I
Le poëte s’émeut sous l’azur qui s’étire
Et dévoue au zénith le calme de ses vers
Où parfois sous un rai la nymphe et le satyre
Emmènent le passant au fond de leurs bois verts.
La beauté le réjouit, le mystère l’attire
Et réchauffent son cœur au plus froid des hivers
Quand présentés à lui la mort et le martyre
Promènent son esprit sur leurs thèmes divers.
Il ressent en son sein que leurs haleines givrent
L’impuissance des mots où son âme se livre
Et lève quelques fois au ciel son regard las ;
La société, cherchant l’éternelle harmonie,
Subjuguent quelques uns d’un ordre qui les nie
– Quel motif endurcit ses différents prélats ?
II
« Ô Poëte espérant de nouvelles valeurs,
Nous as-tu délivré de ces corps qui se brisent ?
Où veux-tu te bercer de l’implacable brise
Qui chasse des esprits les fébriles lueurs ?
Seule une discipline abrège les malheurs…
La vie est pourtant simple alors qu’elle est comprise :
Des évidents succès que l’individu prise,
Lesquels ont perduré sans utiles douleurs ?
Le destin est abrupt, qui ne l’a voulu digne ?
Entre vie et bonheur, ne se trace une ligne
D’idéaux inféconds qui mine le rétif ?
Quand même un monde meurt, à Memphis comme à Rome,
N’est-ce pas qu’en son cœur un mal a rongé l’homme ? »
Le poëte s’en va, face au flegme, pensif.
Je livre ce texte au lecteur, écrit il doit y avoir 3 ans. D'une belle forme, le fond m'a questionné...
Leconte de Lisle écrivait : "les prescriptions hygiéniques et thérapeutiques à l’usage de cette multitude malade sont du ressort de l’enseignement religieux. L’art n’a pas mission de changer en or fin le plomb vil des âmes inférieures, de même que toutes les vertus imaginables sont impuissantes à mettre en relief le côté pittoresque, idéal et réel, mystérieux et saisissant des choses extérieures, de la grandeur et de la misère humaines.".
En ce sens, mon écrit me semble hors propos, puisqu'il aborde une vague morale, de façon un peu grossière...
L'auteur continue : "L’art est donc l’unique révélateur du beau, et il le révèle uniquement. Par suite, le royaume du beau n’ayant d’autres limites que celles qui lui sont assignées par l’étendue même de la vision poétique, que celle-ci pénètre dans les sereines régions du bien ou descende dans les abîmes du mal, elle est toujours vraie et légitime, exprimant pour tous ce que chacun n’est apte à connaître que par elle, et ne montrant rien à qui ne sait point voir. Aussi est-ce une démence inexprimable que de vouloir obstinément transformer les libres créations du génie individuel en une plate série de lieux communs, de maximes, de sentences, de préceptes, ou pis encore, de descriptions enthousiastes de mécaniques. Cette ardeur indécente et ridicule de prosélytisme moral [...] sont des signes flagrants que le sens du beau, si profondément altéré déjà, tend à disparaître absolument."
L'art, traditionnel, en ce sens semble purement hermétique (sic.), saisissant ou non le lecteur par sa description, dessinant les contours d'un divin, "surhommes", parfois et souvent beaucoup plus discrètement, "daimons" ou simple création, sans entrer dans le domaine d'une analyse explicite et laissant celle-ci à la liberté de chacun... Face à une telle sévérité du fond, ce poème apparait donc mauvais - bien que la rime en soit, je le crois, très correcte...
L'art contemporain, plus abstrait, semble avoir conclu que le divin, quel qu'il soit, n'avait rien à offrir si tant est qu'il soit, et qu'il n'y avait donc plus que l'émotion de tangible...
Bref, après cette maigre réflexion, peut-être que les mots auront quand même un peu diverti ://





