Dans ce triangle de terre
que ne traverse aujourd'hui encore
aucune route,
parcouru seulement par les chasseurs
et les randonneurs, sur le plateau
du Paredous, il y a un lieu secret,
énigmatique, entablement calcaire
à peine incliné et curieusement érodé
par endroits, grande étendue de roche à nue
contrastant avec le matorral épais
qui l'enserre et en interdisait autrefois
l'accès sauf à quelques rares initiés,
un peu sorciers selon la rumeur, clairière
sur laquelle, certaines nuits de pleine lune,
on apercevait, dit-on, des draps d'argent
éblouissants baignés par la lumière de l'astre
nocturne et dont il fallait, sous peine de mort,
détourner le regard : vous l'avez deviné,
c'est l'Etendoir aux Fées, comme
en attestent les cartes du très sérieux IGN
peu suspect de charlatanisme, ni de poésie,
moins encore d'idolâtrie, un de ces pays
où l'on n'arrive jamais, dont le charme
s'évanouirait sans doute si l'on tentait
de s'en approcher, dont l'irréalité même
est garante de son pouvoir et de sa pérennité.
N'écoutez pas les esprits forts qui vous diront
qu'il ne s'agissait là que du reflet des flaques
d'eau laissées dans le creux des rochers
par le dernier orage : ces faux prophètes
seront changés en statues de sel comme,
avant eux, ceux qui n'ont pas cru aux génies,
aux sylvains, aux elfes, et vous les reconnaîtrez,
non loin de là, dressés dans leur gangue de pierre,
immobiles et mornes parmi des chaos rocheux,
en dialogue muet avec le ciel, expiant à jamais
leur incrédulité et leur prosaïsme impie.
Vous saurez désormais, sans les avoir jamais vues,
que les fées n'ont jamais déserté nos contrées,
qu'elles sont toujours là, sur le plateau du Paredous
où, certains soirs de pleine lune, ....





