
L'heure-embrasee-1897-Theo-Van-Rysselberghe
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Les Baigneuses
Elles pétillent nues et fines
En vague et flot au grand rivage ;
Elles devisent en badinages,
Les baigneuses aux chairs marines…
Le temps chauffe un air radieux
Et leurs présences se dessinent
Éther et beauté assassines
Qui s’élèvent vers les Dieux….
Il me faut tout de leurs salés,
Roulés ambrés aux sables fins ;
Il me faut tout de leurs sereins,
Auréolés de mer noyée.
C’est d’un sang si d’encre fragile
Que je caresse tous leurs seins
C’est d’une plume qui surfile
Que je soigne leur corps divins.
Il me faudrait leur grand regard,
Étrangement couleur des anges
Qui, voyageant sans plus de langes,
Vont au solaire du chant de l’Art.
Ainsi siffle tous mes poumons
Vers leur ventre, des passerelles
Pour brûler tout, au plus prés d’elles
Passions, frissons et évasions.
Et parmi elles, solitaire,
Leur lumière léchant mon jour,
Je me sens chair de cet amour,
Qui enlace l’âme au mystère ;
Pourrait-il qu’un temps d’or revienne
Rendre les nus en mes pensées ?
Serait-il que chairs arrosées
Fassent ferveur si diluvienne… ?





