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Gabriel Monfort

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Hors-ligne Dernière activité : août 05 2022 08:34

#394984 Tu blanchis mes aubes

Posté par Gabriel Monfort - 24 février 2022 - 09:33

Tu blanchis mes aubes
Tu noircis mes rêves
D'oiseaux blessés

Tu langes le vent
Tu venges le sang
De soupirs de chamade

Tu es bleue, tu es verte
Émeraude de pure perte
A boire les ciguës

Tu es couleur
Tu es bonheur
D'un océan égaré

Mais toujours
Mais encore
La serre qui griffe

Le regard de l'enfant
Inquiet d'épaule
Égaré de Bengale

Mais pourquoi 
Mais comment 
Tournent les feux d'artifices ?

Un goût de guimauve
De barba papa
Sur le manège de chevaux de bois

Tu seras demain
Tu seras toujours
Mes quatre coins du monde

Tu seras le certain
Tu seras le recours
Astrolabe de ma route de soie

La chair de jambe
les gouttes opiacées
Virgulent mon horizon

Soleil, tu seras premier
Lune, tu seras dernière
A bercer mes révolutions


***
 
 



#394983 Signal

Posté par Gabriel Monfort - 24 février 2022 - 09:29

Quand l'étrangeté se pare d'élégance le poème prend la familiarité d'un rêve.




#394271 Les lendemains qui saignent

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:51

Un verbe âpre qui vrille l'âme en pleine chair...

 

L'âpreté devrait être en poésie une vertu cardinale, le couteau qui désosse le réel pour atteindre le substantifique...

« tu es ce qui est et qui m'adviendra»...
Paroles d'amour éternelles et sacrées du don de soi.

Merci Patricia d'avoir décelé la citation biblique, en clin d'oeil d'absolu ^^...

 

Très beau texte sensuel d'une grande pureté poétique

et ce puissant quatrain est magnifique :

 

Tu es ce que donne le temps, espérance de l'oblat

Tu es cet océan, infini de montagnes

Tu es ce blanc qui ombre les divans

Tu es ce qui est et m'adviendra ...

Merci Diane pour ton attachement à suivre mes pas dans ce travail alchimique où trouver son propre langage est mon obligation au sens d' un engagement monastique.




#394270 La nausée

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:42

Je te dirai
combien d’âmes grises
combien de porte monnaie
combien de pavés
de vitrines livides
vont-ils user

à remplir leur panse
de plaisir

sans jamais comprendre
le prix du désir
inassouvi

 

Je te dirai
combien d’armes grises
combien de porte-flingues
assassinent d’ennui
en embuscade

aux carrefours de la vie
un regard d’enfant
un sourire transi

un rêve qui vagabonde
un oiseau qui s’enfuit
effrayé

 

Je te dirai
combien mon âme est grise
combien en portefaix
accablant mes épaules

 

le poids des faits
le poids des rôles
le poids défait

de mes ans qui pèsent
de ce que j’ en fais

de mes ans qui passent
et de leurs effets

 

Je te dirai
combien mon âme se grise
combien en porte-bagage

combien en porte-clef
tu ouvres mes valises

tu défaits mes paquets
tu allèges mes billes

d’un regard léger
tu remplis mes vides

de la seule monnaie
qui sonne et me trébuche

 

Je te dirai
combien mon âme se brise
combien elle se défait

 

à vivre sans toi
combien elle s’épuise
combien elle se dégrise
à vivre sans toi

combien elle espère
combien elle prière
et combien elle perd
à vivre sans toi

 

***

 



#394269 Ainsi soit il

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:38

Une prière païenne d'amour fou - d'amour sacré...

Et d'amour sorcier aussi...

 

Chaque sizain est formé sur une pensée forte en émotion et en lyrisme

 

le dernier 

 

"Quand tout sera poussière

Et mémoire détissée
L’arpège de nos bières
De lierre et de lys blancs
Sera la rivière où viendront rêver tous les amants

Amen "

 

est un pur modèle de poésie.

 

Merci Diane, cela me touche, et pour cause...

Transmuer une grande douleur en une joie, en un festin de tous les sens, dans une sorte de rédemption à la fois christique et païenne, dans une geste de héros moderne : une belle façon de retrouver la plènitude d'une passion ou de la foi.

Au-delà d'une expérience personnelle, d'une épreuve, l'indication d'une "voie" ( au sens fort ) . Ainsi soit-il!

 

Cette notion de voie est fondamentale, le poème exprime cela avec force, un chemin, supérieurement important aux quelconques buts...

Un poème d'un souffle puissant... d'une humanité profonde...
Magnifique!...

Merci Patricia, j'ai depuis mes lectures de François Villon, acquis une tendresse pour mes frères humains...




#394266 Un phare dans la tempête

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:22

Les vieux lions ne meurent jamais
parfois ils s’endorment un peu
un peu fatigués d’aimer
si désolés d’être vieux 

 




#394265 Comme jamais

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:20

Magnifique musique du poème, entre lamento et largo et le contre point d'une photo qui déjà rend compte de l'estompe...




#394264 Departure

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:14

Une écriture fragmentaire lié par une langue qui opère ainsi qu'un montage cinématographique.




#394263 Rêver sa mort ...

