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Afin que soit rejointe Mademoiselle LIN : Poèmes. Quatrième partie / par Loup-de-lune


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#1 Loup-de-lune

Loup-de-lune

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  • Une phrase ::« Je suis la jeune leucémique des lisières, dont l'allure odysséenne et frêle tantôt se coule dans le rêve tantôt repasse le linéament du réel... la jeune érythrophore des confins, la féale étymologie des crépuscules, qu'intégralement la mort est impuissante à com-prendre et que la vie échoue à con-cerner entièrement... »

Posté 21 janvier 2021 - 12:24

C'est avec sa gracieuse autorisation que nous nous connectons à l'inscription à Toute La Poésie qu'elle a validée en juin 2013, pour publier la quatrième partie d'un choix de poèmes de Loup-de-lune... parmi tant et tant et tant d'autres encore... Que toujours vive la Poésie, certes ici et maintenant... mais bien évidemment aussi ailleurs et demain !...

Le mot 'fissile' termine le poème intitulé 'Ténue'. Les réflexions menées par En hoir de Loup-de-lune au cours du printemps 2020 ont montré à quel point l'univers de Loup-de-lune prise ce mot. Elles apparaissent principalement dans les notes qui présentent 'La déréliction de rubis' d'une part, 'Fissile' d'autre part, poèmes publiés respectivement le 27 mai et le 3 juin 2020 dans le salon Sans commentaires.

Voir et entendre un jour Bizheng lire si fervemment de toutes ses racines si évidemment asiatiques 'Le Roman de la Rose' en ancien français m'aura à proprement parler estomaqué ! Les idées reçues, les navrantes et faciles étiquettes sont parfois tenaces, pour ne pas dire obsessives. Mais Bizheng, à coups d'inattendu, les a fait voler en éclats. Elle en a pris le contrepied. Voilà bien le mot qui caractérise son écriture si particulière : prendre le contrepied des poncifs, des catégories grammaticales, de la syntaxe, des définitions lexicales, et chercher sa parole intime. Comme la maladie aura pris le contrepied de sa jeunesse, l'embarquant pour la traversée médullaire.

Ce jour-là, au sein de cette bibliothèque de la Faculté des Lettres, Bizheng, étudiante chinoise de français moderne, d'ancien français, de latin et de grec, m'a appris un vocable très ancien : conjointure, 'ce qui est joint à une chose, ce qui la complète'. Je veux plus que jamais m'en souvenir en ce moment et à double titre : d'abord parce que Loup-de-lune n'a eu de cesse de joindre les éléments de la langue pour approcher de texte en texte un art d'écrire qui lui soit propre ; ensuite parce que Bizheng joignant le poème au poème, comme le jour au jour, se sera évertuée à construire une passerelle afin que soit rejointe jusqu'à la complétude la figure tutélaire, mélange tout à la fois de la mère et de la fascinatoire amie d'enfance, si décisifs Êtres d'Absence.

(FG / BeV)




Afin que soit rejointe Mademoiselle LIN : Poèmes

Quatrième partie




*




À l'acmé de la leucopoïèse


foyer des mille trains
un ovale
où la nitescence extrait
et rive ma passée

le safran y fait des châteaux de nord de sud et de l'éventuel point de départ sur lequel appuie mon délai

l'est et l'ouest y sont émulsionnés par le fluide brésil

le tremblé du trait noir
qui inachèvera toujours
la calligraphie de mon lendemain-poème
quelle est son ardeur à freindre
pour qu'éclose !


mes yeux se souviennent
de soulever leurs carats d'iris
parce qu'il existait un ciel à adorer
et l'art de facetter l'eau de l'infini

dans ses à-pics d'élucidation
la verrière avalanche tous les parcours à la sanguine




*




Tailleur du ciel


Nuages
morceaux de lumière
étoffes à l'ouvrage
sur l'atelier bleu

constantes coutures
le vent doux
pour aiguille et pour fil
déchirures constantes
le vent doux
pour négateur

et j'attends là
étendue
parmi les premiers foins
sous les métamorphoses

..............................................................................................................................

