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L'O et moi


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28 réponses à ce sujet

#1 Alfred

Alfred

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Posté 03 juin 2018 - 03:08

Une histoire a bien des membres, pour que le lecteur puisse mesurer ses extrémités. L’O passe par la porte. C’est un homme de taille importante. Souvent, l’O est éveillé lorsque je dors, et dors lorsque je suis éveillé. Dans ces cas là, il s’assoit sur mon fauteuil lorsque je dors dans mon lit et inversement. Éveillés, nous aimons regarder nos mains, puis celui qui dort. Nous dormons dans un lit qui n’est pas autre chose qu’une baignoire remplie d’eau tiède. Il arrive aussi que l’O tente de me noyer, mais il me dit que c’est simplement par jeu. Il pourrait parfaitement prendre ma place, tout comme je pourrais prendre la sienne. Je peux parfaitement passer par la porte. Et puis comme nous buvons tous les deux beaucoup, quand il tente de me noyer il fait trébucher toutes les bouteilles et je le vois venir. Ce que j’ai appris est que lorsqu’on s’attend à une histoire, on examine ses membres. Peut-être d’abord les chevilles, puis les jambes, puis le sexe, puis le ventre etc. jusqu’au prix Nobel, qui est une tradition familiale. Comme le besoin de parler, autrement dit de faire des phrases, ou de reposer dans un bain tiède. Personne ne sait lire dans ma famille, moi non plus. Cela ne nous a pas empêché d’obtenir le prix Nobel plusieurs fois, comme d’être primés lors de grand festivals. Je ne sais ni lire ni écrire. Je sais m’arrêter et me maudire lorsque je sens que je vais faire une phrase. Il m’arrive de me coucher et de regarder par la fenêtre, alors que je devrais regarder par la porte. Il m’arrive de geindre lorsque que quelque chose me manque, ce qui me fait souffrir des membres. Ou c’est l’humidité du bain, qui pourrait me donner des rhumatismes. Ou les coups de pieds des membres de l’histoire. Peut-être que l’histoire est une troisième personne. Dans ce cas précis elle dormirait attachée au plafond comme une araignée. Lorsque je sors de chez moi, d’abord je sors de mon bain. Il m’arrive de m’habiller ou de sortir nu, comme il m’arrive de dormir habillé dans mon bain. L’O est toujours habillé de mes vêtements, qu’ils soient humides ou secs. Il gagne pourtant bien mieux sa vie que moi et en riant il me dit que c’est pour qu’on le prenne pour moi lorsqu’il m’aura noyé. Si il gagne si bien sa vie c’est que je lui donne l’argent que j’ai gagné au prix Nobel et aux festivals. Il dit qu’il le garde pour moi, mais il fait souvent la bringue lorsqu’il passe par la porte. La porte est une extrémité de l’histoire, tout comme tout ce qu’il y a derrière la porte. Quand il rentre de bringue, l’O amène parfois des femmes. Il me montre du doigt aux femmes, en leur disant que j’ai gagné le prix Nobel. Elles rient souvent car je suis gros, timide et laid, et lui est plutôt beau garçon. Après avoir fait l’amour, avec son extrémité de l’histoire dans l’extrémité de l’histoire de la femme, il les noie dans le bain alors même que j’y suis, et il dit que je suis plein de noirceur. Puis nous buvons ensemble et il pleure. Alors je me mets à dormir, il me regarde, regarde ses mains, et puis tente de me noyer moi aussi. Je me suis habitué à ce quotidien, mais pas à la douleur de mes membres qui me tirent lorsque que quelque chose me manque, je crois. Les journalistes m’appellent souvent pour parler de mon prix Nobel ou de mes prix aux festivals. Lorsque je suis au téléphone ou que je réponds aux mails, l’O dans mes habits, assis sur le fauteuil, me regarde en rongeant ses ongles d’un air envieux, avant de poser ses mains sous ses cuisses et de se balancer sur le fauteuil. Puis il s’endort, parce que c’est son tour, ou il passe la porte en disant qu’il va boire un café, ou ment effrontément en disant qu’il va au travail, car ce n’est pas une extrémité de l’histoire. Parfois, il revient les bras chargés de courses en me disant que c’est pour nous deux. Ce sont surtout des bouteilles d’alcool, et des chips, qu’on mange en les trempant d’abord dans le bain. Il est parfois revenu avec des chiens et des chats, qu’il a du forcément voler, et qu’il noie méthodiquement, cette fois non pas dans le bain, mais dans le lavabo. Quant à moi, je ne reviens jamais chez moi, je ne passe jamais la porte, avec quelque chose. Mes membres me tirent trop pour porter quelque chose de lourd, quelque chose qui soit plus lourd que les extrémités. Quand c’est mon tour d’être assis sur le fauteuil, de me regarder les mains puis de regarder l’O dormir dans le bain d’eau tiède, je déploie bien les membres, ils paraissent alors tout mous, comme en caoutchouc. Mais mes mains restent solides et avec elles je bois et parfois je les entends geindre et je geins avec elles, par communication. Affalé, je regarde alors le plafond, où doit se trouver l’histoire. Si elle n’est pas étendue sur tout le plafond, c’est qu’elle doit être dans un des coins entre le plafond et le mur comme une araignée. Et puis je regarde l’O dormir dans le bain d’eau tiède et je trouve curieux que, contrairement à ses habitudes, il n’a toujours pas tenté de la noyer. Peut-être qu’il ne s’aperçoit même pas qu’elle pourrait être là. Ou qu’après tout elle n’est pas du tout là. Après tout, l’O, qu’il passe la porte ou non, a toujours été un fin observateur, en particulier des poids dans les rivières ou dans les fleuves. Affectueusement, je pensais n’avoir jamais connu homme ayant un tel amour de la vue que peuvent procurer les ponts. Pris par l’alcool, j’étais si attendris que je sanglotais même, à la vue de mon ami, qui se souciait tant de moi, dormant habillé dans une baignoire d’eau tiède. Puis je m’endormis à mon tour, presque paisiblement, malgré la douleur de mes extrémités.



