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Et il n'ira...


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11 réponses à ce sujet

#1 Anwen

Anwen

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  • Une phrase ::«La route vers l'inconnu est toujours bienvenue»

Posté 20 février 2021 - 10:08

/Il traine/

J’ai shooté dans une cannette. Sans faire attention. Et le bruit m’a fait peur.

Ces échos, comme ça. Crucifiés à l’asphalte. D’immeuble en immeuble. A faire vibrer les vitres dans la nuit.

Montre en menotte—incrustée dans les chairs. Et chemise

abrasive. Les réverbères…

leur lumière diffractée par la pluie. Ça me brûlait les yeux. J’ai allumé une cigarette. Inspiré

fort pour faire passer

la crampe. Mémoire géode.

Suis descendu vers la rade.

C’était Lorient, peut-être. Ou Brest. C’est toujours Brest quand j’erre dans les rues le soir, mais là, c’était Lorient.

Parce qu’il faut bien que les choses changent. Et de toute façon,

de ville bombardée en ville reconstruite ; d’une rade

à l’autre ; entre Ouessant et Groix, entre

Lann-Bihoué et Lanvéoc, chaque vague est ce qu’elle est :

un long hululement perdu, la quête d’un ailleurs.  

« Nos minutes toujours se pressent vers leur fin. »

Il s’est arrêté de pleuvoir et marcher jusqu’au bout de la digue m’a fait du bien. L’ouverture sur le large, le vent, le clapotis confus d’une mer croisée.

Essayer d’oublier : l’odeur Benghazi des carbures ; les pas, les ombres ; le rythme entêtant des feux…

La lune aussi fait sa diva !

_

/Ritaline/

Les maux de têtes ne m’ont pas quitté et la nausée m’a repris.

C’est à cause… c’est à cause… de l’intensité clignotante des lumières : vert, rouge, vert, rouge, vert rouge… Et de la houle, imaginée.

Reprendre la marche. Courir, peut-être.

Un bruit. S’engouffrer sous une porte cochère, le temps…

que le ronronnement de l’avion s’éloigne. Les murs sont

lézardés, le sol

pas droit et ça sent l’urine. Qui donc vient là

dormir ou s’abriter de la pluie ? Des flics ? Pour

vendre quelques feuilles d’herbe ? S’embrasser…

Sur le mur les flashs des phares. Dérobé, le coeur. Contraction…

une… deux… puis le flot soudain. Douloureux. J’ai rejoint

le trottoir cahotant de bateaux, de plaques d’égout…

La vie en dessous, je me souviens… Une plongée…

L’odeur. L’eau boueuse. Les fourrures

effarouchées fuyant, frôlant, frissonnant aux éclats

de la lampe frontale puis revenant intrépides—

dents blanches, dos hérissés,

petits kamikazes accrochés. Yeux pointeurs. Tout ça c’est une

question

d’espace vital.

Au bout d’une étoile qui s’éteint, à la longue, longue fin

d’une rue noire tortueuse il y a

un gong de lumière brûlante et sur le sol

le tour de passepasse d’une latérite

un peu trop rouge. L’odeur est toujours là. Et quelque part

dans un hôtel dont j’ai oublié, dans ma course, l’adresse,

elle attend mais nous

ne sommes jamais

rentrés.

_

/Retina… il/

Les volets ferment mal mais j’apprécie le froid de la piaule entre les draps rêches quand je

ne parviens pas à

dormir. Quand j’ai peur d’avoir peur de ne pas

trouver le sommeil. C’est affligeant, tout de même !

Cheveux sur l’oreiller, encore humide du crachin,

draps trempés de sueur, j’imagine

au matin, l’aigre odeur de cave,

de renfermé. Ressac toujours plus fort à mes oreilles. Dans le caisson

il y a peut-être, oubliée, une gélule…

Debout. Onde gelée dans les épaules. Les gouttes dévalent

ma nuque et la pièce tourne. La lune aussi

a plu derrière la fenêtre et laisse des traces

dégoulinantes. Hémorragies de flaques, que l’ombre sépulcrale des bâtiments coagule…

Je me recalibre au café. Un serré,

trois sucres, une aspirine. Cul sec.