Reviendras-tu
à mes côtés
dans les habits blancs
qui nous dépêchaient
auprès de la majesté solaire




*




Trouver encore


si long train
lignes et matières
oracles et mutismes
convergés vers la vitesse onirique

une malice de voyelles
ou arlequine ou farde
le nom des villes

une trouée parmi le repère
irréalise la destination

les vitres à la file
en leur territoire qui va mincissant
réfléchissent des crânes inclinés

les colzas
l'écho vert de l'infini
l'azur filamenteux et furtif
griffé d'un lait nébuleux
la sanie d'une ville éculée
les emplissent et s'épandent

or s'arrachant parfois
à l'écran qui a deviné
les silhouettes de sa moelle
un visage se redresse
comme surpris d'un regain de lutte
entre le troubadour
renouant avec son étymon
et le diaphane caméléonesque




*




Musique


De la musique
de la matinale musique
vient d'aplomb sur la rue si passante

j'écoute les yeux clos
le visage effleurant les fleurs d'air des voilages

ô accordéon doux
qui sais taire les tumultes
et comme sur le parvis
accrocher des danses
aux ressauts de la maladie




*




Polychromie de la déprise


aurore
un ciel en orangé
infiltre le train
ses coulures
à travers la balbutiante assertion des matières
hasardent les lettres de la destination

épanché le rose s'y mêle incontinent
jusqu'à la jubilation de l'illisible

et radieuse la vitesse
entraîne le trajet
dans un ajournement couleur bleu d'assomption




*




Polyphonie de la déprise


un voyage m'a ravie
chaque sens défilé dans ses mains fenestrées
et ne ciselant pas cette géographie
qu'autorisent les cartes arabesques

visages de vivants intenses
la chair a part à l'étoile moins urgente
cannelle belle du long labeur
contente espaceuse du vide

bus musicalisé
les lignes des cimes
démentent les contours
affûteurs de la pierre
épilogues de la canopée
esquissent de l'évidence
le filon défait
aspirent à la portée
et parmi le pastel des moelles
pour une partition illustre par le seul éclat
d'évanescentes vapeurs d'eau
un camaïeu d'ailes
contrepointe les par-delàs

ô distance sans le dur vouloir
qui fait au loin de la peur mitoyenne
un dernier poudroiement de boussole suborneuse




*




Gravure


verre
à même la nébuleuse luisance
et l'horizon a diminué son arbre
dans le sortilège leucémique
qui approche les peaux des flanelles

fenêtre
toutes les croix de ton partage

leur sombre accru délivre l'acuité
pour graver sur des tablettes de ciel
sang et vent
oiselles de feuilles
foudre et aorte enfuie

débord des soirs sans rose
et fiole vide sous la lampe des sursis




*




Les nourritures impossibles


enfin
sur la table transparente
elle a déchiré le filet mince
regardé rouler
s'alentir
se figer les oranges

son dernier semis de perles
gravé sur les carreaux
la pluie se tait

calmée
l'haleine
filigrane
la pénombre

hurlée de la lampe
son jour qui bluffe

elle attend les mains moins disparues
calligraphes des partages de jadis
encres broyées sur la source du poème
pour écorcer les fruits d'ombre
qui parsèment le tapis couleur de paille


après le sommeil et ses saccades
allumement des oranges
avec l'or qui nomme les florilèges
les jus cèdent aux aurores

le tranchant
qui rayonne l'arôme descellé
s'irréalise à ces soleils propices

et ce n'est pas s'éteindre
ce continu sillage du luire
océan du mur
récif de l'angle
périssoire de l'aquarelle
où se rose encore ta jeunesse


et cette heure
qui fiche des aiguilles coureuses
dans la mire de l'éternité
réfléchissement des oranges
dans le profond de la table
spectrale cueillette
pour le sang devenu spéculaire


ce qui repose comme demain
à l'intérieur des paniers tressés
sur les sommets inatteignables des armoires muséales

oiseaux des premiers ciels
échos des blés d'enfants
baies à même l'émeraude plurielle des évadés
gestes parmi la vigueur dévouée
aux gibiers du jardin

sur ces passerelles exquisément arquées
en lesquelles se sont muées leurs anses

voyez-la traverseuse de ses dernières faims




*




Échec du feu


où s'enfonce le reflet
pour toucher la ténèbre prospère
le compartiment est licencié
par une fascination de silice

ces étincelles
qui sinuent polychromes
en compendium des villes frottées

la banale flambée
se dédit

ma propre image
en inépuisable chasse-lueurs
comme une torche d'acharnement

une insoumission enfin
même si diaphane
en faveur du minéral sans matinée




*




Flocons

cet évangile
de la neige
fait danser
le vent prophétique
sur les toits
empanachés




