant de mon sang
de ma mémoire
de mon soliloque
allait une entière rivière de liqueur
grosse d'une saison en orage


dans le goût du réveil
s'empoisonna un peu plus le baiser de ma chance

mais c'est le sac hideux d'acharnée munificence
la bouquinée supplique pour le pardon
qui disparut dans les flots plutôt que moi


oh ! la gravité du corps sur la berge déserte !
oh ! l'épaississement du mouvement
sans nulle destination
que l'un de ces trains décochés dans la nuit
et qu'empennent des fulgurations de soufre




*




Pâques automnales


cette insurrection d'oiseaux
à travers l'ocre linceul
des toits

la ville
descelle son sépulcre
au miracle des neiges




*




Décèlements


sa halte
au pied du tronc de clarté

avec les sèves feues
sa complicité

un pastel croît
jusqu'au cristal de l'aiguière

les fugacités laiteuses
la bifurcation cruentée
de la lame
y confluent

pour désapprendre le trouble de leurs vieux coloris




*




Parque


elle me disait :
tu marches sur les voies du monde
avec tant de sérénité
sans dévier
sans hésiter
ni les carrefours ni les merveilles
ne te tourmentent

je lui disais :
c'est que j'ai fait jour après jour
de mon souffle
un fil
de plus en plus solide
et mes pensées
comme des mains
ne le lâchent plus

il dévide la trajectoire exacte
de la vie
qu'il m'est donné de vivre

sans jamais se tendre à l'excès
et sans jamais devenir lâche
il traverse les brumes
comme les voiles de soleil
les pierres brûlantes
des déserts qui purifient
comme les terres de neige
des campagnes qui retrouvent

elle aura dit enfin
mais pour elle-même :
je n'ai pas su
te suivre plus longtemps
ta route était si certaine
et si convaincue
je n'ai pas pu te suivre
plus longuement
tu t'es évanoui
dans le lointain
je pris un moment
pour ton fil
le dernier rayon du soir

je t'ai cherché
dans ma nuit
je t'ai crié
dans ma nuit
jusqu'à la perte de l'haleine




*




Issante


le congé des repères
échevelle le délai

sylphide au long dénoué de jais
la silhouette des lisières

parmi l'aubier
dont s'embrument les verticales
fabuleront des huis

linéaments de l'enfuie
la jeunesse s'inachève en redoux d'or
la trace interroge la poudre
dans la lumière giboyeuse

ce qui a chaussé ses erres
espace la dernière bête d'évidence




*




Décomposition


ruinistes des bavardages
pêle-mêle voltigent les lexèmes

certains alunissent
si las sur l'ambre des fonds de verre

mais dans les minéraliers du poème
la plupart embarquent leur clandestinité

torrentueuses les liqueurs
emportent les derniers sangs

comme coeur de chaque table
va s'affirmant l'ajour bullé d'un noir cylindre

et commensales de l'ossuaire continûment fluctué
les couleurs désennuient la matière




*




Vision en quatre variations


I

les champs interrompus
le village à son préfixe
la route mince me décevait
parmi la décalcomanie des arbres

et parurent les ailes pleines
leur prodigue inclinaison
de blanc net et de noir idéal

et sous la merveille de la lenteur
ma trajectoire effleurée en découverte

II

des champs
le suffixe de boue à mes souliers

un interstice d'oiseau soudain
dans la déréliction

de blanc et de noir avérés
cette caresse faite à la route

du logis
la désinence de ciel
à mon poème

III

visiteur
d'ailes pleines

à ta lenteur d'argile noire et blanche
à ta si légère atteinte
la route désarçonnée
mes pas les plus sensitifs

un recoin de moelle et de voeu
s'est fait interstice d'oiseau

IV

de noir et de blanc purs
dans leur sensible inclinaison
et la lenteur comme un sacre
l'oiseau glissa sur la route

champs et village incréés
son insolite couloir
une artère a franchi ma complexion

ô poème vital
à l'armistice des alphabets
et des intellections




*




Opulence glacée


aurore insue
rafale de lumières
safranées
écrin d'ambres
et de vermeils
renversé
profusément
sur les chemins
en puissance de neige




*




Visiteur


sous l'embellie
cultures
et pâquis
toute sentinelle des yeux dissoute

les fondrières
retracent
une odyssée
vierge d'hexamètre et de nostalgie

libations
de lumière
sur les empreintes d'un dieu
qui n'a pas désappris de s'étonner




