Aller au contenu

Jped

Inscrit(e) : 07 mars 2013
Hors-ligne Dernière activité : aujourd'hui, 05:52

Publications sur Toute La Poésie

L' Etendoir aux Fées

30 mai 2026 - 06:23

            Dans ce triangle de terre


que ne traverse aujourd'hui encore

                                          aucune route,

 

parcouru seulement par les chasseurs

 

et les randonneurs, sur le plateau

 

du Paredous, il y a un lieu secret,

 

énigmatique, entablement calcaire

 

à peine incliné et curieusement érodé

 

par endroits, grande étendue de roche à nue

 

contrastant avec le matorral épais

 

qui l'enserre et en interdisait autrefois

 

l'accès sauf à quelques rares initiés,

 

un peu sorciers selon la rumeur, clairière

 

sur laquelle, certaines nuits de pleine lune,

 

on apercevait, dit-on, des draps d'argent

 

éblouissants baignés par la lumière de l'astre

 

nocturne et dont il fallait, sous peine de mort,

 

détourner le regard : vous l'avez deviné,

 

c'est l'Etendoir aux Fées, comme

 

en attestent les cartes du très sérieux IGN

 

peu suspect de charlatanisme, ni de poésie,

 

moins encore d'idolâtrie, un de ces pays

 

où l'on n'arrive jamais, dont le charme

 

 

s'évanouirait sans doute si l'on tentait

 

 

de s'en approcher, dont l'irréalité même

 

est garante de son pouvoir et de sa pérennité.

 

 

N'écoutez pas les esprits forts qui vous diront

 

qu'il ne s'agissait là que du reflet des flaques

 

d'eau laissées dans le creux des rochers

 

par le dernier orage : ces faux prophètes

 

seront changés en statues de sel comme,

 

avant eux, ceux qui n'ont pas cru aux génies,

 

aux sylvains, aux elfes, et vous les reconnaîtrez,

 

non loin de là, dressés dans leur gangue de pierre,

 

immobiles et mornes parmi des chaos rocheux,

 

en dialogue muet avec le ciel, expiant à jamais

 

leur  incrédulité et leur prosaïsme impie.

 

 

Vous saurez désormais, sans les avoir jamais vues,

 

 

que les fées n'ont jamais déserté nos contrées,

 

 

qu'elles sont toujours là, sur le plateau du Paredous

 

 

                 où, certains soirs de pleine lune, ....

La veine de jade

01 mai 2026 - 10:49

tous les gens que j'ai croisés, côtoyés ou approchés,

j'ai aimé les imaginer enfants  et chercher en eux

"la veine de jade" secrète, qui a commandé leur vie,

a fait d'eux les hommes et les femmes d'aujourd'hui

 

ce vieil homme qui passe, au corps lourd et gauche,

aux traits sans grâce, né et ayant vécu à la terre,

perpétue le petit garçon qu'il était, à l'état brut,

sans que le monde l'ait tant soit peu poli ou changé,

fort et vrai comme une motte de terre ou la pierre,

Qui jamais ne fait défaut, jamais ne triche ni ne ment

 

en contraste, cet autre, à la table d'à côté, au restaurant,

pantalon, chemise et cravate impeccables de couleur noire

et, signature du dandy, des souliers d'un brun foncé

aux lacets de cuir très clairs , photoshopé de pied en cap,

pur produit du marketing mais à la conscience trouble,

scrute, anxieux, son image dans les yeux de sa compagne

dans l'espoir de déchiffrer, dans les profondeurs de l'iris,

comme aujourd'hui encore les hommes des steppes d'Asie

dans les veines du jade,

                                                sa vérité

 

enfouie, ignorée, niée au long d'une vie de mensonges,

 
                                                 et peut-être.au-delà, son destin
 

* " Li fonde la nature propre de chacun (Xing) - laquelle se reflète dans une forme - en réalisant
ses dispositions naturelles .Comme tout ce qui est de l'ordre de l'essence, elle est dans l'interne,
l'intime, voilée, cachée, occultée, à découvrir. Elle est "ce par quoi on se fait reconnaître
quand l'obscurité rend invisible" dit l'étymologie de Ming.La "nature essentielle enfouie au cœur
de chacun, recouverte des injonctions du social, du familial, du religieux, des images
dont nous avons eu besoin mais dont nous devons nous déprendre, est en l'Homme
le reflet de li. Li signifie veines ( de la pierre, du bois), raison, vérité, principe, raison naturelle, ....
en tant qu'elles véhiculent, comme les veines du jade, l'ordre naturel, le Principe qui régit toute chose , ... "
( page 21 )  Jean-Marc Kespi,  L'Homme et ses symboles en médecine traditionnelle

La maison à loggia

10 avril 2026 - 05:27


 

je sais que tu es là


derrière un écran de feuillage
au bas du versant,
à peine trahie par un pan du toit
de tuiles ocres

 

parfois, un souffle de vent
déplace une branche
et dévoile un pan de mur,
l’amorce d’une colonnade,

.   .  .

                          
.  .  .  et comme par magie,
c’est la Toscane entière
qui est là, secrète, insaisissable,
réveillant nos mémoires
et enchantant nos cœurs

L’oiseau orphelin de son arbre

21 mars 2026 - 04:00


il se dresse, pathétique, muet
sur la souche de l'arbre décapité,
dernier soldat vaincu encore debout
sur quelque champ de bataille,
amant délaissé, sombre proscrit,
loin de sa patrie, sur les rivages
                        d'une mer lointaine

 

le vieux frêne était sa seule patrie,
il y avait son manger et son coucher,
son quartier général, son refuge
quand il pressentait un danger,
mais seules quelques traces au sol
trahissaient sa présence de la nuit

 

c'est là aussi qu' il cachait son nid
au temps des amours

 

                      . . . . . .

 

        des jours et des jours après,
il est encore là, frémissant, têtu,
ayant refusé de croire à l'évidence
d'abord, et maintenant, résigné,
pleurant sans fin son paradis perdu

 

                  . . . . . . . 

 

mais bientôt,

              attentif au moindre signe,
ne sent-il pas déjà sourdre sous lui
la sève impétueuse, indomptable,
qui permettra à son arbre absent,
toujours vivant, de renaître du néant?

 

et lui, maintenant,

                     pris d'une joie étrange

T

L’oiseau orpheiin

21 mars 2026 - 03:56


il se dresse, pathétique, muet
sur les plaies de l'arbre décapité,
dernier soldat vaincu encore debout
sur quelque champ de bataille,
amant délaissé, sombre proscrit,
loin de sa patrie, sur les rivages
d'une mer lointaine

 

le vieux frêne était sa seule patrie,
il y avait son manger et son coucher,
son quartier général, son refuge
quand il pressentait un danger,
mais seules quelques traces au sol
trahissaient sa présence de la nuit

 

c'est là aussi qu' il cachait son nid
au temps des amours

 

                      . . . . . .

 

des jours et des jours après,
il est encore là, frémissant, têtu,
ayant refusé de croire à l'évidence
d'abord, et maintenant, résigné,
pleurant sans fin son paradis perdu

 

mais, attentif au moindre signe,
ne sent-il pas déjà sourdre sous lui,
la sève impétueuse, indomptable,
qui permettra à son arbre absent,
toujours vivant, de renaître du néant?

 

et lui, maintenant,

                     pris d'une joie étrange

T