*




Laconismes : Vagabondée


__
Musique

Effusions d'orgue pensif
à travers la pierre
des vitraux bordent la rue des Solitudes
imagier et féal le verre
parmi l'étincelle de mai
partage le sentiment de plaie

__
Épopée

Une encre de rosée
qu'avitaille la source de soleil
tout un destin clairvoyant
sur une fleur de lilas
tombée la veille

__
Au pied de la sainte

Flamme
légèrement tremblée
à travers le rouge photophore
miroir
de la corolle éprise du zéphyr

__
Insomnieuse

Ruisselé chagrin
parmi le midi du doute
laque couleur d'étoile
sur le double bistre
où lune le regard

__
Impressions

Ombres et lumières improvisent
dans le canevas du vent
parmi l'imminence vespérale

y soupçonner
l'épisode le plus dense
de son histoire fugitive

profusion d'oiseaux et de fleurs
dévouée à l'embellie
la literie des malingres enclôt la cour
pour sécher atemporelle

fenêtre magicienne
par le seul mystère de son ouverture
tout un feuillage réfléchi
habite le lilas de l'abat-jour

cheminée parmi le pastel du soir
et les rayons ultimes
échevellent sa placidité de sentinelle

__
Église

Au ciel de la vagabonde
parcoureuse d'aurores
ces oiseaux qui musiquent
éternel d'une manne argentine
sur la pierre hôtesse des ocres

__
Consomption

Reflets du levant
flamme mûre
ton feu va se séparant de toi
et dans la cendre de vitre
vient gîter la ville partielle

__
Jardin

Délicat feuillage
souffle infime
le cartilage de la lumière
s'abandonne à l'émeraude

__
Ciel

Là où se croisent
les silencieux vols des oiseaux de charbon
est prononcé mon diamant premier

__
Fugace

mouvant clair de trapèze
parmi le voilage

comme traverse arachnéenne
au zéphyr
une ombre oscille

mendieuse de l'intense
qui recolore et mutile les oiseaux

__
Valeurs

à même une route encore
comme artère démissionnée
papier lingot d'un jour s'esquissant

et mon mimodrame d'ombres
donné par la quintessence du passage
dont se dédore l'obstinée faribole




*




Apparition


ce fut du linge
déployer la stupéfiante blancheur
afin qu'au visage il absorbât les secondes
devenues gouttes de sueur

mes pas à ce point désencombrés
je vais par les sillons d'or
qui calligraphient les noms des mystérieux

une sensitive cendre
participe de l'arc-en-ciel intermittent
où les libellules sont volées

l'espace va couvrant ses marbres noirs
de brindilles de feuilles d'ailes défuntes
d'offrandes dont la métamorphose
accompagnera jour après jour le devenir du geste

je m'éponge le temps

et soudain
à la lueur de mon flambeau de tissu
sur une échancrure de porcelaine
interstice parmi les sûrs enfouissements
cet orangé fenêtrant la sanguine du fruit
des intégrités nourricières




*




Fragile


papier de soie
qui devint
fille blanche

elle brûle
dans la flamme lascive
de sa danse




*




Métamorphoses


adonnée à la neige transitive
la cité
a mûri le tacite de ses parallèles

maintenant ses faîtes
gouttent
sur la page vigilante du carnet

le vassal de papier
haut forjure

le poème
s'est troublé

aquarelles
ses encres

dévêture du frisson

anémies des lilas
exsangues turquoises

les sèmes
sont décachés

leur source taiseuse
la musique incunable

le prince
rappelé aux foisons et aux diffluences
traverse




*




Variations pour un fragment d'opéra


1

quel fatum

murmure aux couleurs farandolées



puisqu'à l'instant de s'infirmer

les échappe le décor ?