*




La lampe


Elle était à l'automne écroulée sur les roses
ses grands yeux rougeoyants comme deux meurtrissures
une tribu pétilleuse de vin et de feuilles foulées
rapprochait par degré des appels et des rires

Dans le dédale du malaise ses pas seraient enclos
plus la moindre parole ne passerait ses lèvres
et le dernier geste mendieur d'objets aimés mimait
la palette et les pinceaux pour qu'ils soient dans la chambre

Les irruptions s'espacent, les platitudes se clairsèment
et midi saoul de silence les carreaux neigent et neigent
s'allument du ravissement blanc, se communiquent
aux draps, au papier de lys de l'abat-jour

Au demi-disque solaire lui reste un dardement de vie
afin de traverser les formes quelques lieues de sang pèlerin
et la borne élit, saillante, l'ultime vigueur
qui s'empare de la mémoire et des mains

Et de peindre d'une seule traite sur la lampe
l'exhaustive foudre des effluves virides
le chemin mélodié qui sinue vers la source
et les papillons d'or nimbant la promeneuse

leur échappée de grâce au profond de la fenêtre réfléchisseuse.
Puis le rose gorgeant le pinceau qui s'abat
achève sur le lit le jardin flamboyant
comme ces étés nets qui médusent le temps




*




Les partages de l'hôpital


mélancolieuses
les esquisses de la chambre
ont convergé vers la lucarne

sur le rose et l'orangé de l'ouest
l'encre rudérale coule en ramure

la main de fable s'ouvre
pour une fraction de flambeau
avant la nuit leucémique


Par intervalles le couloir
dans ses arabesques de métal noir
découpe ses globes de safran

aussi la jeune insomnieuse
candidement escompte
l'artiste morceau
qui deviendra

l'aurore




*




Bleu germinal


semailles d'oiseaux
dans le sillon du ciel

et cette céréale solaire
pour l'appétit du vrai




*




L'apocalypse de nos lectures


le vivier des verts a mué le mur
en feuilles
en pétales
en tiges crucifiantes
en embonpoints d'étoiles
en piques d'obnubilations

pour exiler la cueillaison
des corolles ont hissé des corolles

l'incandescent miel de la serrure
famine la marcescence

le vêtement qui fleure son clair de neige
abolit dans sa courbure nette
les mains vassales du vase

puis sur le chevet l'anthologie houée
par un angle de marbre
se dédore à la coulure de la lucarne




*




Leucémie




Et le papier de neige devint polyèdres et cubes.



La patience avait imprégné l'espace par une délicatesse de gestes qui émut les machines à en délier toute échéance.



Marionnettiste, la fragilité s'étranglait dans les fils de souffle.



Et le papier de neige but les silencieuses couleurs.



Le rouge fascina l'enfant, comme de l'arc-en-ciel le don intégral d'un septième de lui-même, et le pinceau gorgé, dans la main frémissante, cherchait le tréfonds, son beau ciel de moelle et de lendemains.



Le rouge fut tracé jusqu'à la nuit, dans combien de rêves serait frayée la voie ?







... et toutes les couleurs convergèrent vers le feu. À la lueur de l'évident un visage dans sa morsure de draps.



Le rouge à toutes les distances, de toutes les nuances, le rouge déjà hurlant, bientôt tumultueux, le rouge des affolés, le rouge des vivants, pour tous les esthètes des brasiers, pour chaque vagabond des crépuscules, de toutes les nuances, à toutes les distances




*




Chevaux


I

Une maison d'autrefois distance le village
aucun humain d'évidence n'y loge plus
aux brisures de ses carreaux patiente une encre parfaite
et mes pensées souvent en franchissent la porte

des chevaux sur l'appui de la fenêtre
des chevaux dans le branchage de la treille
une herbe triste et dure a fixé leurs sabots

et mon fantôme d'enfant selon la saison
selon le poème et l'espièglerie des pupilles
leur inspire un galop de grand vent
une neige cavalière
ou la robe de sud qui dissout le harnais

II

De la contention du départ
il sourd un chemin gelé

parmi pierre et herbe
cette légère idéographie de sabots
qui monte vers l'enfant
et qu'importe l'ubac de la dissolution
sous l'ahan de brume

il a passé il a passé
le cheval dont le cri
a la ténuité des confins
et des vertèbres du vent