#2 M. de Saint-Michel

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Posté 03 juin 2018 - 01:17

Une histoire d'O à l'humour absurde - entre Kafka et Michaux...

#3 Alfred

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Posté 05 juin 2018 - 04:16

Belles références ! Mais je l'ai plutôt écris sous influence beckettienne



#4 Alfred

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Posté 05 juin 2018 - 06:27

Sur la façade blanche d’un immeuble de quatre étages, plusieurs fenêtre se juxtaposent de haut en bas. Chaque étage fait trois mètres. Les fenêtres se juxtaposent de haut en bas, ou de bas en haut. Parfois, on tire un rideau ou on ferme des volets. Cela dans un ordre bien précis, qui est celui de la grimace. Par exemple, la grimace du troisième étage ferme avant celle du premier étage. Mais tout cela n’a de sens que si on se met face aux fenêtres de l’immeuble. Impossible de percevoir les grimaces si on est de biais ou bien totalement, mais cela n’a pas de sens, derrière la façade. Dans ce cas il serait aussi impossible de voir, et de détailler, que les pieds écrasés des fenêtres font la grimace, dans un ordre bien précis. Ainsi, je ne pourrai pas rendre compte, et vous parler de ce manège, puisque c’en est un, si je n’étais pas bien en face de ce qui arrive, et si je n’en étais pas parfaitement conscient. Et si je n’avais pas moi non plus le pied écrasé, je ne me rendrai même pas compte que je fais la grimace. Si je n’avais pas moi aussi le pied écrasé, par une pression légère, je pourrai même croire que je suis fou, alors que je suis parfaitement conscient. Je pourrais croire, par exemple, que l’ordre de tirer les rideaux ou fermer les volets est arbitraire, ce qu’il n’est pas. D’autant plus qu’il serait épuisant de considérer cet ordre arbitraire, et ça, ma santé ne me le permet pas. J’ai par exemple le pied fragile. Les grimaces aussi sont fatigantes, elles tirent les muscles du visage, et elles doivent se suivrent à la perfection. La réussite de la grimace dépend de toute une série de mouvements précis. Elle ne cède pas à l’improvisation. Un éternuement ou le fait de tousser, par exemple, peut invalider toute une série de grimaces. Alors à quoi servirait mon pied écrasé et l’effort de cette pression légère ? A quoi servirait mon étude méticuleuse de l’ordre des rideaux et des volets tirés ? Cela n’a pas de sens, les étages ne feraient pas trois mètres, la façade ne serait pas blanche, on ne tirerait pas les rideaux et les volets. Ils ne feraient pas la grimace sans leurs pieds écrasés et je n’aurais pas une santé si fragile. Je n’aurais pas le pied écrasé, les fenêtres ne se juxtaposeraient pas de haut en bas, peut-être que je penserai autre chose. Mais ce serait autre chose, et je ne serai pas en face de la façade. Je serai en biais, ou derrière la façade, ce qui n’a pas de sens.