quelque résiduaire violonance

instille une hébétude



notes enclines au paillettement

derniers abacules du silence



le librettiste s'amnésie

dans la pourpre placide du noir



fascinatrice rémittence

le paroxystique voeu infléchit la minute



des dyades de carreaux s'étagent

pour graduer le bleu



leur réfléchissement sur le vierge

et s'essore un grand équerre



où le plus sombre approche le plus sombre

neige à l'étourdie une robe effleurie



luit la musique indéfectible

ingénu décèlement



affleure cette voix

en tutelle des plus clairs



aussi ciel et douleur

font ce mêlement sûr


2

tue

la musique



et savent s'annuler

par les trouées soudaines

de la fiction

les serpentements polychromes



entre eux

et le noir

ondoyante s'éploie

la minute d'escarboucle



rêveresse

de la pénétration

la durée

se dégrève



et bleuir

carrelle un camaïeu

et l'image

en si sobre sente



à même les indigos

qui déchirent

le premier angle



croît

liliale

la soprane


3

micacé

de violons extrêmes

un silence à ses prémices



outre-semblants

la poïkilorchestique

des vêtures

s'évanouit



la merveille de métamorphoser

tressaille

parmi la soubrecidence du grenat



puis quelle taille

à rêver veille

dans toute la carrière du noir !



son ouvrante décision

pour qu'une lumière venue rompre

richoie de ses bleus



la verticale

se mire dans l'horizontale



où les quadratures jumelles

le plus prononcent la nuance

l'angle pousse



une lactescence

va silhouettant

la colorature épiphane




*




De-celare


à l'ocré solaire du parcours
fourvoyer la veine désormais
et parmi la pierraille acoquinée avec le bris
comme mémorial de la supplique et de la semaille
faire bruire sous un pas originel
le dernier crâne des couleurs qui dissimulèrent




*




Ténue


prunelles feuillies
dissoutes cités
chemins qu'auront charmés
les joueurs de murmure

libation
de la dernière systole du fragile

dans la courbure des herbes
se moirent les veines

du souffle
une nacelle encore
pour dériver le carmin pusillanime


Nectar de luminaires
bleu lisière d'un midi
carillonné par la divagation battante

méticuleux rendez-vous
des clairs de monde
et de ciel
en la gamme d'une corolle

arceaux de cette quiétude
prodigue d'ovales

et roses
des pétales transparaissent
au-travers des pétales roses

entre eux ira se glissant
ma présence fissile




*




Blancs


le ciel
comme une grande feuille
de vélin
qui neige
ses antiques fables
de cygnes
de lys
et de métamorphoses
sur le hameau rêveur




*




Trois automnes


premier automne

petite feuille sur le trottoir
une étoile paraît
dans la nuit des piétinements


deuxième automne

petite feuille d'or sur la rue
le regard s'étoile
dans la nuit des passages


troisième automne

petite feuille rouge sur le vieux tourniquet
mon coeur s'est détaché
au sein du square sans enfants




*




Ce qui ne s'éteint point


la terre qui s'étire dans la vallée
je ne la reconnaissais plus

elle était cette lisse offrande à de nouveaux tracés

c'est qu'une nuit tout entière
l'une de ces nuits d'astres enfuis et de prodigues luminaires
avait neigé sur elle

j'y engageai mon pas avec l'élan de l'aube
je la perçai d'une escapade lente
je m'y fichai jusqu'aux genoux
clou de chair croyant fixer la toile de l'effort

une légère hauteur déjà
me signifia l'espace du repos
et je voyais à travers la vapeur du respir
mes empreintes sinuer pour une présence

ô creux ô vides qui avez la forme de la trajectoire


des montagnes
se détachait le soleil

mes yeux se fermèrent un instant
pour s'accoutumer à l'illumination de la neige

depuis les confins reconsidérés par la métamorphose
jusques aux cimes des arbres qui m'environnaient
la transportante clarté du blanc

mes yeux brûlaient
et leurs flammes tranquilles s'appelaient des larmes

c'était cette exhortation murmurante
à réunir le corps et la lumière
en un prosternement qui ne passe plus

c'était cette exclamation de Faust
lançant à l'instant : demeure, beauté pleine !

