Aller au contenu

Jped

Inscrit(e) : 07 mars 2013
Hors-ligne Dernière activité : hier, 06:03

Publications sur Toute La Poésie

Epitaphe

08 janvier 2026 - 04:16

  Epitaphe** pour Marie-Louise S.*

 

 

                     MLS, ses/ces trois initiales,
brodées jadis par une main de jeune fille,
au cours des longues soirées d'hiver
ou aux heures les plus chaudes de l'été,
au haut d'un drap de toile de lin blanc

 

mystérieuses à mes yeux d'enfant,
armoiries aux portes d'un palais,
frontispice d'un livre enchanté,
écriture secrète, arabesques en liberté,
magie des enluminures nacrées,
              aux marges d'un parchemin


                     .  .  .  .  .


survivant du trousseau de mariée,
ce drap aura attendu trois quarts de siècle
dans le secret d'une armoire de noyer,
l'heure inexorable du dénouement,

 

avant d'envelopper dans la mort même
la femme qui, dans son jeune âge
et sûre de son destin, avait brodé, jadis,
sur la trame de la grosse toile de lin,

 

les initiales qui resteraient  les siennes

 

                                    pour l'éternité

 


*Marie-Louise S., ma mère

** épitaphe : en plus d'une inscription funéraire, cela pouvait être,

dans la Grèce antique, un objet donné comme signe de paix.
 

Les vingt ...

18 décembre 2025 - 06:18

(  à R.  )

 


                                                                          ,

les vingt femmes que tu as aimées, puis délaissées,

 

 

les  vingt mers que tu as traversées, de la Méditerranée aux Tropiques,

 

                                                       du Golfe de Gascogne à l’Arctique

 

 

les vingt naufrages, les vingt morts dont tu as réchappé,

 

 

les vingt îles où tu as vécu vingt autres vies, et que tu as quittées,

 

 

les vingt rêves fous, qui t’ont emporté vers autant d’aventures,

 

 

les vingt métiers, les  vingt destins qui ont été les tiens,

 

 

les vingt fortunes que tu as englouties, tes vingt résurrections,

 


                                      
                     le trou, le simple trou où tu reposes désormais

Transgenre

05 décembre 2025 - 03:58

 

 

 


l’enfant blond, être dansant
comme une libellule au fil de l’eau
comme un papillon dans le pré …

 

… la jeune fille au teint blanc,
songeuse et grave
comme une cigale
au creux de l’arbre,
surprise de sa métamorphose
et entonnant son nouveau chant

Sur le sentier

24 novembre 2025 - 10:56

 

 

 

à travers le feuillage épars,

 

le froid soleil de novembre

VOI… VOI… VOI...!

14 novembre 2025 - 02:15


      analphabète dans notre langue,
chien ou agneau parmi les loups,
loup farouche parmi les chiens,
loup-garou au milieu des hommes,
il était venu d'un de ces pays de l'est
à l'histoire mouvementée, souvent
tragique, comme un Ulysse à l'envers,
un Ulysse fuyant son pays d'origine,
par mer, au gré des courants furtifs,
marin de fortune, passager clandestin,
ou à travers tous les pays d'Europe,
dans le chaos fiévreux des guerres,

 

         combattant pour quel camp
dans ces temps sombres, inquiets ?,
pour l'un d'abord, pour l'autre
après peut-être, c'était son secret
que nul n'a jamais essayé  de percer
sans doute par pudeur ou par lâcheté,
de crainte de découvrir trop d'horreur,
trop de souffrances ou de remords

 

on ne lui connaissait  ni femme ni maison,   
il couchait ici ou là au hasard des saisons
et des travaux, souvent à la belle étoile
ou dans quelque mazet abandonné
           en bord de vigne ou Dieu sait où

 


Elékés,

(son nom, ou peut-être un nom d'emprunt),

 

était chez lui ici, partout et nulle part,
sur tous les chantiers, dans les vignes,
dans les garrigues, au bord des étangs,
prêt à rendre service, à prêter main forte,
quelle que soit l'heure où le lieu :

 

                                     Voi, voi, voi !

 

c'était les seuls mots clairs qu'il prononçait,
en dehors d'un gromelot, d'un charabia
que ni lui ni les autres ne pouvaient démêler
et qui lui servaient sans doute de masque,
d'armure pour cacher quelque lourd secret
ou simplement pour se retirer du monde
et des hommes, à la poursuite d'on ne sait
quels songes, quels fantasmes, quelle folie,
nés de son passé
                   et qui lui avaient forgé un destin
d'homme sauvage dans notre pays sauvage
des Corbières, son vrai pays , son Ithaque

 

                                       Voi, voi, voi !

 

il a disparu un jour, emportant son secret,
nul  registre ne porte son nom, nulle tombe,


il s'en est allé comme il était venu,


                                       sur les ailes du vent