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Publications sur Toute La Poésie

L’oiseau orphelin de son arbre

21 mars 2026 - 04:00


il se dresse, pathétique, muet
sur la souche de l'arbre décapité,
dernier soldat vaincu encore debout
sur quelque champ de bataille,
amant délaissé, sombre proscrit,
loin de sa patrie, sur les rivages
                        d'une mer lointaine

 

le vieux frêne était sa seule patrie,
il y avait son manger et son coucher,
son quartier général, son refuge
quand il pressentait un danger,
mais seules quelques traces au sol
trahissaient sa présence de la nuit

 

c'est là aussi qu' il cachait son nid
au temps des amours

 

                      . . . . . .

 

        des jours et des jours après,
il est encore là, frémissant, têtu,
ayant refusé de croire à l'évidence
d'abord, et maintenant, résigné,
pleurant sans fin son paradis perdu

 

                  . . . . . . . 

 

mais bientôt,

              attentif au moindre signe,
ne sent-il pas déjà sourdre sous lui
la sève impétueuse, indomptable,
qui permettra à son arbre absent,
toujours vivant, de renaître du néant?

 

et lui, maintenant,

                     pris d'une joie étrange

T

L’oiseau orpheiin

21 mars 2026 - 03:56


il se dresse, pathétique, muet
sur les plaies de l'arbre décapité,
dernier soldat vaincu encore debout
sur quelque champ de bataille,
amant délaissé, sombre proscrit,
loin de sa patrie, sur les rivages
d'une mer lointaine

 

le vieux frêne était sa seule patrie,
il y avait son manger et son coucher,
son quartier général, son refuge
quand il pressentait un danger,
mais seules quelques traces au sol
trahissaient sa présence de la nuit

 

c'est là aussi qu' il cachait son nid
au temps des amours

 

                      . . . . . .

 

des jours et des jours après,
il est encore là, frémissant, têtu,
ayant refusé de croire à l'évidence
d'abord, et maintenant, résigné,
pleurant sans fin son paradis perdu

 

mais, attentif au moindre signe,
ne sent-il pas déjà sourdre sous lui,
la sève impétueuse, indomptable,
qui permettra à son arbre absent,
toujours vivant, de renaître du néant?

 

et lui, maintenant,

                     pris d'une joie étrange

T

Elle

05 mars 2026 - 11:36

 

 

                                 son image éclatée,
en autant de fragments séparés,
aux petits carreaux des portes vitrées
qui sont là, sous ma fenêtre

 

encore dans sa robe de chambre noire,
ombre pâle, esseulée dans le jardin,
parmi les reflets des arbres, des buissons,
                                 dans le matin clair


                                                et mon regard
cherchant encore et toujours à la rejoindre

Mot de passe oublié

06 février 2026 - 11:20

je rêve de ces temps bénis et d'innocence
où les gens n'avaient pas d'autre adresse
qu'un bois, qu'une rivière ou qu'une colline,


du temps de nos arrières grands pères
que leur brave cheval ramenait à la maison,
affalés dans leur carriole après une nuit
d'amour, de jeu, de boisson et d'ivresse

 

les rues, dans les bourgs, le plus souvent
n'avaient pas de noms ni de numéros,
dans les villes, le regard flâneur pénétrait
au fond des cours, par les porches ouverts,
la concierge régnait sur les biens, les vies,
vitupérée, méprisée, soupçonnée, aimée,
la pipelette, l'espionne et l'ange gardien,
le seul point fixe et la mémoire du quartier

 


aujourd'hui,
l'internaute avance masqué, de mot de passe
en mot de passe, imagination épuisée,
mémoire noyée sous les dates de naissance,
les prénoms tronqués et les noms de lieux,
d'autres encore, cailloux blancs de Petit Poucet
vite avalés par la boue triste des chemins,

 

prêt à se jeter dans les bras de l'ogre, le Cloud
insatiable, dévorant tout sur son passage,
ne laissant que des cadavres exsangues
inertes, vidés de tout souvenir, de tout passé,
de toute pensée, de toute émotion, de tout rêve,
zombies à la recherche de leurs tombeaux,
errant sous un plafond de verre
                                        qui en interdit l'entrée

 

 

s'il y avait encore, à l'avenir, pour l'internaute,
à l'instant d'exhaler son dernier souffle
et de décrocher, un au-delà du mur de Facebook,
nul doute qu'il lui faudrait montrer patte blanche,
décliner encore son pseudo, son adresse e-mail,
et il tremblerait de devoir avouer à Saint Pierre :

 

     "Mot de passe oublié"

 

                       sans recours,  . . . pour l'éternité

L'arbouse, l'harmonie des contraires

28 janvier 2026 - 10:23

la tradition le savait bien,
à peine dans la bouche,
la délicate saveur de l'arbouse
s'évanouit,
                          dans l'instant,


                               ta lèvre et ton souffle chaud
                               effleurant mon visage,
                               la caresse d'une main
                                                       sur ma hanche


ne laissant qu'une trace
furtive
qui s'anéantit en moi,

 

                                ride imperceptible sur l'étang,
                                éclair d'un oiseau sur le ciel gris,
                                coup de cloche esseulé au matin,
                                bref soupir,
                                écho d'un haïku perdu ou rêvé


à son tour, la pulpe du fruit
se défait sur ma langue
comme un sorbet, une bulle
ou la brume du matin,

                                                  comme parfois, d'un coup,
                                                              la vie ou le bonheur


aussi, on prend toujours
avec espoir et crainte
l'arbouse entre ses doigts,
assuré du plaisir
          et de la déception

fruit humble et dédaigné
de  l'arbre qui porte en hiver,
en même temps,
ses fleurs sans parfum
et ses baies écarlates,
    si étonnantes, si fragiles,

 

                   et dont, comme un dernier pied de nez,        
                   l'abeille tire un miel presque noir,
                   et, sans nul doute,
                                               le plus amer du monde