et même le vol des corneilles était devenu blanc
sur le ciel de l'étourdissant silence

j'avais déposé souffle et sang
et connaissances
et chimères
au paroxysme de l'évidence


or
se présentèrent et m'aliénèrent
les machines des hommes
sonores et régulières

elles retrouveraient inéluctablement les chemins convenus
entre les murets de neige qu'elles dresseraient sur leurs bords

mais je ne savais plus y marcher
je n'avais plus le sens commun d'y retourner
je m'évertuais à croire en ma stupeur
relique de l'extase


les chemins furent révélés comme des disciplines
ils cinglaient toute la peau de l'étendue claire
de laquelle j'avais participé


abondante
la pluie qui s'abattit sur la vallée
changeant la neige
en ruisseaux de cendre et de caramel

et j'eus peur pour cette parcelle
réfugiée au fond de moi
si loin des cheveux d'eau
et des vêtements glacés

aussi me hâtant sous la trombe
je rentrai chez moi


la pluie s'empara d'un siècle de la nuit
mais la blancheur ravissante brillait en moi

peut-être ai-je connu quelque moment de sommeil
mais je n'avais pas besoin de rêver


poussée par l'aube suivante
je renouai avec l'un des chemins convenus

terre et caillasse et brindilles s'étaient amoncelées
d'une couleur de vieux monde pourrissant

et puis
à l'extrémité de la persévérance
m'apparut ce monticule particulier
sur la ligne séparant le chemin du champ

en son sommet étincelait comme un fragment
de cette vallée de neige que j'avais éprouvée si claire
depuis les confins jusques aux cimes

mon approche précisa une pierre blanche
comme lavée comme polie comme ouvragée par les transformations
celles qui sont violentes
et celles qui sont imperceptibles

une pierre où le soleil déposait tout entier son retour

et je sentis un tressaillement au fond de moi
vivant miroir de la permanence
juchée sur les nausées de chair et de boue




*




Apoissonnée


jouxtant le bleu anacoluthe
qui laque la transsuffocation
une pellicule de contre-lumière
cercle la brique et l'élusion

hors le cuivre que rive la nuance anéphéle
un entrelacs désarrime le cimetière des corolles
et l'oeil naïf pénétramment charbonné
à l'acmé de la coupelle joaillière voit

demi-mauve sur le radeau de la brisure
la gerbe témoigne l'outrepassement
parallèle une dernière incidente d'archipel
au squameux bondir où s'adivinisent des figures scintillées




*




Ivresse


le vin vaste et safrané
dans la coupe
que violettent les montagnes

qui l'a bu d'un trait sûr
pour que le chagrin noir comme un ciel
pétille soudain d'étoiles ?




*




La cueilleuse du dernier automne


la grise pierre brouillardée de jaune
bornait la place déserte

le tremblé des guirlandes pâlies
festonnait le vent d'octobre

si long temps d'absence humaine
avait changé la solitude
en gestation

elle parut
moire et candeur
enfant foulard d'un azimut recomposé

elle s'inclinait sur les feuilles de couleurs
ne cessant d'inventer ses bouquets

et flammaient les phalanges des anciens emparements
à l'image des faîtes caducs




*




Volière féerique


sur la joaillerie piaillante des oiseaux
qu'enclosent
les ombres finement quadrillées
du crépuscule frémissant
un félin noir
à l'affût
prodrome d'une nuit d'été
attache les gemmes soufrées de ses yeux




*




Itinérances


d'infimes chemins
de flambe
ou de corail
de coulures gemmifères
se ramifient sur les feuilles
presque mains ouvertes
qui vont dissimulant les voies consommées

un cartographe fabule
en myriade

la rose des vents
pollinise les viviers du congé

dans la parenthèse des sèves
s'engouffre l'étonnement d'Argo

nervures du ravir
étincelées de perles d'eau
larmes soeurs
de la vagabonde ininterrompue




*




Musiquémique


à travers la chambre
sourd le piano

y clairent leurs ambres
flacons
et sursis

abat-jour
et carreaux
leurs safrans échoïques


une si simple vigueur
vient deux fois
à la lame

pour couler
les veines
sur l'adagio


par-delà
les durées
liquide piano

que le rouge colore




*




Bifurcation


d'une arrivée
le heurt

s'en seront freints le mot
orangé et le mot
bleu enseigne

sur le déliement enchérit
un instant de lettres si franches

ferments du secret bicolore

suspension de l'alphabet trésableur

ciel ou matin
lendemain ou béton
se poser balance...

quand le départ à ce point
désencombre

en quel repli de la géodésie
composer le risque
du rebelle déchiffreur ?