#5 M. de Saint-Michel

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Posté 06 juin 2018 - 12:02

J'aime ces explications qui n'expliquent rien!

#6 Alfred

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Posté 16 juillet 2018 - 02:10

Chaque membre de mon corps a son abandon. Il arrive qu’une extrémité de mon corps, ceci arrive lorsqu’elle atteint sa limite, se mette à abandonner mon corps. Mais lorsqu’un de mes pieds se décroche, je le remets aussitôt à sa place. Lorsqu’un de mes yeux tombe et quitte son orbite, qui est le lieu le plus habituel pour un œil, je le remets à sa place. Il arrive que j’oublie un pied ou une main dans la cuisine, ou dans la salle de bain. Cela est encore plus gênant quand ça arrive au restaurant, lorsque j’oublie un membre dans une assiette ou sous une table. Alors il faut chercher le membre en se traînant ou en se roulant par terre en embêtant les autres clients, et il faut s’excuser de se comporter ainsi, car après tout j’ai payé pour un plat, je prends toujours celui du jour, et je n’ai pas payé pour y laisser une extrémité, ni pour déranger les autres clients. Alors le serveur ou le propriétaire me gronde, m’insulte, me jette hors du restaurant en m’empoignant par la manche et me roue de coups, tandis que les clients me filment avec leur téléphone. Ce qui excite encore davantage le propriétaire ou le serveur et ils peuvent me frapper d’autant plus fort, avant d’appeler la police, qui me conduit au poste, où là aussi il peut arriver qu’on continue à me frapper alors que je tente de m’excuser en me protégeant avec les membres valides du moment. Une fois chez moi, honteux, je me mets sur mon lit avec toutes les douleurs qui parcourent partout mon corps. J’écris ensuite les textes qui font mon succès lors de nombreux festivals et attise la curiosité du monde médical, par ma capacité a me démembrer. Ensuite je rampe sur un tapis et je roule longtemps, jusqu’à atteindre un étourdissement qui est comme une ivresse. Je roule, ivre, tout le long de mon appartement, je roule de la cuisine à la salle de bains et je me cogne souvent la tête contre les meubles, si bien qu’elle peut se décrocher de mon cou, et j’ai bien du mal à la remettre alors que je suis calme, elle qui est toute couverte de bosses bleues. Cette tête est si souvent tombé de la fenêtre, ou tombé du haut de mon corps pour rouler sur la route et se faire percuter par des voitures, qu’elle n’a plus vraiment l’apparence ou la forme d’une tête, mais elle reste cependant une extrémité, capable de douleur jusqu’aux cheveux, tout au-dessus de mon corps. Mais elle reste aussi une extrémité qui a grandement contribué à me faire remporter le prix Nobel, qui continue à faire parler d’elle dans les séminaires des communautés scientifiques les plus sérieuses, et qui m’assure des revenus confortables. Probablement qu’un jour elle ne sera plus bonne à rien, même plus à ressentir la douleur, à être incliné intelligemment, ou bien à accomplir des séries de grimaces, comme celle où je met d’abord la main dans la bouche avant d’écarquiller grand les yeux puis de bouger les oreilles en ouvrant grand les narines. Ensuite, je retire la main et je rote très fort. C’est une grimace qui plaît beaucoup à l’O et qui le fait tellement rire qu’il s’écroule par terre et qu’il se roule par terre, ce qui me rend aussi heureux et nous sommes alors deux à rouler par terre, très vite, de la cuisine à la salle de bain. Mais le fait que je ris moi aussi à mon tour le met très vite en colère, et il n’hésite pas à m’insulter avant de prendre la porte, qui est un seuil de l’histoire. Il faut alors que je me méfie toute la nuit, puisque, agacé, il a, sans aucun doute, passé tout le reste de la journée à noyer toute sorte d’animaux ou d’enfants, à me maudire en préparant un mauvais coup.