à l'instant qui brocarde la clepsydre
mais que ne saisira nul entêtement de déchiffreur
ses empreintes restituent
le pâturage des peurs amies
et des errances jusqu'au rouge relais du soir

III

Chevaux
vous êtes les hérauts de la neige

enfance
circonscrite dans le pâturage
l'hiver
vient à ta stupeur




*




Voyagée


par la distance fertile
la flavescente genèse
de la biche des courants

comme sa précision
ange de la confidence
ébranche les divagations

la charte de sa fuite
pas à pas se muant
en fracture de liber

intacte l'énergie du partir
la lisière obombrée
affrète son gisant

des étoiles leucémiques
qui paissaient les carmins
se baldaquine le vaisseau de souffle




*




La source



il me surprit dans le bois, tout près de la lisière

le ruisseau dont incontinent je devins l'hôte

des étoiles y tremblaient sous les badinages des papillons

la lumière étageait d'incalculables nuances de vert

les cimes caressaient une incarnation bleue

et l'extase en manière de soleil d'été

toujours se partageait toujours se réunissait



peu à peu dans la musique de l'eau je diluai ma pensée



sur les bords les racines mises à nu

étaient comme de grandes mains terreuses continûment puisant

à ce qui les désagrégeait continûment



un long temps les pierres ne furent que pierres à mes yeux

mon esprit s'amusait à composer des passerelles

inachevées comme ces traversées de l'existence

qu'enchante seule la fraîcheur du gué soudain

un long temps les pierres ne furent que pierres

dont la mousse couvrante s'allumait par intervalles



mais de la patience de mes pupilles parut la métamorphose

et les pierres étaient devenues des visages

et l'une de ces pierres me regardait fixement

jaune et grise au milieu du courant

un visage de femme que suppliciait l'absence

au milieu du courant de mes actes



c'était fini la paix du lieu c'était fini liquide enfin l'angoisse



longtemps longtemps je marcherais pour retrouver la source

des forces qui avaient ainsi précisé la physionomie de mes renoncements

et je me suis déchiré le tissu et la peau à des acuités étrangement obstacles

et j'ai atteint une bouche noire qui bavait l'eau entre les briques

au-dessus passait de temps à autre un bolide insondable

et j'ai gravi l'infinie forêt emplie d'épures de pendus

des voix me parvinrent toute une rumeur

de jeux, d'enfants, de filles, de flacons et de fête

et la distance qui m'en séparait

était une corde qui n'en finirait plus de se tendre

avec son poids de prologues, de terreurs et d'escampettes

réduisant en poudre la promesse extorquée

longtemps longtemps j'ai marché dans la lente extinction

des indices d'hommes et des dilapidations d'arbres



et je me suis perdue tout ombre dans les montagnes de la nuit




*




Au mur, derrière les moroses


Au mur, derrière les moroses
un triangle de lumière
avec un triangle d'ombre
la diagonale qui les joint
élime mes acquis
mes discours
mes canons
mes succulences convaincues
et la peur qui saille
des nettetés d'encre ou de linge




*




La promenade surréaliste de l'enfant leucémique


oiseau-fruit
dans la cime dépouillée
une enfant enfuie regarde
ton mûrissement de jais

ardoise et platine
se partagent le ciel
un pavillon de safran pâle
signale l'épave indéfiniment
lointaine


la vigilance épointée de l'oiseau-fruit
désagrège le monde
autour du geste de l'enfant

car elle a l'air de cueillir
à la poignante seconde de l'envol

et cette chair émerveillante
du délice à tire-d'aile
dont se repaît l'espace
entre la chambre d'hôpital
et la traverse de neige
aux entrailles du vent chanteur




*




L'heure limbique


des étages acérins
treillissent le chantier
la convoitise du mouvement se calfeutre
dans un éclos de bâtisse

en caillou myriadaire
pyramide la mélancolie des jardins

une récurrence de poussière d'eau
inachève la lumière cycnéenne

ambulatoire arcure
un corps emmantelé
rescape le bleu marine
où vague un lactescent bouquet




*




Mort volontaire de la créature


Assise enfin
au bas de la croisée
la liqueur d'ombre à la rencontre du fragile
le désir pers de ses yeux
ne quitte pas le bois du corps en croix
au milieu de la cloison

Il s'abîme dans le sombre fourmillé
qui va possédant l'espace
il distance la rumeur
dont se monotonisent les maléfices de la rue passante