*




La jeune leucémique au bain


à ce point dénudant
que saille l'aveu
son peignoir et sa peau ont neigé
sur le bleu fécond du carrellement

serpentueuse sa ceinture
fleurdelise l'angle enfui

hôtesse du corps transparaissant
la si claire olivine
d'une eau de paisibilité

parmi l'évanescence du myocarde
les cristaux qui fleurissaient le vermillon
contrepointent la marcescence

en la gaze incantée par les os
s'obsèquent
les énergies itératives

un infini de vapeur
va brouillant
le long lingot du luminaire

et chaque veine
se sera ennuagée
des évanouissantes foisons du savon




*




Aurorale


trains en gare
sous des horloges sans plus d'héraclès

si longs contenants
que la vitre intervallaire allume
dans le tulle d'une nuit

et notre multitude va les gorgeant
silhouettant les clairs de soufre

sur le papier matin
passé au bleuir
interrogent des arcanes d'encre

ruine
des architectures qui fabulent encore

arborescence
qui transmue les déchiffreurs en esprits

margaille des safrans
des blancs du voir perdu
à la réponse se dévoue l'ubique morose

malitornes et serpentines
dans leur unique aventure de verre
les comètes du crachin
s'échinent à glisser les scintillations
par-dessous le défilement




*




Éclat de Noël


une ligne d'étoiles serpente
tandis que de l'étable
dans le prolongement du regard des bêtes
l'aigu pailleté les traverse au plus radieux

meurtrissure en tremblé de lueur
au-dessus de la naissance
que lisère un mêlement
de mages et de pâtres

l'offrande de l'or et de la foi relaie
et parachève la crueur des rais




*




Origine


de la page et du cuir
délivrés avec tel sporadisme
graphèmes d'or et d'alizarine

bicolore pollen
au-dessus de la lacune prairiale
où s'affine mon voeu d'immémoire

vainement sinue
pour héler en fouet mince
la crueur du signet

des ombres
leur impalpable de serpentes et de lances
le papier brusqué bruissé de bourrasques
épeurent des siècles de vers

s'essore le pluriel natif de l'alphabet

une parcelle sibylline
apprend qu'il n'ira pas au-delà de la nuée muscoïde

de l'effort qui tant cueillit
saille un bouquet de transparences
aux fins d'offrir le fragrant iris de la première lyre




*




Transgressive


ces graphèmes d'orangé
de bourgade en bourgade
désensorcelant l'escapade
une confiance fraîche
en ensème la brume

le blanc
s'est emparé

l'exténuation y fusine les grands bois

les segments soudains
otagent l'ossuaire
où plus rien n'est nommé

la police du ticket a bifurqué
dans la cursive turquoise du poème

ce qu'il demeure d'un train
embarque par intermittence
les ruinistes de la destination

son défilement
musique le soliloque du sycophante

et c'est à la désespérance des dernières sentinelles
que s'offre son frôlement de pyrope




*




Transmissions


des éclats de soleil
ont rapiécé les voilages

quelques minutes de pupilles
les taillent en flammes

lorsqu'éperdues de formes tremblées
il n'y a plus qu'un tenace scrupule
pour les garder de la disparition
une ancille surgit

récurremment de table en table
avec un geste de mousseline
ses mains ignées
allument de longs cylindres

versicolores

ainsi que jadis midi
devenait un soir

l'aurore
un minuit de cyan

le chloroderme du retard
un tressaillement qui se dore
et qui s'enfraise




*




Cendre de la lecture


cet automne de l'acajou
à travers lequel les voilages
impriment lents leur défeuillaison

une matoise vigueur
ombre et lumière symbiotiquement acolytes
a passé les carreaux bibliophiles

dans les florilèges
où l'or de l'enrayure a dégermé la teinte
elle taille l'éclat des angles

âme soeur des marcescences
graduelle décision surie
si proche du sarcloir

et des ptôses
abolisseuse
ta voix
qui n'est plus...