#7 M. de Saint-Michel

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Posté 16 juillet 2018 - 06:00

Une sorte de délire contrôlé (comme on parle de dérapage contrôlé...)

#8 AURE

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Posté 18 juillet 2018 - 07:53

j'ai grande admiration

pour ce genre de texte

j'en suis incapable



#9 le hamster

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Posté 21 juillet 2018 - 11:05

J'adore aussi, particulièrement le premier texte. Un Horla - joyeux - comme écrit par Michaux...

#10 Alfred

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Posté 08 août 2018 - 08:05

De toutes façons c’est parfois quelque chose que j’ai tout de suite oublié. C’est comme deux rideaux ouverts, quand deux rideaux sont ouverts ou bien quand je mets mes doigts entre les pales du ventilateur. Tout de suite je souffle dessus, comme quand je coince mes doigts dans les tiroirs, pour les faire mollir. Ou quand j’essaie d’avoir le plus chaud possible, ou d’être le plus malade possible. C’est quelque chose que j’oublie tout de suite. Je n’ai plus qu’à ouvrir les rideaux, éteindre le ventilateur, ou ouvrir les tiroirs pour y mettre toutes sortes de choses, quand l’O ne les a pas remplis jusqu’à ras bord. Ou alors je ferme les rideaux, j’allume le ventilateur et alors je ne touche pas du tout aux tiroirs et je ne touche plus à rien. Mais je pourrais retirer les rideaux, éteindre le ventilateur, vider les tiroirs, regarder par la fenêtre pour faire une grimace simple ou une grimace élaborée. C’est quelque chose que j’oublie tout de suite, comme les chèques des grands festivals, que l’O regarde avec tant d’avidité depuis le seuil de son histoire, la chaise où il se trouve, où il se balance, ses mains sous ses fesses. Il regarde ces chèques comme si il regardait un petit chiot, comme si il tentait de le peser des yeux pour savoir quelle pression parfaite appliquer pour le noyer. Après il se lève, il ouvre et referme les tiroirs frénétiquement, allume et éteint le ventilateur une dizaine de fois de suite, et puis il s’en va encore en claquant la porte, en rouvrant la porte et puis en la claquant de nouveau. Je sais bien qu’ensuite l’O dit dans tous les bars de la rue, ces bars où il trouve des filles, que je suis un millionnaire radin et un impuissant. Mais c’est encore quelque chose que je peux oublier. Je peux bien essayer d’avoir le plus chaud possible, d’être le plus malade possible, c’est quelque chose que j’oublie. Et parfois tout de suite, même si je souffle tout de suite sur mes doigts après les avoir coincés, même si ensuite je dors bien, si je dors mes vingt heures dans l’eau tiède, si je suis bien réveillé, si les extrémités ne sont pas trop loin, si mes rhumatismes ne me font pas trop mal. Me souvenir c’est encore quelque chose que je peux faire, mais seulement dans le cas où je me souviens tout de suite et que je n’oublie pas.



#11 Alfred

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Posté 30 octobre 2018 - 06:11

