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63 réponses ŕ ce sujet

#1 Ariel

Ariel

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Posté 03 aoűt 2007 - 09:35

Ewigkeit

Je savais que l'écriture se faisait de l'extérieur vers le centre,
puis du haut vers le bas,
enfin de la gauche vers la droite.
Je savais, ça.
Le reste, il me l'a appris.

Tout d'abord, il a dessiné un point en forme de goutte.
Il a dit " c'est une pierre qui tombe ..."

Il a retrempé le pinceau dans les deux récipients sur sa droite,
a tracé une ligne horizontale sous le point.
Il a dit " c'est mille ans "

puis une verticale plus longue avec un petit retour Ă  son pied.
Il a dit " c'est une liane qui descend vers le sol "

Il dessinait l'idéogramme de l'éternité.

...

Il a déroulé le papier de son support de bois, et il a recommencé, en utisisant les écritures chinoises "cursives".
De plus en plus vite.
La course à l'éternité.

J'ai appuyé sur le petit bouton, sur la paroi de verre,
et le film est revenu à son départ.
Je voulais revoir cette éternité lente,
con'sentie.

Je trouvais dans ce moment une "épure poétique" transmise.


(dans la maison des Ecritures, Ă  Figeac.
Une visite qui est loin d'ĂŞtre "facile"
- on est dans la maison de Jean-François Champollion -
mais oĂą on peut trouver quelques moments de magie)


#2 Carla.

Carla.

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Posté 06 aoűt 2007 - 09:19

Le Japon a traversé mon adolescence et j'ai retrouvé dans ton texte cet arrêt sur l'écriture, sur la main, sur l'ailleurs, qui m'est toujours resté en mémoire. Tu m'offres un joli moment.

#3 Ariel

Ariel

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Posté 06 aoűt 2007 - 02:55

La Chine, le Japon.
L'Egypte, la MĂ©sopotamie.
Le Quercy.
En voiture ...


A Figeac, il y a une réplique du code d'Hammourabi
- il est au Louvre, aussi,
mais dans une salle qui prend un malin plaisir à être fermée
chaque fois que j'aimerais y passer

Jusque-là je ne l'avais donc jamais qu'imaginé.

Chance ....

et rien à voir, bien sûr, avec le texte qui suit.
(toute coĂŻncidence, fortuite, si tant est qu'elle ne sois pas due au hasard et tutti frutti ....)


...


Vers un monde parfait

La Concorde est noire de monde.
Et sans doute tant d’autres places capitales.
OĂą se confondent toutes les peines de ce monde.

Profitant de l’ascendance thermique, j’imprime à la voilure des cercles concentriques. Comme autant de loupes au travers desquelles on ne verrait que de l’incompréhension, beaucoup de questions, peu de réponses.

En face de moi, uniforme bleu, la porte du ciel. Ses ailes y sont clouées, mi-circaète, mi-colombe. Je l’interroge sur son visage borgne.
« J’ai jeté mon autre regard vers les clochards, eux sont à même de comprendre … »


…

Les balayeurs n’allaient pas tarder. Sur le trottoir de la City Bank, Ezequiel émergea de son abri de cartonnages et il secoua Longtim’ d’une bourrade mal réveillée. Ils traînèrent leurs oedèmes jusqu’à la fontaine du square, et Ezequiel insista sur le temps qui tournait au beau, histoire d’inciter son congénère à une toilette un peu plus large qu’à l’ordinaire. « La dignité, ça commence par l’hygiène … », finit-il en époussetant ses loques, jadis taillées sur mesure.

L’assemblée des clochards ne savait rien de lui. Les cadors de l’Avenue toléraient son voisinage. On avait bien cuisiné Longtim’, le seul qu’il ait jamais mis dans la confidence. Plusieurs fois, à sec, à jeun, imbibé … Kif !
L’échalas s’éclaircissait le timbre -en parfumant au passage le trottoir d’un reflet glauque-, et partait d’un verbe haut perché : « Long time ago … »,

Et puis plus rien, tout s’obscurcissait dans sa mémoire, le fil se cassait, des images en fuite …
« Long time ago … ». Le surnom lui était resté. Ezequiel le couvait de sa protection. Son cerveau baignant dans le jus était pur. 100% fruits. Sans préjugé, sans coup tordu. Et d’une curiosité comme on n’en rencontre que chez les enfants. Une aubaine pour la solitude du vieux.

