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Publications sur Toute La Poésie

Mot de passe oublié

06 février 2026 - 11:20

je rêve de ces temps bénis et d'innocence
où les gens n'avaient pas d'autre adresse
qu'un bois, qu'une rivière ou qu'une colline,


du temps de nos arrières grands pères
que leur brave cheval ramenait à la maison,
affalés dans leur carriole après une nuit
d'amour, de jeu, de boisson et d'ivresse

 

les rues, dans les bourgs, le plus souvent
n'avaient pas de noms ni de numéros,
dans les villes, le regard flâneur pénétrait
au fond des cours, par les porches ouverts,
la concierge régnait sur les biens, les vies,
vitupérée, méprisée, soupçonnée, aimée,
la pipelette, l'espionne et l'ange gardien,
le seul point fixe et la mémoire du quartier

 


aujourd'hui,
l'internaute avance masqué, de mot de passe
en mot de passe, imagination épuisée,
mémoire noyée sous les dates de naissance,
les prénoms tronqués et les noms de lieux,
d'autres encore, cailloux blancs de Petit Poucet
vite avalés par la boue triste des chemins,

 

prêt à se jeter dans les bras de l'ogre, le Cloud
insatiable, dévorant tout sur son passage,
ne laissant que des cadavres exsangues
inertes, vidés de tout souvenir, de tout passé,
de toute pensée, de toute émotion, de tout rêve,
zombies à la recherche de leurs tombeaux,
errant sous un plafond de verre
                                        qui en interdit l'entrée

 

 

s'il y avait encore, à l'avenir, pour l'internaute,
à l'instant d'exhaler son dernier souffle
et de décrocher, un au-delà du mur de Facebook,
nul doute qu'il lui faudrait montrer patte blanche,
décliner encore son pseudo, son adresse e-mail,
et il tremblerait de devoir avouer à Saint Pierre :

 

     "Mot de passe oublié"

 

                       sans recours,  . . . pour l'éternité

L'arbouse, l'harmonie des contraires

28 janvier 2026 - 10:23

la tradition le savait bien,
à peine dans la bouche,
la délicate saveur de l'arbouse
s'évanouit,
                          dans l'instant,


                               ta lèvre et ton souffle chaud
                               effleurant mon visage,
                               la caresse d'une main
                                                       sur ma hanche


ne laissant qu'une trace
furtive
qui s'anéantit en moi,

 

                                ride imperceptible sur l'étang,
                                éclair d'un oiseau sur le ciel gris,
                                coup de cloche esseulé au matin,
                                bref soupir,
                                écho d'un haïku perdu ou rêvé


à son tour, la pulpe du fruit
se défait sur ma langue
comme un sorbet, une bulle
ou la brume du matin,

                                                  comme parfois, d'un coup,
                                                              la vie ou le bonheur


aussi, on prend toujours
avec espoir et crainte
l'arbouse entre ses doigts,
assuré du plaisir
          et de la déception

fruit humble et dédaigné
de  l'arbre qui porte en hiver,
en même temps,
ses fleurs sans parfum
et ses baies écarlates,
    si étonnantes, si fragiles,

 

                   et dont, comme un dernier pied de nez,        
                   l'abeille tire un miel presque noir,
                   et, sans nul doute,
                                               le plus amer du monde

Epitaphe

08 janvier 2026 - 04:16

  Epitaphe** pour Marie-Louise S.*

 

 

                     MLS, ses/ces trois initiales,
brodées jadis par une main de jeune fille,
au cours des longues soirées d'hiver
ou aux heures les plus chaudes de l'été,
au haut d'un drap de toile de lin blanc

 

mystérieuses à mes yeux d'enfant,
armoiries aux portes d'un palais,
frontispice d'un livre enchanté,
écriture secrète, arabesques en liberté,
magie des enluminures nacrées,
              aux marges d'un parchemin


                     .  .  .  .  .


survivant du trousseau de mariée,
ce drap aura attendu trois quarts de siècle
dans le secret d'une armoire de noyer,
l'heure inexorable du dénouement,

 

avant d'envelopper dans la mort même
la femme qui, dans son jeune âge
et sûre de son destin, avait brodé, jadis,
sur la trame de la grosse toile de lin,

 

les initiales qui resteraient  les siennes

 

                                    pour l'éternité

 


*Marie-Louise S., ma mère

** épitaphe : en plus d'une inscription funéraire, cela pouvait être,

dans la Grèce antique, un objet donné comme signe de paix.
 

Les vingt ...

18 décembre 2025 - 06:18

(  à R.  )

 


                                                                          ,

les vingt femmes que tu as aimées, puis délaissées,

 

 

les  vingt mers que tu as traversées, de la Méditerranée aux Tropiques,

 

                                                       du Golfe de Gascogne à l’Arctique

 

 

les vingt naufrages, les vingt morts dont tu as réchappé,

 

 

les vingt îles où tu as vécu vingt autres vies, et que tu as quittées,

 

 

les vingt rêves fous, qui t’ont emporté vers autant d’aventures,

 

 

les vingt métiers, les  vingt destins qui ont été les tiens,

 

 

les vingt fortunes que tu as englouties, tes vingt résurrections,

 


                                      
                     le trou, le simple trou où tu reposes désormais

Transgenre

05 décembre 2025 - 03:58

 

 

 


l’enfant blond, être dansant
comme une libellule au fil de l’eau
comme un papillon dans le pré …

 

… la jeune fille au teint blanc,
songeuse et grave
comme une cigale
au creux de l’arbre,
surprise de sa métamorphose
et entonnant son nouveau chant