C’est infondé, c’est sans fondement. C’est trop nombreux et invraisemblable. Ce n’est pas ainsi. Vous me dites que mes clés sont au nombre de tant mais c’est faux. Vous vous acharnez à me dire qu’il y en a tant mais c’est impossible qu’il y en ait tant, c’est trop nombreux. Ça ne tient pas debout. Je n’y crois pas. Je ne peux pas vous croire. Arrêtez d’essayer de me convaincre. Cette chambre que j’habite, là dans l’immeuble d’en face, l’ensemble de cette chambre, l’histoire de cette chambre, et cela jusqu’aux extrémités de cette chambre en sont la preuve. Mes douleurs aux extrémités en sont la preuve. Par extension, ces clés, les clés dans ma poche, en sont la preuve, ces clés qui ne sont pas nombreuses ou multipliés, en sont la preuve. Les clés dans ma poche sont des clés non multipliées, ce ne sont pas non plus des clés additionnées ou divisées, des clés en parties ou des clés fractionnées. On me l’a pas interdit, on ne me l’a pas interdit de me souvenir. On ne m’a pas interdit de mettre ma main dans ma poche pour tenir mes clés. On ne peut rien me reprocher, je ne me tiens pas le sexe ou je ne sais quoi. De toute façon je peux parfaitement le détacher pour le mettre autre part. Je sais qu’il n’y a pas une infinité de clés dans ma poche. Je n’en mordrais pas, je pourrai m’en arracher les dents, qui me font déjà mal, que je n’en mordrais pas non plus, et cela pour plusieurs fois. Oui, j’ai des clés dans ma poche, mais c’est un chiffre rond de clés. D’ailleurs elles sont dans ma poche, et vous n’êtes pas dans ma poche n’est-ce-pas ? Comment pouvez vous dire combien de clés j’ai dans ma poche ? Vous n’avez pas la main dans ma poche. Et même si vous aviez votre main dans ma poche, ce dont je doute mais qui est possible, comment pouvez-vous compter autant de clés ? Et même si vous êtes capable d’en arriver à ce nombre, ce dont je doute encore, mais ce qui est possible encore, qu’est ce que vous avez à me reprocher ? Je ne vous mens pas, j’ai tel nombre de clés dans ma poche et ce n’est pas une infinité de clés, je ne sais quel chiffre absurde. Écoutez, je crois que j’habite dans la chambre, dans les extrémités de la chambre, de cet immeuble en face, si c’est bien un immeuble. Vous pouvez vérifier, je ne sais pas, mais je pense qu’on se souvient de moi. Je crois que j’habite avec l’O et je crois que je n’ai pas besoin d’un tel nombre de clés. Ce serait invraisemblable. Je ne souffrirai pas autant, et puis je crois que mes poches ne pourraient pas contenir ce nombre de clés, elles s’écrouleraient sous le poids et moi avec. Je ne pense pas qu’il y ait autant de portes ou de tiroirs chez moi. Je crois qu’il y a bien des portes et des tiroirs chez moi, mais pas autant que ça, à quoi me servirait des clés dont je n’ai pas l’usage ? Je ne suis pas un cambrioleur, un concierge, je ne dois pas nourrir le chat du voisin ou attendre pour lui l’employé du gaz. Enfin, je ne crois pas, j’en serai incapable puisque je n’ai pas ces clés. Elles ne sont pas aussi nombreuses, et puis je ne me promène pas avec les clés des autres, cela me causerait de l’embarras. Cela causerait de l’embarras à tout le monde et on me chasserait de ma chambre, et je crois que je devrais y rouler jusqu’à ses ultimes extrémités, ce qui provoquerait encore des douleurs.



#12 M. de Saint-Michel

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Posté 30 octobre 2018 - 06:54

On attend la clé de l'énigme...

#13 Alfred

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Posté 05 décembre 2018 - 07:33

merci pour votre lecture M. de Saint Michel

 

 

 