…

Ils se sont assis sur le banc des habitués, face au Sun TV, le magasin d’Hi-Fi vidéo, un bon quart d’heure en avance sur le début du programme. Longtim’ finissait le ménage dans ses résidus de molaires avec un pique olive fauché il y a trois jours devant la bodega. Ezequiel tendait l’oreille vers le petit haut-parleur qui diffusait le concerto pour clarinette juste au passage de l’antichambre vitrée, histoire de bien marquer la frontière entre les heureux élus et le vulgum pecus.

Un costume gris, au parfum cuiré est passé devant le banc, le regard gelé sur les deux clochards, une fraction de seconde, juste assez pour ne pas faire perdre de temps à son potentiel de suffisance.
- Tu vois, Long’, si un jour tu désespères de la race humaine, dis-toi que Mozart et nous, on fait partie de la même espèce.
- Et le Duke aussi ?
Surpris, Ezequiel s’est tu, et quelques secondes, il a suspendu sur son pote un regard comblé, avec un léger sourire, celui des jours de bonne humeur.
- Sûr, même qu’il lui a pondu un concerto pas plus tard que la semaine dernière …

La blonde en tailleur rouge, dans le magasin, est venue brancher les écrans, parfaitement étrangère à l’au delà de sa vitrine. Mais vrai, elle avait une démarche qui sentait bon.
- Attentif ! Ça va commencer …

…

Infatigablement…

Il la relançait, et infatigablement le chien courrait vers la petite balle. Dés qu’elle se trouvait fichée entre les crocs, il la rapportait au pied du fauteuil, les oreilles dressées de tout le martial requis par l’importance de la mission.

Pendant des heures, des jours, il relançait. Le chien éprouvait par ses glissades l’adhérence de ses pattes sur le poli immaculé du sol. Mais, zélé et assidu, il revenait déposer vers le maître la proie dont le bleu virait au gris, petit à petit. Et qui malgré tout s’acharnait à tourner, tourner encore …

…

- Mon avis, c’est qu’i’ s’emmerde …
- Non gars, fit Ezequiel, pour ça, y faudrait qu’il réfléchisse à c’qu’i’ fait.
Il s’ennuie p’t-être, mais i’ s’emmerde pas.
- Ahh ?
- Comme j’te dis… Le chien pour sûr, oui, mais lui, non. Faut penser pour ça.

…

Un documentaire a commencé. Des dunes de sable, un fleuve, comme ici…
Des hommes pâles en chemises blanches, discutaient autour d’une pierre, gravée de signaux, que l’image a resserrée en gros-plan pour bien en montrer le caractère parfaitement étranger, incompréhensible, lumineux d’abscons.

- La Pierre de Rosette, a dit Ezequiel.
- Une nouvelle marque de saucisson ?, s’est réveillé Longtim’ qui somnolait déjà depuis un bon moment.
- Toi …, c’est pas le soleil qui t’a mis au monde !
- ???
- Tu voudras bien te souvenir de cette dalle noire qu’on a sortie au bord du fleuve, le soir avant que l’armée vienne nous déloger…
- Le code ? Qu’tu nous a fait recouvrir aussi sec de sable, pas sitôt qu’on l’a eue tirée de la glaise ! Je veux que j’m’en souviens, d’ton caillou ! T’as même enterré une de mes grolles avec …
- Si ta mixture d’humaine bêtise et d’animal bon sens veut bien considérer que ses pompes appartiennent à l’histoire ! Mon caillou est bien plus ancien et pétri de sagesse que celui de ces guignols !
- Sagesse ? Des clous !
Et Longtim’ s’est retourné en bougonnant, laissant Ezequiel finir l’émission tout seul.
Rien de tel qu’une bonne sieste à snober ses appétits culturels pour faire enrager Monseigneur.

Ezequiel a sorti en douce la petite fiole brune des ivresses consolatrices. Du sec, pas vraiment de nature à le calmer, tant il n’aimait pas qu’on méprise ses découvertes antiques…


Le béret vissé bas sur le chef, l’homme en uniforme vert a traversé l’avenue, d’une nonchalance épaisse.

