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Laurent Chaineux

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Hors-ligne Dernière activité : sept. 17 2012 11:10

Publications sur Toute La Poésie

C'est arrivé doucement

23 mai 2012 - 08:27

C'est arrivé doucement
une approche
un froissement de tissus
dans la bande son
un point de colle
sur l'image
et puis le sentiment confus
que ça cloche
un contre-chant
un contretemps.
J'avais trois ans peut être,
la pellicule qui s'effiloche
le film qui saute
et moi qui me dédouble
dans la déchirure
et tombe.

L'escalier sombre
la poussière grise
sur les marches noires
les marches noires
la poussière grise
la toile d'araignée
comme une voile
dans l'escalier
attendant le vent
comme j'attends...

C'est arrivé doucement
un froissement de tissus
un frémissement d'idée
une ombre dans le miroir
que j'ai suivie
et le film a repris

Du fond de mon miroir
je regarde l'écran
et j'y fais bonne figure
je leur donne l'illusion
je fais semblant
de suivre la mesure

Loran(11/01/12)

Encre violette

05 mars 2012 - 07:31

Un poème s'est noyé sous le pont des soupirs
Dans l'eau scintillante d'une nuit vénitienne.
Du papier florentin gonflé de souvenirs
Les mots effacés pleurent l'encre phénicienne.
Un poème s'est noyé pour des mots fredonnés,
Un poète s'est noyé pour des mots périmés
Dans l'âme en doline d'une amante obstinée
revenant d'Argentine qui n'osait plus l'aimer.
Sur le pont des soupirs les pierres se gondolent
Aux versions sibyllines de l'histoire folle
d'un amour immortel qu'on voudrait voir finir
et d'un coeur qui s'enfuit qu'on aimerait retenir.

Loran (le 24/11/2010)

Etrange fleur

06 juin 2011 - 10:51

Etrange fleur (à propos d'honneur)

Là où les hommes s'agglutinent
Là où ils s'organisent
se tyranisent
se désobligent
autour de leurs mines
de leurs églises
de leur bêtise
qu'ils érigent
en monuments pâles
en arches triomphales
jusqu'autour de leurs villes
de leurs bidonvilles,
Là où ils vivent
Là où ils meurent
pousse une étrange fleur
qu'ils cultivent.
Une fleur qui fait ses lois
ses prix ses crimes et ses croix
ses places ses cours ses escaliers
ses légions, ses déclarations
ses demoiselles et ses garçons
ses tables et présidents
ses affaires et engagements
Une fleur qui fait son vin
dont ils se piquent
en vain
une fleur épique
qui préfère les fronts aux coeurs
une fleur qui pue
une fleur
qui tue...

Loran

Ecorchure

03 juin 2011 - 05:52

Un silence à tout rompre envahissait les jours,
Ou bien était-ce le tumulte de l'ennui
Assourdissant la chambre blanche horizontale ?
Le temps s'était figé, privé d'heures et de nuits
Sous un plafond mité, blafard, imaginal
Où je traçais des yeux d'improbables contours.
Jeanne avait déposé sur la table des fleurs,
Un glaïeul méprisant dans un bouquet d'iris.
Mais j'ignore qui est Jeanne, ou bien était-ce Blanche ?
Du bout des cils j'allongeais mes pâles esquisses,
Le galbe d'un sein ou la courbe d'une hanche,
Des corps enchevêtrés, des creux et des rondeurs,
Puis le plafond céda, comme une déchirure
Silencieuse et sournoise, d'une totale impudeur.
Alors une larme coula puis les corps churent.



Loran

Jeanne

03 juin 2011 - 05:24

Au pied de la lettre inutile, des mots semelles
Et des phrases mises en tropes ivres de voyelles,
Vers le point culminant où flotte mon drapeau,
Cheminent aux jardins de ma mémoire d'émaux.
Dans un rire en cascade elle m'offrit un blanc-seing
Puis se coucha fraiche et presque nue, envoutante
Au creux du lit de pierres où sa source ruisselle.
J'ai plongé mes doigts dans l'onde frémissante
Et ma bouche cueillit une langue nouvelle
Ses mots comme du miel se mélangeant aux miens.
Mélange étincelant en quête d'absolu,
Vers le ciel étendit ses ailes et disparut...
Au pied de la lettre inutile, des mots se trainent
Et mes phrases au jardin attendent qu'elle revienne.



Loran