Le second noir, plus long, dégustable si ce n’était

la qualité médiocre des capsules. (Note pour plus tard : signaler

que les verres sont trop larges et restent coincés…)

Brûlure. Pétéchies sur les dalles,

que j’étale du bout du pied. Le corridor

résonne lugubre dans sa solitude nocturne

du vrombissement de la machine… la porte qui grince

c’est comme… ce coup de frein au barrage, un rotor soudain

apoplexique,

la respiration qui se bloque… l’impression

d’un dernier regard mais le visage, déjà

a disparu. J’attends l’onde de choc.

Je ne me souviens

que des fragments de verre. Maelstrom.

Nous ne sommes jamais…

Nous ne sommes jamais rentrés.



#2 Laurence HERAULT

Laurence HERAULT

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  • Une phrase ::Notre monde a besoin de plus de poésie
    Mais si l'on cherche bien, elle se niche partout.
    Il y a des fleurs sauvages au pied des grandes tours
    Et le chant des poètes embellit notre vie.

Posté 20 février 2021 - 11:12

Impressionnant ! 

J'ai aimé vous suivre dans vos errances nocturnes, dans cette bretagne urbaine dont l'atmosphère nous enveloppe et nous amène à ressentir les moindres détails de votre périple.

Le réalisme de votre texte nous plonge dans un univers que l'on n'est pas prêt d'oublier tant il s'empare de tous nos sens dans un tourbillon grisant, troublant et énigmatique...  



#3 Hattie

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Posté 21 février 2021 - 07:10

T'as beau tourner dans tous les sens... t'étais gris !

T'as bien failli finir en cellule !

Jeux de l'être et du néant _

:P



#4 Anwen

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  • Une phrase ::«La route vers l'inconnu est toujours bienvenue»

Posté 21 février 2021 - 08:57

@Laurence, merci à vous. Touché que mes élucubrations ne vous aient pas trop déroutée !

· 

@Hattie, eh oui, c'est ça de sortir après le couvre-feu.



#5 Hattie

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Posté 21 février 2021 - 10:03

Reste plus que les jeux de lettres devant un vers _



#6 Hattie

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Posté 22 février 2021 - 07:56

Je relis, bien sûr, avec énormément de concentration, ce rapport hyperactif.

 

Ce ‘ no futur ‘ impressionnant, au ton juste. Du vivre. Ce manque, du vivre, du vrai,

de la chair, du quotidien, non pas des belles idées, des belles morales ou idéalismes.

 

Puissante dé-monstration. Hémorragies du corps, de l’esprit, du sociétal, exsangue,

en plus d’être fort bien écrit __  C'est excellent. Tu as bien compris que j'ai compris

ce putain de ' couvre-feu '.

 

' les pétéchies ' sont souvent signes à prendre très au sérieux __



#7 Anwen

Anwen

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  • Une phrase ::«La route vers l'inconnu est toujours bienvenue»

Posté 22 février 2021 - 10:42

C'est gentil de revenir par ici...

En revanche je ne me permettrais pas de juger de ta lecture qui t'est propre.

Disons que je m'étais un peu trop plongé dans Perfidia, d'Ellroy, dont l'écriture et les archétypes, en fait, m'agacent terriblement ! Et pourtant... il y a un côté aimant... et une envie de (re)donner de l'épaisseur.

D'un blackout à un couvre-feu...



#8 Hattie

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Posté 22 février 2021 - 10:55

Je n'ai pas lu. Mais du succinct que j'en ai parcouru, il y a bien cette ' descente infernale ', hyperactive, et cette sorte de deal / no deal avec le réel et la violence.

 

' couvre-feu ' me dit ' protection ' et violence à la fois, binôme de la guerre.



#9 Anwen

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Posté 22 février 2021 - 05:34

L'oeuvre se passe effectivement pendant et après l'attaque de Pearl Harbor.



#10 Hattie

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Posté 22 février 2021 - 05:37

On n'écrit pas ça comme ça.



#11 Anwen

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Posté 22 février 2021 - 06:13

C'est ça, le génie!!!!! mdr.



#12 Hattie

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Posté 23 février 2021 - 06:00

J'ai voulu mettre un deuxième ' j'aime ' pour ton ' génie ', mais ' ils ' ne veulent pas _

:P

 

‘ Cheveux sur l’oreiller, encore humide du crachin ‘

Ah bon ? Il y aurait du crachin en Bretagne __

M’en voudras-tu _

:P

 

 

En fait, c’est plutôt la ‘ mémoire géode ‘ qui m'invite à nouveau _

concrétion, constellation, construction, facettes, minéralité...

C’est ‘ ça ‘  _ très concret.