- Vous restez pas là les gars a-t-il sentencé en se tapotant le dodu des phalangettes avec l’extrémité du bâton blanc …
- On est pas dans les normes ?
Les yeux du garde ont à peine roulé derrière les hublots, et le métronome a ralenti un zeste le rythme, un poco piu staccato.
Ezequiel avait déjà l’haleine qui puait l’explosif, il a allumé la mèche :
- T’es comme nous, hein, t’aimes bien la musique ?
Il s’est mis au garde à vous, et lui a envoyé sans fausse note la Posthorn Serenade Köchel 300 et des poussières à travers les joues.
Le gars a essuyé les postillons en ré majeur sur ses lunettes, la fossette au milieu du menton s’est à peine creusée. La moustache, épaisse, a frémi. Il était déjà en train de préparer le cagibi borgne où on ne pouvait accéder que par les toilettes de son bureau.

Quand il s’est réveillé sur son banc, Longtim’ s’est demandé où Ezéquiel était passé.

Longtemps.

Ce soir il est parti dormir sur les rives du fleuve. Il a rêvé, Long time ago.

« Il y a bien longtemps, une nuit d’été, un type, sage, qui parlait tout doucement, est venu raconter l’avant, et l’après. Les poussières d’étoiles, la naissance du soleil, ce jour d’orage où la foudre est tombée sur un étang, et où les molescules –c’est le mot qu’il m’a dit, je crois …- ont commencé à danser les unes avec les autres, à inventer des farandoles en courses d’hélices, à s’habiller de membranes, fines…
- Comme des robes ?, j’ai demandé.
Il m’a répondu avec ce regard, le même que les vieilles nous glissent avec les sous, quand on fait la manche.
- Fines, .. et intelligentes.
Il a continué en souriant, les météores, les images peintes avec de la terre, sur les murs des grottes. Il a inventé la vie, avec ses mains qui bougeaient au dessus du feu, dans les étincelles. Il m’a raconté, le type sage, le grand voile rouge autour du soleil, un matin.
- Toutes les bêtes vont étouffer, et les prairies prendront feu comme un vieux journal, qu’il m’a dit.

Ezéquiel, je crois qu’il travaillait dans un laboratoire, Tard, souvent. Il ne voyait jamais du monde que dans ses tubes en verre, et il lisait des livres, écrits petit, qui donnaient mal au crâne.
Ezéquiel était là quand le gars a parlé, de l’avant, et puis de l’après. De l’homme, minuscule, et misérable, au milieu du temps. Il m’a raconté que quelques jours plus tard, il a arrêté. Tout, même de se laver. C’était plus la peine … C’est comme ça qu’il a fini par arriver sur l’avenue… ».

Il a rêvé, Longtim’, qu’il pourrait y arriver. A le dire. Et que tout le monde l’écouterait.

…

La tenture épaisse s’est entr’ouverte derrière le fauteuil chairman.

Le chien interrompt son manège, oreille dressée.

Costume, lunettes, noirs.
L’index droit se pose sur le dos du poignet gauche, retroussant un centimètre de manche dont le tissu revient aussitôt prendre un tombé impeccable.

- It’s time, Mr President

Le costume noir avec les lunettes assorties a refermé la porte et emmené le chien vers le jardin. Lui s’est assis dessinant de ses deux mains jointes sous le menton, un triangle. « Bien. » Il a ajusté les coudes sur l’acajou du bureau pour que l’isocèle soit parfaite. « Très bien. »

Au même étage, des hommes en uniforme kaki réglaient les détails de l’opération.
A lui il restait un point crucial. Voyons, quel nom allait-on lui choisir ?

L’inspiration le snobant désespérément, il a pointé la télécommande vers le Screenlight, dernier modèle livré avant hier, et négligé rapidement le bulletin d’infos pour admirer le design de l’objet.

…

Ce matin, Long Time Ago a déterré la pierre. Seul.

Un bloc de diorite noir de plus de deux mètres de hauteur. Seize colonnes côté face et vingt-huit au revers, gravé en caractères cunéiformes. La sagesse des clous.

