car voici l'homme :
il pioche la terre,
il pioche le temps,
saison après saison
il laboure la mer
d'un bord à l'autre,
inlassablement
jour après jour,
nuit après nuit,
il fait de sa vie,
un destin
03 septembre 2026 - 08:57
car voici l'homme :
il pioche la terre,
il pioche le temps,
saison après saison
il laboure la mer
d'un bord à l'autre,
inlassablement
jour après jour,
nuit après nuit,
il fait de sa vie,
un destin
25 juillet 2026 - 09:39
*
si l'on ouvrait mon corps,
on n'y trouverait, sans doute,
que de vagues traces
des idées pures de Platon,
des théorèmes d'Euclide,
du visage à demi effacé
du Christ au Saint Suaire,
de la statue du Commandeur
ou de l'ombre d'Oedipe
ou de Caïn
mais,
si l'on ouvrait mon corps,
on y trouverait, tout au fond
les bois de mon enfance
où nous allions ramasser
des glands et des châtaignes;
le gave dont les courants
fous nous emportaient,
ses berges de galets
où nous courions pieds nus;
la Guadeloupe, son soleil
et ses fonds de coraux
qui, sur la côte sous le vent,
au-delà du talus abrupt,
ouvrent sur le grand bleu;
le désert d'Atacama,
ses sables brûlants,
sa roche nue, les eaux glacées
de sa côte sur le Pacifique;
les diguettes des rizières
au VIet Nam et ses villages
entourés de haies de bambous;
les pistes nues du Sahel
qui, pour l'étranger ignorant,
ne conduisent nulle part
et aussi les bords hospitaliers
du fleuve Chari, au cours lent;
sur la petite Île de Sāo Tomé,
le ciel entier de l'Equateur
avec toutes ses constellations
qui basculent, de la Polaire
à l'Etoile du sud, d'un coup,
dévoilant les sphères célestes
à nos regards éblouis
. . . .
si l'on ouvrait mon corps,
on y trouverait des paysages,
des paysages,
des paysages,
... toi et ton premier sourire
——————————————-
« Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m'ouvrait, on trouverait des plages », Agnès Varda dans Les Plages d'Agnès.
30 juin 2026 - 02:12
Avec Cézanne,
le vert devient feuillage, la couleur devient forme,
la forme devient couleur,
masse de pins palpitante, comme une vague
recouvrant les roches rouges,
surgie sous nos yeux dans un frémissement,
une confusion des sens qui brouille les images
comme si lui, le peintre, et nous, ses féaux,
avions tout à coup reçu en don
cette myopie, fondatrice d'une vision
qui confère aux êtres et aux choses
l'aspect incertain, la pulsation, le desordre
d'une beauté à l'état naissant,
au point que quand notre regard retrouve son acuité ordinaire
pour s'attacher à d'autres objets, nous éprouvons la déception
d'un réel aux contours trop précis,
où forme et couleur sont chacune à sa place
une couleur maintenue strictement dans les frontières du dessin,
une forme qui la contraint,
s'ignorant l'une l'autre, étrangères, ou, pire, séparées, antagonistes,
chacune voulant asservir l'autre.
rien de tel chez Cézanne, mais le bruissement de fond
de l'univers encore indistinct,
onde de choc du bing bang originel peut-être
ou mieux souffle de vie qui nous parvient encore et toujours.
c'est lui qui anime le feuillage des pins
du mouvement brownien de la matière en qui sourd la vie,
comme bat doucement dans les solfatares la lave du volcan
à l'aube de la création
qui triomphera au 7ème jour dans la révélation par le peintre
d'un univers né du néant dans la perfection ultime
de la couleur et de la forme,
son Tout-Monde (*) unique dont les pins sont les servants,
les précurseurs et les signes
sa Sainte Victoire
(*) http://www.edouardgl...r/toutmonde.htm
Traité du Tout-monde d' Édouard Glissant : "J'appelle Tout-monde notre univers tel qu'il change et perdure en échangeant et, en même temps,la "vision" que nous en avons. La totalité-monde dans sa diversité physique et dans les représentations qu'elle nous inspire : que nous ne saurions plus chanter, dire ni travailler à souffrance à partir de notre seul lieu, sans plonger à l'imaginaire de cette totalité. Les poètes l'ont de tout temps pressenti."
