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Totale extinction

Posté par Emrys, 18 septembre 2008 · 1 396 visite(s)

Carmen VI: Ruptures musicales
Sut-elle, lorsqu'elle se pencha vers lui pour effleurer du regard son souffle encore invisible, qu'il animerait son corps noir aux clés de métal et que son âme irait se dissoudre dans l'alme mélancolie des premiers accords ?

Apertement, devant lui, elle vibra comme une enfant transie.

Sans tarder, elle répondit aux moindres frissons de son corps, à l'extrême émotion blanche de ses mains semblables à celles d'inhumaines choéphores.

Elle ferma les yeux pour désormais ne plus les ouvrir et oublia tout de sa partition.

Rien n'augura la sublime disparition de sa mémoire, ni les amènes sourires des liminaires, ni la 'sicilienne' chantée lorsqu'il était entre ses bras, qui prématurément se confia à son cœur.

Pourtant, ses premiers gestes, amples et lents, mesuraient déjà l'asymétrie cantabile de ces notes annonciatrices de son imblocation imminente.

Quand les premiers mots tristes perlèrent entre ses lèvres pâles, elle comprit qu'il serait l'Unique, l'Ultime, l'Aimé. Elle semblait lui murmurer: « Jamais personne ne te glorifiera comme je le fais par un tel amour. »

Elle entendit à peine dans sa cantilène les accents sombres de son 'Daïmon' qu'elle avait convoqué. En chrysalide offerte, elle en épela le chant, le développa encore en phrases charnelles et belles, l'écartela en octaves audacieuses puis le marqua de sa différAnce, voix claire et organe souple, face à l'irrégularité de son rythme sacré.

Elle se donna enfin…

Se livra impudique à l'écho nuancé que lui lancèrent les 'trois voix' que nul n'entendit vraiment.

Lasse, amante résignée, elle se laissa pénétrer par une coda presque léthale, lui arracha des plaintes humaines et souffrantes.

La suite fut une brève agonie qu'elle vécut en amoureuse, ponctuée par le pizzicato des cordes qui la délivrèrent à jamais de ses tourments.

Face aux portes de son enfer où régnait la passion dont elle feignit d'en ignorer l'intercurrence, elle ne se débattit plus, ne regretta pas de lui avoir livré toute sa vie son âme. Elle avait maintes fois imaginé cet instant où il se retirerait d'elle, la laissant pour morte.

Elle se leva, son beau visage creusé par l'étreinte de son amant, se vida de son sang, salua sans la voir l'assemblée de fidèles médusés, pour s'évanouir vainqueur, vaincue, dans l'embrasure aride du rideau rouge.

C'en était fini d'Elle et de son amant noir métal. Elle irait se réfugier dans l'Absence. L'ichor divin ne nourrirait plus son inspiration.

Qu'allait-elle devenir. Sans doute une ombre d'elle qu'encore nous croiserions sans même la voir.

La gloire de son art l'avait consumée.

Ce concert fut sa dernière lumière avant la totale extinction.



[septembre 2007]
http://fr.youtube.co...h?v=5ZRbko3UsnQ



Et je ne sais, pourquoi, -une autre fois-, ce magnifique écrit me souvient d'"Evelyne" de James Joyce...

Sa force, son intensité, sa beauté peut-être,

et toute la conviction d'un subtil

et très grand poète!!!

hasia

 

She stood up in a sudden impulse of terror. Escape
She must escape! Frank would save her. He would give her life, perhaps love, too. But she wanted to live. Why should she be unhappy?
She had a right to happiness. Frank would take her in his arms, fold her in his arms. He would save her.

Sourire. Je n'ai pu résister au plaisir d'en citer un extrait...

 

Merci encore Hasia.

Je découvre votre réponse, accompagnée de ce petit et merveilleux extrait de la nouvelle...

Je Vous en remercie... j'adore James Joyce. Sa finesse,sa sensitivité, ses aprocches des

personnages...Une oeuvre, tout en scintillements et petits éclats...telle une vie -écrite-. 

Belle journée

hasia

Pardon chère Hasia

pour cette réponse tardive

je viens de plus en plus rarement sur toutelapoesie

 

une lassitude des mots peut-être...

 

Bien à vous

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