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Publications sur Toute La Poésie

L'agapanthe

12 juillet 2024 - 10:02

sur le seuil, gardienne de la porte,

intangible d'une saison l'autre,

ses feuilles, lames courbes de cimeterre

en faisceau serré, en touffe dense

d'un vert profond , chargée de sucs épais,


l'agapanthe, "fleur de l'amour" *


en une nuit dresse passionnément

ses longues hampes florales,

glands ou vulves gorgés de sève,

images d'un désir premier et fou,

pathétique, qui cherche, vainement,

son objet dans le vide,

             en appelant au ciel


et au matin suivant,

après le déchirement de l'hymen

dans la nuit,

c'est l'orgasme, dans un feu d'artifice,

une explosion de corolles bleues,

poignée d'étoiles nouvelles

jetée, comme un pied de nez,

à la face des hommes et des Dieux,

proclamant le triomphe absolu

                                    de l'amour



* Agapanthe : Du grec ancien ἀγάπη (a̍gápê) (affection, amour divin) et ἄνθος (a̋nthos) (fleur).

Parfum de femme

05 juillet 2024 - 02:00


tu crois sentir sous tes doigts le galbe d'un sein

lisse, doux, humide, comme le varech sur la plage,

qui glisse entre tes doigts, t'échappe presque

et que tu serres encore plus fort, désespérément,


encore et encore,  matin après matin, soir après soir,
          
          que tu presses contre ta peau,

                   que tu pétris dans d'amoureuses caresses,


corps contre corps sous le jet d'eau de la douche

ou mieux encore dans la chaleur émolliente d'un bain,


explorant avec elle les endroits les plus secrets,

usant et abusant d'elle jusqu'à la réduire à presque rien,

n'ayant plus ni volume ni forme

              [ seul son parfum de femme, pénétrant, subtil ],


jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse comme un rêve


               entre tes mains, belle défunte,



                                                     la savonnette

L'un-L'autre

29 juin 2024 - 08:24


il vole, imperturbable,

sur l'envers du ciel,

l'air d'un joujou en bois

d'un autre temps,

grossièrement taillé,

mais intact,

sans une seule éraflure,

calé bien à l'horizontale

en direction de la côte

des Maures et de l'Esterel


face à lui, l'autre,

étrave dressée vers le large,

indestructible, orgueilleux,

défie la houle

et les tempêtes,

canons menaçants

pointés vers le ciel


mais

il n'y a aucun bruit de moteur,

à bord,

aucun signe de vie,

il n'y a ni servants

de la batterie sur la frégate,

ni pilote dans l'avion

dont l'hélice s'est arrêtée,

l'un et l'autre désertés,

renvoyés à leur solitude

         au fond des abysses


il y a plus de trois quarts de siècle,

ils s'étaient rencontrés,

par hasard,

au-dessus des eaux

de la Méditerranée,

ils s'étaient défiés,

puis affrontés

et, dès lors, avaient lié leur sort

et leur destin,

et ils se sont retrouvés

tous les deux

au fond de la mer,

réunis dans la mort


aujourd'hui, la même boue,

les mêmes algues

et les mêmes coquillages

se sont incrustés

sur les deux épaves,

les mêmes mérous

les mêmes murènes

hantent leurs entrailles

les mêmes détrousseurs

de cadavres s'affairent

                             autour

 

frères ennemis réunis

dans la même mémoire,

le même héroïsme,

le même malheur,

archanges déchus,

presque oubliés

dont les nouveaux

marchands du temple

se disputent la dépouille,

au risque de les renvoyer


cette fois, à jamais,


         dans le néant

 

 


Le 31 juillet 1944, Saint-Exupéry part en mission. Il n'en reviendra pas.

Peut-être a-t-il croisé cette frégate allemande… .

L'amande ourlée

20 juin 2024 - 04:52


les amandiers en fleurs s'en sont allés

 

      et  leurs torches flamboyantes,  dans le matin clair

 

ils n'ont laissé  à leur place que de simples arbres

 

feuillus , avec quelques haillons  tachés de blanc

 

aussi mornes que la neige en fin d'hiver, grise, sale,

 

ou le front des glaciers mêlés de pierres et de boue,

 

déversant leurs eaux noires dans les vallées perdues

 

 

et dans nos mémoires l'éblouissement et les regrets,

 

mais aussi l'espoir secret que de cette beauté évanouie

 

naîtront bientôt, comme dans les  amours neuves,

 

sève débordante, lèvres avides, ces tendres amandes,

 

fraîches et naïves qui, dans une lente et subtile alchimie,

 

transformeront l'âcre sang de l'amandier en une gelée

 

d'abord translucide, puis en cette chair paradoxale

 

douce ou bien amère, à l'image de nos vies, enveloppée

 

d'une armure qu'il faut empoigner, pourfendre, vaincre,

 

 

pour libérer la précieuse  mandorle  à la forme parfaite

 

 

où s'inscrivent la création, la terre et le ciel,

                                                     le temps et l'éternité,

 

 

    "l'amande ourlée"*,     celle qui ouvre  sur la Lumière

 

 

 

.* "l'amande ourlée", l'amande éclatée. On peut rapprocher l'amande de "l'oeuf du monde" .
D'après le mot hébreu "Luz" qui possède différents sens : "amande", mais aussi "lieu caché" ,
"noyau d'immortalité".
Dans la symbolique de la "mandorle", c'est aussi, la Porte, le Passage vers un autre Ailleurs.

L’étourneau

14 juin 2024 - 06:47

 

 

 

tous les matins,
cavalier noir, chevalier errant,
il hante la pelouse,

avançant d’un pas hardi,
pourfendant à droite et à gauche
des ennemis imaginaires
dressés autour de lui,
                       les hautes herbes


tandis que le rossignol,
                                 là-haut,
poursuit son chant solitaire,

étranger aux tribulations

inquiètes de l’oiseau noir