Il a le souvenir exact de ce que lui a montré Ezequiel. Deux cent quatre-vingts articles décrivant la procédure légale en vigueur, énonçant les peines prévues en cas d'accusations injustes ou de faux témoignages et les sanctions opposables aux magistrats en cas d'abus de pouvoir. L’exercice du droit de propriété, le régime des dettes, des prêts et des dépôts. Egalement des règles régissant le droit de propriété et l'organisation de la famille. Des paragraphes concernant les blessures corporelles indiquent les peines prévues à l'encontre des médecins en cas d'échec d'une opération ainsi que les peines sanctionnant les dommages causés par la négligence dans diverses professions. La base du droit criminel est le principe de l'égalité des représailles, comparable à la loi du talion.

Si le code ne contient pas de lois concernant la religion, il expose la division de la société en trois classes (hommes libres, subordonnés, esclaves), et s'efforce de promouvoir la justice en organisant la protection des plus faibles (les femmes, les enfants, les esclaves) contre les exactions éventuelles des puissants.

- Il y a 3 000 ans, avait dit Ezequiel … Bab’Ilim, la Porte de Dieu.

La pierre, enterrée sur les berges de l’Euphrate. Une des copies du Code, commandée par Hammourabi.
Longtim’ considère la diorite noire, en se tâtant la nuque. Il y a 3 000 ans …

…

Des oiseaux ont traversé le ciel en un convoi sombre.

La lumière a longtemps cherché son chemin à travers un dédale de fumées âcres.
En bas la terre Ă©tait comme cuite.

Et les os, blanchis.

…

… Dows 8.4% surge best weekly percentage advance since 1982... IATA says war could easily add 10$ billion to losses on international air travel as passengers hold off on trips possibly well into mid-year season …S&P index rises 7.5%…Tech. heavy composite Nasdaq index takes gain 6.0% past week...Oil’s price tumble 6$ to close at 26.75 began week at 33$ a barrel… Advanced cell technology says US patent and trademark office ruling this week was important victory against competitors bid to control animal cloning…

La secrétaire a posé en toussotant le dossier sur l’angle du bureau.

Il a sursauté. Ses yeux se sont ouverts d’un air concentré sur les dernières nouvelles financières qui clôturaient les news. Il a signé les trois décrets. Quand elle a repris le parapheur, il a humé au passage une aisselle qui fleurait la serre climatisée.

Vraiment, on allait vers un monde parfait.


Printemps 2003

#4 Ariel

Ariel

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Posté 08 aoűt 2007 - 02:41

En passant,

une lecture de ces jour-ci:

http://www.leforumbleu.net/message.php?id=...&fredblog=0

HaKa

#5 Ariel

Ariel

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Posté 27 aoűt 2007 - 02:53

En passant,

Spaziergang zu allen Jahreszeiten

FĂĽr E.



Noch arm in arm

entfernen wir uns voneinander



bis eines wintertags

auf dem ärmel des einen

nur schnee sein wird



Reiner Kunze



...


Un arbre ne cache pas la forĂŞt.

- l'inventer


Cheyne, le 23 août 2007

#6 Ariel

Ariel

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Posté 14 septembre 2007 - 06:17

Six, sept feuillets,
sur l’écorce de bouleau.
De la poésie en fuite.

Il est dit (de mémoire, maladroite, et chahutée)

… le miel sauvage sent la liberté
dans les violettes l’odeur des lèvres,
l’amour, une pomme,
quand l’or ne sentirait rien
mais que nous savons, maintenant,
que seul le sang a le goût du sang…


On chemine parmi les objets du quotidien,
jusqu’à la chambre blanche,
l’ « espace métaphorique » et
sept battements de cœur
au rythme sourd, inéluctable,
des élégies nordiques

Il n’est ensuite,
pas un objet,
pas un regard sur la lumière ou l’ombre de l’appartement 44,
qui ne soit chargé de sens

Et ces instants,
mais si longs,
toute parole impossible, nouée.

Je n’ai pas souvenir
d’avoir été dans les pas d’une écriture
et de sentir, à ce point, la présence.

Jamais, non jamais,

Ce qu’on ne peut mutiler


Avenue Liteyny
L’appartement d’Anna Akhmatova


#7 Carla.