Je ne me suis pas sérieusement intéressé à ce problème, si il y en a bien un. En effet, il pourrait y en avoir un, comme il pourrait parfaitement ne pas en avoir un. Le manque de pratique, de temps ou même le manque d’intérêt, puisque après tout, pourquoi bon ? Ou, tout simplement, pourquoi ? Ou, encore, pourquoi pas ? Je peux parfaitement ne pas suivre. Je peux parfaitement ne pas être suivi, même si ce problème semble insistant, particulièrement insistant et dans cette lumière, terriblement insistant. Il s’obstine à quelque chose, comme si moi aussi je pouvais m’obstiner et comprendre que je m’obstine. Il s’obstine dans le temps, on pourrait dire qu’il persiste, il persiste à me suivre. Il persiste à me suivre dans des façons que je ne comprends pas. Il persiste à me suivre de travers, horizontalement, verticalement, dans des escaliers en diagonales qui mènent à des pièces où tout est arrangé à l’envers, où les distances entre les objets, des objets pourtant communs comme un ordinateur, un frigidaire ou une table, où ces distances se décalent aléatoirement, et encore, selon un délai aléatoire. Je retourne la tête, je peux retourner cette extrémité comme je l’entends, je peux la détacher comme on détache une porte hors de ses gonds, qui pourrait être une extrémité de l’histoire, ou comme on soulève un cendrier, et il me suit. Je ne suis pourtant pas sérieusement intéressé par ce problème. Ce problème m’indiffère, mais il pourrait pourtant m’intéresser. Je ne le rends pas indifférent, malgré tout le désintérêt que je lui porte, mais c’est un désintérêt que je peux feindre si je le prends au sérieux, c’est que c’est cela pour à peu près tout. C’est un problème que je peux étouffer comme un petit chien, comme l’O étouffe ce qu’il hait, à savoir le chien en tant qu’espèce et tout ce qui peut s’apparenter au chien en tant qu’espèce, ce problème et bien il persisterait à me suivre. C’est que je n’ai pas forcément le temps, ou la pratique. Je n’en ai pas forcément l’envie. C’est que je ne me souviens pas en avoir eu le temps, la pratique ou l’envie. J’ai pu tourner autour mais j’ai pu être son centre, soigneusement décalé, mais décalé sans étude, selon un délai aléatoire, comme ce que je suis, ce que je crois être ou ce que j’ai pu avoir. Un rythme un peu à l’inverse de celui de l’argent, de ces chèques que je reçois de festivals et pour mon prix Nobel, de ces chèques je reçois à un rythme si régulier que ce rythme m’effraie. Mais ce rythme peut se distinguer, il se distingue même de celui du problème, et cela je pourrais même en être sur. A ce rythme, qui lui permet de me suivre de partout, ce rythme peut me faire penser que je dois tout à ce problème, comme lorsque l’O rentre ivre pour m’insulter et me battre. Il peut me poursuivre dans ces salles inversées reliées par des escaliers multiples, où les tiroirs peuvent tomber des commodes comme de la pluie et peuvent me pincer les doigts ou écraser mes pieds, ou mes mains, ou toutes sortes de mes extrémités, en s’obstinant à me dire que je lui dois tout et à me rendre moi, obstiné à lui dire que je ne lui dois rien. Et cela peut le rendre parfaitement heureux, sourire dans cette lumière terriblement insistante alors que moi je n’ai pas forcément le temps, l’envie ou la pratique.



#14 Hattie

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Posté 06 décembre 2018 - 06:47

Forme autistique et serrée que j'aime beaucoup.

Rarement en lisant je me retrouve autant essoufflée.



#15 Alfred

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Posté 07 décembre 2018 - 12:36

merci pour ta lecture hattie



#16 le hamster

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Posté 09 décembre 2018 - 11:56

Michaux est ressuscité...
en plus dense

#17 Alfred

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Posté 08 janvier 2019 - 07:11