Au flambant mêlement
du goût de pierre
et de l'intime
s'affile le pourquoi
qu'elle adresse comme la lance
arracheuse au calvaire de l'esprit du pardon




*




Souvenir


Dis
de ton altitude
où désormais le sang
plaies et pudeurs
tendresses et rochers mêlés
n'est plus qu'un même sourire mystique

dis-moi
te souviens-tu
de nos escapades illimitées
sur la route des lilas

le chant de nos coeurs
à leurs effluves s'entrelaçant




*




Les immobiles


dans un cri
lunaire
déchirure
des nuées

sur la sente
pâlie
un faix d'ombre
à ma semblance
me statufie




*




Carnavals en gare


rets gris pâle
lacs bleu de lune
comme à l'élongation d'un dernier nocturne
l'aube multiple des écrans
a saisi les visages afin de crypter l'humain

et l'aquarelle des moroses
rien qu'un écho de voyage
à même le flocon qui devient eau
emperle froide chaque vitre

or malgré leur royauté les angles
se désordonnent

iront se défaisant

quel oeil pour cette fulgurance
qui aura dardé leurs lignes ?

les poignées de papier en fête
s'épanchent d'une irruption de jouvence
la polychromie du spontané
mime un quai de pétales
mes souliers s'en recomposent
dans le risque d'un pas désheuré

le kaléidoscope des missions de soufre
du métal qui roule hurlé
avec du métal qui parallélise
glisse tout le long de l'oubliance

déjà les loups de l'ancienne mascarade
ont nuagé le ciel de leurs braises fugitives




*




Étrangère


hôtel
multiple de verre clos
où le reflet s'étrange
qui as hissé si haut
les lettres exileresses de ton nom
quelle idéographie
tes fumées éblouissantes et protéiformes
vont-elles ondant avec la lenteur des gestantes
sur le gris décidé comme page
par une encre de chine que mes larmes diamantent




*




S'ensauvager

ces ombres
démesurées
de l'homme
que sur le quai maussade
rayonne
l'or fauve
du soir




*




Adoption


cet envol éperdument
dans la béance de ton regard
j'en éprouvai l'altitude

enfant de Chine tes plumes
avaient la couleur de brique
de ta servitude

séculairement à mi-chemin
de babiole en sablon je me précisai
de mes ailes enfin je vins battre ton ciel oublieux

et crûrent ces flammes de roses
pour le phénix
de nos prunelles réfléchies




*




Mort

dormir enfin
d'un clair sommeil de crâne
et dans le regard cerclé
avoir réuni l'arc-en-ciel des pluies
à l'arc-en-ciel insu




*




Plongée


après la passion de pluie
la lucarne muée en lumière
se coule sur le mur

ses angles frémissants et confus
atteignent à la forme
qui reproduit
et comprend le losange de bois
dans lequel se fichait un songe de poisson

où l'oeil
dimensionnait la chambre
se voit un voyage à la recherche de la mer

ces étapes de serrures
en soupir de brésil

ce papier floral
qui va carrelant son renseignement de céladon

et s'éteindre a la vigueur
de la nage restituée
aux cimes hauturières




*




Les aurores leucémiques


drilles sur le noir mué en tableaux
les destinations viennent au safran

allumements de chaux dans les épaisseurs du bleu
afin d'ordonner des voies paraphrastiques

puisque de l'orient a sourcé le rose
en ruisselle la vitre myriadaire

entre les navrantes ramilles des murs
le lent blafard du soufre des globes

la cochenille de mon sang roule les étoiles
avec l'échancrure d'une lune à l'étourdie

où, parmi le sursis qui poudroie
une aire d'allure encore qui ne soit chancelée ?




*




Assaut

dans mes yeux
de sable
les bâtisseurs
de châteaux
renoncent
aux meurtrières
et abandonnent
leur enfance aiguë
au gonfalon
de la vague




*




Près de sa tombe


invisibles
dans l'herbe qui s'éteint
les cigales
traduisent
les noms des trépassés
en d'inépuisables chants d'élytres

tandis que sur le fil
de la frontière
entre le jour et la nuit
le souvenir
se prend pour un équilibriste