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 11:11

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#394261 J'arrête de traduire en français les cantiques

Posté par Gabriel Monfort - 18 décembre 2021 - 10:46

Comme quoi on peut tout lui faire à l'alexandrin  :P




#394185 Les lendemains qui saignent

Posté par Gabriel Monfort - 15 décembre 2021 - 12:00

Quand j'ai creusé le cuir et le nylon

Au carrefour des orphéons

Quand j'ai brisé l'angle obtus

De l'équerre de chair

 

Quand j'ai tanné la peau de tambour

Aux chamades cannelles

Quand j'ai strié ton noir luisant

De feu et de sang

 

Alors est venu le souffle

Celui des oiseaux étangs

Alors s'est donné le monde

Celui de l'outragée qui reprend

 

Alors j'ai banni le remords des sucs

Celui des viandes blanches au caramel de fiel

Alors j'ai imploré l'outrance faite au ciel

Celui de tes yeux pers, verts

 

Tu es ce que donne le temps, espérance de l'oblat

Tu es cet océan, infini de montagnes

Tu es ce blanc qui ombre les divans

Tu es ce qui est et m'adviendra

 

Aux lendemains qui saignent

Pourquoi, arc-bouté d'obscur

Ai je vendu la proie pour l'ombre

Et bradé l'alcool des envols de nuées ?

 

Ta colère soleil frappe ma poitrine

Tes baisers font l'orgeat des jours perdus

Quand je creuse le cuir et le nylon

Et que se brise notre obstination




#394080 Ainsi soit il

Posté par Gabriel Monfort - 11 décembre 2021 - 12:39

J’ai brisé le sablier du temps
Égaré ma seconde d’éternité
Il me faudra bien une autre perpétuité
A courir les plaines désertes
Pour la chercher
Ainsi soit il.

J’ai perdu le nord
La tête, le cœur et le ponant
J’ai perdu encore
Plus que ton corps
Tout mon occident
Ainsi soit il.

Je chercherai dans l’eau vive des tombeaux
Dans les pierres froides des ruisseaux
Dans le glacis des errances
le souffle de tes derniers mots
La chaleur de tes derniers flots
Ainsi soit il .

Tu es dans les regards d’enfants
Tu es dans le rire des moineaux
Tu es dans la main qui se tend
Tu es dans mon crédo
Confíteor Deo omnipoténti
Ainsi soit il.


Tu n’auras jamais le silence de Dieu
Tu ne sera jamais ni le corps ni le sang
Donné à la multitude
Parce que je demeure sans rémission
De mes péchés
Ainsi soit il.


Mes larmes sont tes vitraux
Mon cri ta voûte
Mon corps ta nef
Mes ongles griffent l’amertume du regret
Quand les bras m’en tombent
Ainsi soit il.

Demain sera cathédrale
Lundi, mardi, mercredi jeudi vendredi mes dimanches
Samedi me dira où repose ton jouir
J’en ferai le gisant de porphyre
En criant : Dieu est mort !
Ainsi soit il.


Jadis couche avec déjà
Adieu baise avec reviens
Je fais du temps une partouze
Où bons apôtres ils sont douze
A faire ripaille des tripailles de mon dégoût
Ainsi soit il.


Sculptés dans la pierre de Jaumont
Un ange au regard cave, une gargouille à la langue qui pend
Gravés dans la fuite des ans
Princesse des deux lunes et son voyou gitan
Ils parcheminent  leur vélin de sang
Ainsi soit il.


Quand tout sera poussière
Et mémoire détissée
L’arpège de nos bières
De lierre et de lys blancs
Sera la rivière où viendront rêver tous les amants

Amen.

 



#394079 Présence

Posté par Gabriel Monfort - 11 décembre 2021 - 12:35

La nature n'a de sens qu'anthropomorphique. C'est un décor miroir. Un peu comme les arbres chez Tolstoi...




#394078 D'une statue

Posté par Gabriel Monfort - 11 décembre 2021 - 12:32

J'aimerais tenir l'enfant de Marie

Qui a fait graver sous ma statue
"Il a vécu toute sa vie
Entre l'honneur et la vertu"
Moi qui ai trompé mes amis
De faux serment en faux serment
Moi qui ai trompé mes amis
Du jour de l'An au jour de l'An
Moi qui ai trompé mes maîtresses
De sentiment en sentiment
Moi qui ai trompé mes maîtresses
Du printemps jusques au printemps
Cet enfant de Marie je l'aimerais là
Et j'aimerais que les enfants ne me regardent pas
[---]
Jacques Brel La Statue
 
 
Je crois que pour lire vote poème il faut l'émerveillement de l'enfant. Il fait le mythe vivant.



#394077 Je n’ai pas aimé ma solitude chienne

Posté par Gabriel Monfort - 11 décembre 2021 - 12:26

Un très beau texte. Beaucoup d 'émotion contenue.

 

Le champ sémantique de la symbolique du bestiaire - chienne, cheval, oiseau; luciole, papillon, tortue sirène et lamantin -

apporte , je trouve, au poème, par le rapport comparant/comparé que l'on retrouve dans le style baroque, un côté attendrissant

et protecteur tout à fait en symbiose avec le fort sentiment d'amour dépeint.

Une analyse fine, pertinente, judicieuse et qui porte cet éclairage qui renvoie à la modestie d'un "tiens, je ne m'étais pas rendu compte"...

 

 

le texte est pourtant grave

       mais je regardais, amusée, le défilé brûlant de la faune

   terrestre d'abord, aérienne ensuite, retournant à la mer enfin

          _dans cet inexorable cycle de la vie

 

j'en ai aimé l'idée

              les sonorités

    puis la proximité de ces deux mots

 

  >>> sirène et lamantin

 

Il y a dans ma sirène le doux écho des tentations homériques et dans mon lamantin la paresse un peu flasque du laisser aller...

 

Une déclaration comme un aveu presque tardif...celui d'un lion enfin domestiqué, comblé...et heureux de l'être...la Belle et la Bête ?

Intuition très juste, un sourire éclaire ma lecture de votre regard pointu où s'aiguise une justesse!