J’ai fait une belle grimace dans cette extrémité de l’histoire. C’est une grimace qui mérite sa propre histoire. C’est vraiment quand je suis dans les toilettes et que la porte est ouverte que je fais d’aussi belles grimaces, de ces grimaces qu’on peut mettre sur des portraits pour les accrocher sur un mur de l’appartement, et pourquoi pas sur le mur des toilettes. Mais il faut vraiment que la porte des toilettes connaisse cet entrebâillement précis, que la petite poubelle des toilettes m’écrase bien cette partie du pied, que j’urine sur cette partie particulière de la cuvette, pour faire une aussi belle grimace. Il faut que la petite poubelle des toilettes soit aussi lourde que d’habitude, il faut qu’elle soit emplie du même nombre de cotons tiges, de mouchoirs usagés et de mégots de cigarettes. Il faut qu’elle me procure ce degré particulier de douleur qui me fait faire cette grimace si réussie. Cet appartement doit me connaître bien davantage que je le connais. Je ne fais que me rouler d’une pièce à l’autre sans savoir vraiment où je suis, parfois même en hurlant, et il doit bien davantage agir sur moi que moi j’agis sur lui. Si je l’étire, c’est plutôt lui qui étire les extrémités de l’histoire, la mémoire de ses pièces, pour circonscrire ce que je crois me souvenir. Et si je crois me réfugier dans les toilettes pour uriner et faire ma belle grimace, c’est lui qui doit entrebâiller la porte suffisamment pour continuer à se souvenir de moi. Il doit être aussi curieux de la fonction que je donne aux toilettes que de l’utilité que je donne à la cuisine. Il est peut-être même humilié de ma façon d’uriner régulièrement en faisant la grimace, si je me souviens bien, dans une extrémité de son histoire. Mais peut-être aussi qu’il est fier de moi de me voir uriner si bien en faisant une si belle grimace, comme si j’étais son gros bébé. Je suis peut-être son gros bébé qu’il déplace d’une pièce à l’autre en bougeant le parquet, en soulevant ou en abaissant les lamelles de bois, ou en déplaçant un meuble, rendant impraticable ce que je pensais praticable. Je crois d’ailleurs me souvenir qu’il m’est parfois impossible de me déplacer en me roulant par terre d’une pièce à l’autre, comme si je luttais contre une force invisible qui m’est largement supérieure. Une force invisible, avec une masse bien supérieure à la mienne, qui me pousse en décidant du sens où je roule. Une force qui me pousse, mais sans violence, juste en me résistant, comme si je butais contre un mur en mouvement. Ainsi, je crois me souvenir qu’en en me roulant vers ce que je croyais la cuisine je me suis retrouvé dans les toilettes. Et en croyant vouloir manger au départ et faire une grimace dans la cuisine je me retrouve à vouloir uriner et faire une grimace dans les toilettes. C’est ce qui fait que je ne me souviens pas avoir uriné dans la cuisine ou avoir mangé dans les toilettes. Peut-être que c’est l’appartement qui ne me le me permet pas et qu’il est libre du sens qu’il donne à ma mémoire, tout heureux d’avoir son gros bébé qui fait sa grimace dans les toilettes, une grimace si belle qu’on peut en faire un portrait pour ensuite l’accrocher sur un mur. C’est comme si le balancement des extrémités de son histoire était comparable aux mouvements d’un berceau, à ce mouvement si particulier d’aller et de retour qui a pour principe, je crois me rappeler, d’encourager le sommeil alors que la volonté se débat. Du moins, il me semble que c’est ce qu’on dit.



#18 Alfred

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Posté 08 janvier 2019 - 07:48

Michaux est ressuscité...
en plus dense

 

Merci du compliment !



#19 Hattie

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Posté 09 janvier 2019 - 07:18

Si vous me permettez la facilité, c'est prendre la chose par les deux bouts !

:)



#20 M. de Saint-Michel

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Posté 09 janvier 2019 - 12:37

Être libre ou pas? Telle est la question.

#21 le hamster

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Posté 11 janvier 2019 - 11:12

Il faut que tu fasses un recueil de tout ça

#22 Alfred

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Posté 16 janvier 2019 - 06:33

Il faut que tu fasses un recueil de tout ça

 

Pourquoi pas ! L'important est d'aller aussi loin que mon énergie me le permet, et que ça reste un exercice amusant.



#23 Alfred

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Posté 28 janvier 2019 - 07:25

Il fait parfois ici un froid si douloureux que je deviens si petit, si comprimé que je dois faire cette autre grimace où je me roule en boule et où je gratte le sol, à la manière de certains insectes ou de petits rongeurs. Il y a ainsi plusieurs trous que j’ai creusé dans mon appartement, des trous très peu profonds et froids qui ne communiquent pas mais où je peux me lover. Je loge alors dans un des trous en claquant des dents dans ma grimace. Je ne sais pas vraiment si c’est l’interaction de l’O, ou la somme des interactions passées et présentes que j’ai pu connaître, qui font que les extrémités de l’histoire se referment sur moi, comme une ombre, en m’enveloppant sans me toucher. Elles ne me touchent pas mais elles communiquent à distance comme une forte sensation de froid, comme si elles me soufflaient dessus une haleine glaciale. Ce qui me fait toujours creuser un peu plus loin, sans pouvoir creuser plus, car cela me ferait tomber chez le voisin, et je ne veux pas d’histoires. J’ai assez à faire comme ça avec les interactions passées et présentes pour en provoquer de nouvelles. Je ne les attends même pas, elles se présentent toujours d’elles-mêmes. Si le voisin sonne, je rentre la tête dans mon trou et c’est toujours l’O qui répond, et il sait se rendre si aimable et persuasif que le voisin s’en va content de son interaction, qui s’ajoute à la somme de ses interactions, dans un compte, ou un décompte dont l’invisibilité fait qu’il en ignore la nature, une nature aussi peu dense qu’un courant d’air froid se projetant comme une ombre. Il y a peut-être dans l’appartement une fenêtre que je ne sais pas ouverte qui provoque ce transport d’air frigorifiant. Il faudrait chercher cette fenêtre dans toutes les extrémités de l’histoire. Si elle a des carreaux ou non, si ce qu’un simple trou dans la poubelle ou si le courant d’air provient du siphon de l’évier. C’est peut-être simplement la porte du frigo qui est ouverte, mais dans ce cas il faudrait savoir si j’ai un frigo ou non, ce dont je ne me souviens pas, et il faudrait savoir ensuite si il est en état d’interagir ou non. Il est supposément dans la cuisine, mais cela je ne peux pas en être certain, je ne sais pas où ont pu le mener l’ensemble de ses interactions passées et présentes, ni même si il en est la somme, ni même si il en est l’objet, je ne peux que faire la grimace en claquant des dents.



