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Gabriel Monfort

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Hors-ligne Dernière activité : août 05 2022 08:34

Publications sur Toute La Poésie

Tu blanchis mes aubes

24 février 2022 - 09:33

Tu blanchis mes aubes
Tu noircis mes rêves
D'oiseaux blessés

Tu langes le vent
Tu venges le sang
De soupirs de chamade

Tu es bleue, tu es verte
Émeraude de pure perte
A boire les ciguës

Tu es couleur
Tu es bonheur
D'un océan égaré

Mais toujours
Mais encore
La serre qui griffe

Le regard de l'enfant
Inquiet d'épaule
Égaré de Bengale

Mais pourquoi 
Mais comment 
Tournent les feux d'artifices ?

Un goût de guimauve
De barba papa
Sur le manège de chevaux de bois

Tu seras demain
Tu seras toujours
Mes quatre coins du monde

Tu seras le certain
Tu seras le recours
Astrolabe de ma route de soie

La chair de jambe
les gouttes opiacées
Virgulent mon horizon

Soleil, tu seras premier
Lune, tu seras dernière
A bercer mes révolutions


***
 
 

Les lendemains qui saignent

15 décembre 2021 - 12:00

Quand j'ai creusé le cuir et le nylon

Au carrefour des orphéons

Quand j'ai brisé l'angle obtus

De l'équerre de chair

 

Quand j'ai tanné la peau de tambour

Aux chamades cannelles

Quand j'ai strié ton noir luisant

De feu et de sang

 

Alors est venu le souffle

Celui des oiseaux étangs

Alors s'est donné le monde

Celui de l'outragée qui reprend

 

Alors j'ai banni le remords des sucs

Celui des viandes blanches au caramel de fiel

Alors j'ai imploré l'outrance faite au ciel

Celui de tes yeux pers, verts

 

Tu es ce que donne le temps, espérance de l'oblat

Tu es cet océan, infini de montagnes

Tu es ce blanc qui ombre les divans

Tu es ce qui est et m'adviendra

 

Aux lendemains qui saignent

Pourquoi, arc-bouté d'obscur

Ai je vendu la proie pour l'ombre

Et bradé l'alcool des envols de nuées ?

 

Ta colère soleil frappe ma poitrine

Tes baisers font l'orgeat des jours perdus

Quand je creuse le cuir et le nylon

Et que se brise notre obstination

Ainsi soit il

11 décembre 2021 - 12:39

J’ai brisé le sablier du temps
Égaré ma seconde d’éternité
Il me faudra bien une autre perpétuité
A courir les plaines désertes
Pour la chercher
Ainsi soit il.

J’ai perdu le nord
La tête, le cœur et le ponant
J’ai perdu encore
Plus que ton corps
Tout mon occident
Ainsi soit il.

Je chercherai dans l’eau vive des tombeaux
Dans les pierres froides des ruisseaux
Dans le glacis des errances
le souffle de tes derniers mots
La chaleur de tes derniers flots
Ainsi soit il .

Tu es dans les regards d’enfants
Tu es dans le rire des moineaux
Tu es dans la main qui se tend
Tu es dans mon crédo
Confíteor Deo omnipoténti
Ainsi soit il.


Tu n’auras jamais le silence de Dieu
Tu ne sera jamais ni le corps ni le sang
Donné à la multitude
Parce que je demeure sans rémission
De mes péchés
Ainsi soit il.


Mes larmes sont tes vitraux
Mon cri ta voûte
Mon corps ta nef
Mes ongles griffent l’amertume du regret
Quand les bras m’en tombent
Ainsi soit il.

Demain sera cathédrale
Lundi, mardi, mercredi jeudi vendredi mes dimanches
Samedi me dira où repose ton jouir
J’en ferai le gisant de porphyre
En criant : Dieu est mort !
Ainsi soit il.


Jadis couche avec déjà
Adieu baise avec reviens
Je fais du temps une partouze
Où bons apôtres ils sont douze
A faire ripaille des tripailles de mon dégoût
Ainsi soit il.


Sculptés dans la pierre de Jaumont
Un ange au regard cave, une gargouille à la langue qui pend
Gravés dans la fuite des ans
Princesse des deux lunes et son voyou gitan
Ils parcheminent  leur vélin de sang
Ainsi soit il.


Quand tout sera poussière
Et mémoire détissée
L’arpège de nos bières
De lierre et de lys blancs
Sera la rivière où viendront rêver tous les amants

Amen.

 

Je n’ai pas aimé ma solitude chienne

06 décembre 2021 - 08:58

Je n’ai pas aimé ma solitude chienne

Quand elle est venue lécher mes plaies

Avec sa langue froide de métal

.

Je n’ai pas aimé ce que je suis

A courir l’entre-deux

Comme un cheval qui saigne

.

Je n’ai pas aimé ma vie

Et ses derniers feux

D’un oiseau phénix qui ne renaît plus

.

Je n’ai aimé que toi

Phosphore radieux

Oiseau paradis

.

Je n’ai aimé que ça

Ta chair en ma chair

Luciole arrachée à la nuit

.

Je n’ai aimé que là

Où tu as posé tes caresses

Papillon dévorant

.

Je n’aimerai plus rien

Que le temps que tu m’as donné

Tortue d’émeraude écaillée

.

Je n’aimerai pas d’autres

Serments que les tiens

Sirène et lamantin

.

Je n’aimerai pas que

Mes cendres se dispersent ailleurs

Que dans la conque de tes reins

 

Si el tiempo no lo impide

03 décembre 2021 - 12:49

Les arènes sévillanes, au soleil si sanglant
la foule castillane, au vermeil si troublant
le sable crisse et ploie sous le poids de mes ans,
ans si brefs, sans griefs, je viens m’offrir, trottant

 

J’hume l’air, chaud de cris, d’écume je transpire
je respire déjà le métal qui au pire
abrègera longtemps mes poussières d’empire
c’est de la musique et des chants qu’il tire l’ire
l’éclat picador des banderilles vampires

 

Arène séguedille en rouge véronique
il neige des mouchoirs, blancs ourlés de tragique
le sang chaud coule de mon échine taurique
je mugis, je frémis, je charge si héroïque

 

Le pantin de lumière dans son pauvre habit
m’esquive en riant de sa cape de bandit
J’ai mal, si mal que j’en ris

Pourquoi l’arène tourne t elle ainsi?

 

Je galope dans les eaux du Guadalquivir
l’écume rafraîchit mon poitrail
l’ombre des oliviers pétrit le soleil
le vert des pâturages encense l’orage

 

Dieu, que les nuages sont beaux
à mourir de pluie
et que cette Io est lumineuse…

 

Je la voudrais…

 

La couvrir

Percer ses flancs
assurer ma descendance

voir mon sang ivre
par delà mes années

Mais l’orage gronde
les éclairs
de métal
zèbrent
et me sabrent…

 

J’en ai vu un
me … plonger
dans la gorge
sous les … cris

Que je n’entends presque plus……..

 

Est ce mon sang qui bouillonne?
Quand je ploie sous les ans
suis-je si vieux déjà?

Ai je perdu mon temps?

Le ciel
me blesse

Io…

 

Ma génisse…

 

J’en gémis…

je vois
des moulins
à vent
leurs ailes
dévoilent
la porte
d’azur

 

J’ai
peur
à
présent

 

J’ai

soif

 

 

Le vieux cheval fatigué traîne la carcasse,
Qui dans l’arène creuse un sillon, une trace
Et de son mufle éteint pend une langue rose
Constellée de grains de sable d’un convoi morose

 

 
 
 
 
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