pour soudain musiquer un sauf bouquet de vers




*




Automneresse


ce surcroît d'escapade
pour exhausser une telle ouïe

le clair d'encre
que collinent les pages de l'anthologie
retrempe les prunelles

les signets vont prolongeant de carmin flexueux
l'émoi de la lecture

la sagittaire confirme sa silhouette
dans le murmureur de voyelles diaphanes

vastes relais de la meurtrissure
sous le lapis nébulé de passages
les frondaisons changent les intermittences du souffle
en hémophiles défeuillaisons


dont diverge parfois ce pressentiment d'aile




*




Les funérailles de l'enchanteur



Aux mâtures d'un périple inverse pavillonnait tout le crêpe

et juvénile un sagittaire ayant empenné l'affliction

elle abjurerait l'atteinte dans le haut safran des arches

tour à tour le silence des pleureuses qu'il évoquât le soliflore

ou la trouée du destin corollait l'indeviné

élisait entre les viviers zoophanes la vitale énigme



Du thanatogone ces candorilles qui dégorgent les ombres

et les constellations tréfigurées rivettent leur ravine

lignes d'or et presquevies de vélin des immémoriaux tomes

afin d'amuïr en exauceuses se sollicitent pour un reposoir

des dynamismes des magicophores s'emplissent les angles inédits

et la lacrymale seconde du doute préface l'aiguail emperleur



Qui dans le salaire et le plomb pulvérulents

va mouvant les morceaux de l'hommage myriachrome

sinon le ménestrel du secret des bienveillances ?

et s'allume à son étape la geste de verre

saison-poème des foyers où transflamme la cendre

à travers les tangibilités décidues



Le lymphadieu qu'à la faveur d'une gaze ravit

le dernier capital tressailli d'anémones

ocreux chantiers dérobe avec boutiques obsidionales

quand la figure et la main qui se coalisaient

pour enluminer de charades la dodécaclarine de midi

douent de leur suave défaut le vagissant désencombreur du monde




*




Incertaine


a surgi clair un long triangle
inconnu à la limite

du noir dardé
symétriquement le partage

en manière de feston
y pendent les arcanes d'un visage

parmi les limbes du plus épointé
deux linéaments tressaillent de safran

jusqu'au tétanique soufre
leur amenuisement

évanouissante une parcelle déjà
réunit leurs quercitrins minimes

par la base tant éludable
le gîte de la moitié
échappe les ombres vaporeuses

avec le tableau
qui tergiverse à même un naissable mur
elles se coalisent




*




Les papiers sans poème


ce polychrome magma d'enfants
ainsi disparaissant
sous un décernement d'ardoise
et de tuile couchante
par degré le square
se résout en l'épure d'un silence

l'oiseau fusain
va soulignant jusqu'à la ramille
qui porte le crépuscule au coeur

cette veine qui sinue
à mon poignet candide
source
de l'épanchement d'ombre
et bien plus que soleil et planète

minuit brûle ses étoiles
dans le safran des luminaires
fixe bûcher de vitre
rideaux glacés
lourds
aux mains compromises du lendemain

et cette eau
diaprée d'épieurs de saphir
qui emplit le grand verre à moitié
étrangère à l'ancien déglutir
complice des soifs d'outre-organisme

à travers son clair de bleu
les couleurs des papiers sans poème
anamorphosique arlequin
des alphabets alanguis

et les réfléchit
l'or griffé
qui médaille le livre

brumes d'hôpital
sur les distances propres à ce pouls thaumaturge
la mue de l'évident
en l'ajournement démiurge

et pourtant écrire
lexies
tout à leurs alliances de guérisseuses
une encre d'abondance
le sang parjure
à son rouge

draps d'hôpital
si connaisseurs des esquisses lasses
et même au plus fuligineux des paupières
toujours de cette couleur neige
des endormeuses leucémies