*




Les toits leucémiques


les volets se fermant
interminables ravisseurs de la demi-lune
séductrice de l'angle

le refrain perpendiculaire
va fumant à travers les voilages

le cordonnet démissionne son noeud
et sa métamorphose sinue
pendant que le grand rideau
éploie ses essaims d'ailes
et désempare le tapis

le safran de l'abat-jour
vêt une gemme renflée
planète de veines et d'ocelles
qui refuse toutes les orbites
pour espacer un cisèlement d'or

épure du papillon
son ruban noue un bouquet de plis ombrés
qui évase une pensée de couronne


Sur d'interstitielles pentes de neige
s'aiguise le noir
les fenêtres sombrées
dans l'encre des trigones
jusqu'à éclabousser
au long d'un chemin de nielles
la vigueur de la dernière allure




*




Candeur

patiemment
jour après jour
année après année
j'ai frayé ton sourire
dans la cohue des leurres

frayé
ce chemin de lys
et de roses
jusqu'à mon âme
en hiver




*




Le réel terrassé


sur la paroi
les intersections de cicatrices
décernent des bêtes
insoupçonnées des captureurs de phonèmes

anémié le poing de la lumière
la lucarne pétille de son trésor pluvial

une foison d'ombres mouvantes
tavelle la traversée du troupeau

dans les plis orogéniques de la destination mauve
ravisseuse de la gisance
scintille épars le perlage des ablutions

autant de germes
absous des lucidités qui pacagent




*




Fenêtre


feuilles de lumière
légèrement tremblées

des voix
viennent au-travers
se dépouillant de tout langage

et ce repas qui bruit
ces matières qui se choquent
clairsemé cliquetis
de l'assuétude
à se prolonger

pourtant
s'y opiniâtre naissante
une musique
étoffée déjà
par l'heure vague qu'épand la cathédrale
par l'antipode rue
qui s'accorde
à l'archet ressurgi

une musique pourtant
de portées
en lignes d'horizons
s'invite
dans l'aphonie de mes convalescences




*




Le voyage


D'or
et d'écarlate
la patience des dragons
sur le vieux bateau
dont l'amarre frissonne

au loin
l'infinie besogne des hommes
ferre et balafre et cerne
les îles

mais
ce soir ou demain
les dragons et moi
avec nos yeux grands ouverts
de n'avoir rien effacé de toi
ce soir

ou demain
nous les passerons

nous rallumerons la mer
d'écarlate
et d'or

nous graverons ses eaux
du trait toujours recommençant
où miroite l'amour

et pour faire le voyage
plus certain
comme plus ravissant
nous aurons mis la mort à la barre




*




Savon sélène


véhémentement s'échappe la vapeur d'eau
embue sur la grande glace
les réfléchissements de la fenêtre
qui venaient par l'emporte-pièce d'un demi-songe
de triompher de leur source écumée

l'ambre léger du thé
au fond des porcelaines
autant qu'en faveur de l'angle marmoréen
esquisse une astronomie neuve

la fate brillance
qui a brodé les napperons
de ramilles imbues de corolles
deux verres la confinent
à leur transparence tégumentaire

si longuement les mains ont ruisselé
puis ressurgissant du linge participent
du lever de cette demi-lune qui fleure
dans le halo de son bain-coquillage




*




Le train qui m'emmenait loin d'elle


tant de morceaux de lueur
se détachent
dans l'atelier nocturne

au front de mon reflet
sur la vitre
le paysage prodigalement défilé
façonne
une étoile de céramique

et derechef elle se hisse
au haut de l'âtre
à l'angle dardé par la chambre
de tout le feu d'orange
et de sud charnel
qui nous rêve encore




*




Dissociation


cachectique faîtage
sa torsade en diagonale
des limbes lilas
dépassionnent la flèche

pour réserver la corde
à l'oiselle de neige
distançant la tension
lune une esquisse qui s'arque

le cruor évadé
des effleurements de systole
ravit dans sa poigne obombrée
le secret de la plaie




*




Perce-automne

pointe interminable
du clocher
quand
parviendras-tu
de l'autre côté
des brumes
avec l'acuité
de mes yeux intimes




*




Astrogène


des constellations
qui figuraient les préludes
la fuligine repaît l'hydre

contre le multiplicande du vide
chacune de ses nausées bondissantes
s'éclabousse de ténèbre

cette satiété d'artifices
kaléidoscopique lacune
où germe un besoin neuf

une main élucidée
sur la lampe d'audace
pour la chambre épiphane

jusqu'à la corolle
révolte des angles de la table
le papier de ciel

et le lin de l'absence
qui va découvrant
le sommeil du poème

dans un geste de foudre
le verre s'est fait bris
l'acharnée liqueur a plu

et le corps
étend son signe se désembrumant
au bord du vivier d'étoiles




*




Alcool


Le soleil
ce matin sans seconde
par la clairvoyance du volet
discerne jusqu'au sang qui va s'éveillant
l'ambre et l'or des liqueurs englouties