Carla.

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Posté 26 septembre 2007 - 10:23

Il y a des Ă©critures qui commettent l'illusion, d'autres qui vivent...Tu me donnes envie de relire certains auteurs russes que j'affectionne.

Ce matin, nous passons du temps ensemble, je t'offre un p'tit café...

#8 Ariel

Ariel

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Posté 26 septembre 2007 - 10:34

Il y a des Ă©critures qui commettent l'illusion, d'autres qui vivent...Tu me donnes envie de relire certains auteurs russes que j'affectionne.

Ce matin, nous passons du temps ensemble, je t'offre un p'tit café...



Spassiba ...

#9 F?lice

F?lice

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Posté 26 septembre 2007 - 10:00

Ewigkeit

Je savais que l'écriture se faisait de l'extérieur vers le centre,
puis du haut vers le bas,
enfin de la gauche vers la droite.
Je savais, ça.
Le reste, il me l'a appris.

Tout d'abord, il a dessiné un point en forme de goutte.
Il a dit " c'est une pierre qui tombe ..."

Il a retrempé le pinceau dans les deux récipients sur sa droite,
a tracé une ligne horizontale sous le point.
Il a dit " c'est mille ans "

puis une verticale plus longue avec un petit retour Ă  son pied.
Il a dit " c'est une liane qui descend vers le sol "

Il dessinait l'idéogramme de l'éternité.

...

Il a déroulé le papier de son support de bois, et il a recommencé, en utisisant les écritures chinoises "cursives".
De plus en plus vite.
La course à l'éternité.

J'ai appuyé sur le petit bouton, sur la paroi de verre,
et le film est revenu à son départ.
Je voulais revoir cette éternité lente,
con'sentie.

Je trouvais dans ce moment une "épure poétique" transmise.
(dans la maison des Ecritures, Ă  Figeac.
Une visite qui est loin d'ĂŞtre "facile"
- on est dans la maison de Jean-François Champollion -
mais oĂą on peut trouver quelques moments de magie)


Je crois que le présent amènerait peut-être autrement l'image que le passé composé.

Il y a une atmosphère très, très chaleureuse, dans ce texte. Des sensations pointues.

Jaguar.

#10 Ariel

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Posté 27 septembre 2007 - 01:54

http://akhmatova.spb.ru/en/expo.php


Tout, sauf une errance

#11 Ariel

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Posté 25 octobre 2007 - 01:42

Au droit des palis, l'amarrée absente.

La signature tremble
Ă  la surface des eaux

Vois-tu cette triste mine ?

- ils dessinèrent des figures simples
à même la dérobée d'un sol -

Quelle dilution ...

Par quelle échelle se sont-ils enfuis, celle de l'immensité ?
A dessiner des montagnes à l’envers de l’eau,

Comme on y pose un cercle sur la surface,
Puis un autre …

Des Nanda Devi, des Fujiyama,
Des plus que toujours
Aux couronnes d’éternités blanches.

(elle me montre ses chemins
Invisibles aux yeux ouverts,
Parsemés d’étranges bivouacs)
- LĂ  haut me dit-elle.

Et moi, qui regarde la constance des profondeurs.

Au pied, il y avait un jardin …



en sourdine : http://fr.youtube.com/watch?v=j5JAyY1lIyA

#12 Ariel

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Posté 25 octobre 2007 - 03:39

VĂ­sur vatnsenda-rĂłsu
Rosa Guthmundsdottir

"AugaĂ° mitt og augaĂ° Ăľitt,
og þá fögru steina
mitt er Ăľitt og Ăľitt er mitt,
þú veizt, hvað eg meina.

Trega eg Ăľig manna mest
mædd af tára flóði,
ó, að við hefðum aldrei sést,
elsku vinurinn góði.

Langt er síðan sá eg hann,
sannlega frĂ­Ă°ur var hann, frydur
allt, sem prýða mátti einn mann,
mest af lýðum bar hann.