*




Sanguisorbe


et le zénith en sceau de l'arrachement

issants
on puise aux poudres aux clameurs
le fugitif et l'inéluctable de son tropique de fauves

s'assouvir
vers quoi concourent les radiales
sourcier prodigue de longanimes pourpres

ne point clore au charme promu
infrémi témoin du sable inrougi

pour un sporange
les prémices de la vivace
porphyrisent cristallins et paupières

de la hantise des moroses liqueurs
que par degrés sa croissance transcoule
s'étonne le calice

parmi le rythme s'alanguissant d'une savane d'os
décisivement s'étrange haïr

depuis l'angle si désirément muti
où les lustres exsanguinent les geôliers
et les javellent au verso du sombre
un prélude s'est murmuré en fleurs de serment

et l'étreinte seule compose le spicilège
car l'instant joint par l'instant ovalise la décuple teinte
où reposer si rose tout ce qui fut épanché




*




Vitrail


cet ahan d'yeux
par-delà ce qui matière
jette ses cristallins fallacieux

pour la source
cette incessante épée
qui traverse la gorge

divisible torse
ondoient deux fils de sang

par degré
modère leur sombreur
le rose lunaire du dénudement


joignant le jardin polychrome
où repose la satiété d'un contemplateur
leur invisible réunion
allume un déferlage de corolle




*




Le cheval de neige


la vastité silence des traces
de son retour était ravi le lacet
et sa pensée joignait le vaisseau alenti
quand une part du blanc fut délinéée
et l'approcha pour l'unir à son galop

un verger de lys dépulpait les rivailles
les fibrilles de l'impalpable géographiaient le muscle
la candeur ardente galactisait l'enfant
aux lisières de munificence
les pages lues passées par les présences

meurtrissures de la disparition
héliodores et sucres bariolent les terres divisées
la borne verdoie où ricoche l'appel
inexorablement à la sève feuillole la symbiose

comme la gadoue va la chaussant
elle a des larmes qui enchérissent sur les soles d'eau
réfléchisseurs morceaux des nues évocatrices




*




Blanchisseuse


murmure de gravier et d'effluve aux étiques fenêtres
elle explique les lignes qui lamellaient d'argent

le méticuleux développement de robes et de draps
capture la corporelle évidence

un mimodrame d'ombres
dévoue ses pièces à l'énigme

le milliciel trigone qu'il tolère encore
effrange son abscons ravaudage

mirances de la sanguinoquête
cinabre et pourpre
garance et cochenille
égaillent le poecile de l'ardeur

si saillent la mutinerie du poumon avec l'aura qui suggère
des copeaux de souffleurs se réunissent
pour une épiphanie de pétales

l'arrosement
se jouant du geste qui ahanait à les confirmer
arque leurs dérosies dans son tralong platine




*




Métafleurs



de l'exquisité du contact

rayonnait un silence



profonde

son allégorie de térébelle

jusqu'au contre-lumière

où abuser le récri du dernier tortillard



la table avait cédé son angle le plus déverni

au cylindre de verre



et grandissait la potion

parmi les gestes et les feus volumes

indemne son ambre pétillé

parachèverait le muable



obsessif le décuplement des autres équerres

s'était réfugié dans la géométrie des fenêtres

lorsque couler étourdiment sur les étisies nues

offre son prodrome aux échéances délutées



l'onirurgie des vitres en troublé

y méconnut le postulat des corolles



pour ennuager avec du rouge avec du rose



épanouir ce risque de métamorphose

venu aux complies du myocarde




*




La destination


Toi disparue et transmuée
en ces après-merveilles océanes
le poisson que laqua ta main florale
bleusombrait mes odyssées de faïence

entre les gestes
t'appartenant encore
s'insinua un soupir
où briser contrefit éclore

et ce regain de ville
à mon pas galactique
ce regard érosif
dans les flueurs de masques

les lignes de l'horizon
sont venues cercler l'aorte
puisqu'une coquille hébète mon ombre
quand briser épanche atteindre




*




Chétive


de la gaze des ramures hiémales
s'extrait infime l'arc nitescent
venant s'inscrire dans son carcan
de presque halo

la pulvérulence du sagittaire
lacte les inatteints

le carquois vague et bée parmi les galaxies
étrangères à la formule multiplicative
de l'empenne et de la pointe

le fatum du disparoir est le trait dardé

traversée l'arborescence
qu'a fusinée le premier instant de mon sang
impropice aux allégresses récoltantes



Loup-de-lune / LIU Bizheng

Modifié par Loup-de-lune, 01 mars 2021 - 11:35 .