De leur éclat suppliciateur
le poème
qui ne sera pas achevé
qui eût interdit tes funérailles à sa musique
fait tout un souvenir d'ardeur




*




Arroseresse


encore l'énergie candide
pour que sourde
et glisse l'arcure de transparoir

pétille l'assouvissance humique

le céladon
relaissé à chaque impasse
veine l'urbain abîme

et humblesse du sang lucide
le rose va s'épanouissant

son frisson
aura thésaurisé le passage

si frêle d'éluder l'indéhiscence
la main s'alentit

diaphane repos à même ses semblables de pétales




*




Au revers des oiseaux


évanouissantes nuances
à la division de la multitude

de la gravure qui sombre
lorsque se dessaisissent les contre-lumières
tant vont fraîchissant les verres jumeaux

dans le crayeux des voilages
délibèrent d'aliformes échos

désheurée la chambre
méconnaîtra ses surprises d'incandescence

l'extrait tu
affirme le rose

les verts pardonneurs d'ombre
firmamentent

et la frémie des corolles
quintessencie le vol




*




Satiété

à l'ombre fugitive
du fruitier
le paon
rêve encore
d'une grande paupière
s'abaissant
sur ses ocelles harassés
d'être plus beaux
que ce qu'ils regardent




*




Atypique rose


à épanouir d'aquarelle
sur le mur sa roseur
le calendrier prévaut contre la fenêtre

avec son résolu qui rosoie
la corolle surmonte l'énumérative coulure
et paysage un plus étonné regard

après si long temps de boucles luies
le sang y décèle sa destination

où le pétale serre le pétale
suffit
à l'absorption de la plus carniglyphique des heures

et les aigus
dont s'argentait le dardement du passage
ont part au soupçon d'effluve




*




Regard


à même le temps anuméral
le tamaya suspend
sa carpomélancolieuse angélophanie

mais sur tant d'ailes de scellement
l'après-sombre calque ses paupières
afin que paraissent des yeux de péridot

le tout à coup de safran
promeut les angles qui fenêtrent
au nonchaloir du sfumato

et par-delà l'évidence verdie
ingénument l'ombre route les aoûtements
dans un guillochis polymorphe




*




Odorat consolateur


parfum
de l'orange
par les mains
mise à chair
et partagée sans convive

à ce point subtil
qu'il sait habiter
l'interstice
où la coulée des yeux
se départ
du chagrin




*




Brocante de l'hémi-rêve


la sombreur
y dessyntaxe son rouge

au bord même de la cassure
le poids du rose
consterne l'appeau

avec l'aigu de sa lacune
toute une sentinelle de verre
garde de la cavale fantastique
les vaisseaux circassiens


ses chandeliers désormais méconnus
sous le poecile des coulures
la flamme a abdiqué

les strates fortuneuses
les visions des larmoiements originés à nulle glande
déconsidèrent les soliloques élucubrés


dans cet étriquement où le calcul
a reflué jusqu'à la lucide cuisine
l'arceau orphelin de l'ajour
a recouvré le métal des mirances suries

et l'eau qu'il dispense
n'accorde plus sa transparence aux mains
qu'un regain de coriacité échoue à convaincre




*




Deuil


ombre
en geyser
sur la stèle

la pierre
a partagé
le crêpe
de mes roses
pleureuses




*




Impasse


la dynastie des nuances acéraines
leurs filigranes de cyanose

d'un voeu de transparences
les angles de la lucarne
continûment gouttellent


À l'acmé d'une gemme en suspens le départ


un pays hyaloïde
s'est confié à la bruine
pour balafrer de croisures ses fugacités

à travers les fractions des vibrionnantes perlures
une prairie spectrale enténèbre des chevaux




*




Supplique

quand je ne serai plus
la créature du sang
aux rivages de chair
je vous en prie
sur ma tombe
ces fleurs de silence
qu'engerbe
la bouquetière de l'invisible


Loup-de-lune / LIU Bizheng

Modifié par Loup-de-lune, 14 février 2021 - 02:19 .