Le Tout-monde désigne ce faisant la coprésence nouvelle des êtres et des choses, l'état de mondialité dans lequel règne la Relation
Édouard Glissant réfléchit aussi à la pensée du tremblement (fragile, incertaine mais correspondant au monde) par opposition à la pensée de système .
30 mai 2026 - 06:23
Dans ce triangle de terre
que ne traverse aujourd'hui encore
aucune route,
parcouru seulement par les chasseurs
et les randonneurs, sur le plateau
du Paredous, il y a un lieu secret,
énigmatique, entablement calcaire
à peine incliné et curieusement érodé
par endroits, grande étendue de roche à nue
contrastant avec le matorral épais
qui l'enserre et en interdisait autrefois
l'accès sauf à quelques rares initiés,
un peu sorciers selon la rumeur, clairière
sur laquelle, certaines nuits de pleine lune,
on apercevait, dit-on, des draps d'argent
éblouissants baignés par la lumière de l'astre
nocturne et dont il fallait, sous peine de mort,
détourner le regard : vous l'avez deviné,
c'est l'Etendoir aux Fées, comme
en attestent les cartes du très sérieux IGN
peu suspect de charlatanisme, ni de poésie,
moins encore d'idolâtrie, un de ces pays
où l'on n'arrive jamais, dont le charme
s'évanouirait sans doute si l'on tentait
de s'en approcher, dont l'irréalité même
est garante de son pouvoir et de sa pérennité.
N'écoutez pas les esprits forts qui vous diront
qu'il ne s'agissait là que du reflet des flaques
d'eau laissées dans le creux des rochers
par le dernier orage : ces faux prophètes
seront changés en statues de sel comme,
avant eux, ceux qui n'ont pas cru aux génies,
aux sylvains, aux elfes, et vous les reconnaîtrez,
non loin de là, dressés dans leur gangue de pierre,
immobiles et mornes parmi des chaos rocheux,
en dialogue muet avec le ciel, expiant à jamais
leur incrédulité et leur prosaïsme impie.
Vous saurez désormais, sans les avoir jamais vues,
que les fées n'ont jamais déserté nos contrées,
qu'elles sont toujours là, sur le plateau du Paredous
où, certains soirs de pleine lune, ....
01 mai 2026 - 10:49
tous les gens que j'ai croisés, côtoyés ou approchés,
j'ai aimé les imaginer enfants et chercher en eux
"la veine de jade" secrète, qui a commandé leur vie,
a fait d'eux les hommes et les femmes d'aujourd'hui
ce vieil homme qui passe, au corps lourd et gauche,
aux traits sans grâce, né et ayant vécu à la terre,
perpétue le petit garçon qu'il était, à l'état brut,
sans que le monde l'ait tant soit peu poli ou changé,
fort et vrai comme une motte de terre ou la pierre,
Qui jamais ne fait défaut, jamais ne triche ni ne ment
en contraste, cet autre, à la table d'à côté, au restaurant,
pantalon, chemise et cravate impeccables de couleur noire
et, signature du dandy, des souliers d'un brun foncé
aux lacets de cuir très clairs , photoshopé de pied en cap,
pur produit du marketing mais à la conscience trouble,
scrute, anxieux, son image dans les yeux de sa compagne
dans l'espoir de déchiffrer, dans les profondeurs de l'iris,
comme aujourd'hui encore les hommes des steppes d'Asie
dans les veines du jade,
sa vérité
enfouie, ignorée, niée au long d'une vie de mensonges,
et peut-être.au-delà, son destin
* " Li fonde la nature propre de chacun (Xing) - laquelle se reflète dans une forme - en réalisant
ses dispositions naturelles .Comme tout ce qui est de l'ordre de l'essence, elle est dans l'interne,
l'intime, voilée, cachée, occultée, à découvrir. Elle est "ce par quoi on se fait reconnaître
quand l'obscurité rend invisible" dit l'étymologie de Ming.La "nature essentielle enfouie au cœur
de chacun, recouverte des injonctions du social, du familial, du religieux, des images
dont nous avons eu besoin mais dont nous devons nous déprendre, est en l'Homme
le reflet de li. Li signifie veines ( de la pierre, du bois), raison, vérité, principe, raison naturelle, ....
en tant qu'elles véhiculent, comme les veines du jade, l'ordre naturel, le Principe qui régit toute chose , ... "
( page 21 ) Jean-Marc Kespi, L'Homme et ses symboles en médecine traditionnelle

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