#24 Hattie

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Posté 29 janvier 2019 - 05:33

Tout ça se tient plutôt bien dans le fond.



#25 Alfred

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Posté 29 janvier 2019 - 09:38

Tout ça se tient plutôt bien dans le fond.

 

Cette phrase ferait un bon début de texte !



#26 Hattie

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Posté 29 janvier 2019 - 11:47

Je vous la donne.

#27 Alfred

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Posté 11 février 2019 - 05:42

Si seulement mes yeux pouvaient s’illuminer un peu. Si mon geste était assez ample, ma conscience assez éclairé, si ma grimace ne faisait pas fuir l’ensemble de mon visage hors de son socle. Je saurais peut-être si je donne autant que je prends à toutes les formes de mon rêve. Si il pouvait me faire un peu confiance, je décrocherai une de mes mains pour lui donner, et je le ferai de bon cœur, sans calcul. Si je pouvais finalement m’expliquer sans que le plafond me tombe dessus, que les murs se referment, que je dégringole de l’escalier et que l’ensemble des fantômes de tous les couloirs de mon rêve applaudissent, alors peut-être que je saurai ce que je prends sans donner en retour. Je saurai être capable de rendre ce que je dois et de partager ce que j’ai. Si seulement je pouvais surprendre le regard de cette personne que je suis, que je ne vois que de dos, au pas toujours aussi constant que le mien, mais au dos un peu plus voûté que le mien, aux cheveux un peu plus gris, à l’allure un peu plus inquiète. Lorsque je veux lui crier quelque chose l’ensemble de mes mots coulent de ma bouche à mon menton, comme un filet de salive, et je m’essuie avec la manche de ma chemise. Je le suis rentrer chez lui, prendre le courrier, embrasser sa femme et ses enfants, s’asseoir dîner et je suis toujours à la même distance, dos à lui. Alors je sors de son appartement en refermant doucement la porte et je rentre chez moi avec la sensation d’être suivi et terrifié de me retourner. Je rentre sans avoir compris quelque chose de plus, plus mystérieux encore à moi-même, encore moins intime avec moi-même, plus troublé encore de ce que je dois et de ce que j’ai pris. Je rentre et la place des choses est devenue si incertaine, leur bruit si étouffé que je doute même de leur existence, ou si je ne suis pas comme mort pour eux. Je dois faire une grimace si forte qu’elle tombe au sol comme un masque moulé à la forme de mon visage, comme la forme plastique d’un rêve. Je ne sais pas à qui je le dois, quelle somme je lui dois, à quelle date je dois lui rendre et combien encore de trajets m’attendent avant de rejoindre l’extrémité de l’histoire. Si seulement j’étais un peu plus conscient des distances, des objets qui me font sans cesse trébucher ou hésiter, des limites de mes grimaces, je serai le premier à m’excuser et à rendre ce que je dois. Je décrocherai une de mes mains pour prouver ma bonne foi, pour m’asseoir à sa table et compter avec lui les sommes que je lui dois, au centime près. Je serai prêt à payer ce que je lui ai pris de sa propre monnaie, si seulement je savais.



#28 Hattie

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Posté 11 février 2019 - 05:53

Vous vous rendez compte le nombre de mots qu'il faut pour tenter de définir ne serait-ce qu'une émotion...

 

Vis-sans-fin __



#29 Alfred

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Posté 11 février 2019 - 05:56

Oui ! Il faut circonscrire l'infini.