Voir Venise et mourir.
Quand déjà le malheur s'abat et fait sa danse sur le flot,
que la pupille gustative perd le sens de la vie dans un brouillard de lagune,
par-delà l'horizon visible dont l'une des muses se passe,
allant au plus loin sans tracer de perspectives dans la profondeur,
sans fonder un sol sinon sur la seule clé n'ayant pas de pêne,
musique et peinture cisaillent et isolent.
Et pourtant la tristesse s'éternise dans la couleur,
non pas d'une voix qui serait trop vouloir encore trouver la voie de la vie,
mais d'une touche à la Turner qui prend un tourbillon et le noie à la façon dont Proust a traduit une toile de son Elstir,
matière et dessin, manière et destin,
vision qu'un Bergotte perd et lèse soudainement à la vue d'un mur obsédant,
à reverdir le lierre - "valse et langoureux vertige" -,
sur lequel vient battre Vermeer par le canal de l'oeil dans Delft que sa féerie irise d'une heure étirée éternelle pour les nerfs
(l'oeil de la fille voit sa perle logée à l'oreille et ce portrait idéal d'une rose arrache le vers de Malherbe :
l'art n'est plus à cela près.
La tige de rhétorique s'éteint,
mais elle a été d'un long instant la continuité immobile du seul homme s'étant ingénié à ce que perle une larme d'un rien ou de la lumière,
Dieu effacé sur l'âpre lit de la feuille après la pluie).
L'art investit d'un vestige toute musique que sa haute voltige éparpille sitôt diluée la note de présent de ses ficelles.