Engan leit eg eins og Ăľann
álma hreyti hjarta.
Einn guĂ° veit eg elskaĂ°i hann
af öllum reit míns hjarta.
Þó að kali heitur hver,
hylji dali og jökul ber,
steinar tali og allt, hvaĂ° er,
aldrei skal eg gleyma þér.
Augað snart er tárum tært,
tryggĂ° Ă­ partast mola,
mitt er hjartað sárum sært,
svik er hart aĂ° Ăľola.
Beztan veit eg blĂłma Ăľinn,
blĂ­Ă°u innst Ă­ reitum.
Far vel Eyjafjörður minn,
fegri öllum sveitum.
Man eg okkar fyrri fund,
forn þó ástin réni.
NĂş er eins og hundur hund
hitti á tófugreni. "


Vous ne parlez pas islandais ? Dommage.
Je n'ai pas trouvé de traduction française convaincante,
seulement une version en anglais et une en portuguais.

De loin, l'idée est à peu près celle-ci

Mes yeux, tes yeux
- Oh ces merveilles de pierres,
Les miens Ă©taient tiens, les tiens Ă©taient miens
Comprends-tu ce que j’entends par là

Il y a longtemps que je ne l’ai vu
Il Ă©tait vraiment si serein
Dans tout ce qui peut embellir un homme
Le porter au dessus des autres

Toi que je pleure au-delĂ  de tout
Alourdie de ce flux de larmes
Que jamais nous ne nous soyons rencontrés
Mon cher, mon ami adoré.


Je crois que c'est une histoire où le coeur a cédé devant la raison.

"Rosa Guthmundsdottir (1795-1855) était une femme intelligente et belle qui écrivait de la poésie comme les autres parlaient". "

Pour qui serait gêné par la chorégraphie parfois un peu pesante de la première partie de la vidéo,
- mais peut-ĂŞtre le texte le justifie t-il -
cette deuxième version, avec uniquement Bjork, et la musique d'Hectir Zazou
http://www.wat.tv/playlist/592520/video/59...senda-rosu.html .

Mais je trouve l'idée du reflet en surimpression sur la silhouette de la danseuse si juste ...

#13 Fleur de Lotus

Fleur de Lotus

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Posté 26 octobre 2007 - 11:57

VĂ­sur vatnsenda-rĂłsu
Rosa Guthmundsdottir

"AugaĂ° mitt og augaĂ° Ăľitt,
og þá fögru steina
mitt er Ăľitt og Ăľitt er mitt,
þú veizt, hvað eg meina.

Trega eg Ăľig manna mest
mædd af tára flóði,
ó, að við hefðum aldrei sést,
elsku vinurinn góði.

Langt er síðan sá eg hann,
sannlega frĂ­Ă°ur var hann, frydur
allt, sem prýða mátti einn mann,
mest af lýðum bar hann.

Engan leit eg eins og Ăľann
álma hreyti hjarta.
Einn guĂ° veit eg elskaĂ°i hann
af öllum reit míns hjarta.
Þó að kali heitur hver,
hylji dali og jökul ber,
steinar tali og allt, hvaĂ° er,
aldrei skal eg gleyma þér.
Augað snart er tárum tært,
tryggĂ° Ă­ partast mola,
mitt er hjartað sárum sært,
svik er hart aĂ° Ăľola.
Beztan veit eg blĂłma Ăľinn,
blĂ­Ă°u innst Ă­ reitum.
Far vel Eyjafjörður minn,
fegri öllum sveitum.
Man eg okkar fyrri fund,
forn þó ástin réni.
NĂş er eins og hundur hund
hitti á tófugreni. "


Vous ne parlez pas islandais ? Dommage.
Je n'ai pas trouvé de traduction française convaincante,
seulement une version en anglais et une en portuguais.

De loin, l'idée est à peu près celle-ci

Mes yeux, tes yeux
- Oh ces merveilles de pierres,
Les miens Ă©taient tiens, les tiens Ă©taient miens
Comprends-tu ce que j'entends par lĂ 

Il y a longtemps que je ne l'ai vu
Il Ă©tait vraiment si serein
Dans tout ce qui peut embellir un homme
Le porter au dessus des autres

Toi que je pleure au-delĂ  de tout
Alourdie de ce flux de larmes
Que jamais nous ne nous soyons rencontrés
Mon cher, mon ami adoré.


Je crois que c'est une histoire où le coeur a cédé devant la raison.

"Rosa Guthmundsdottir (1795-1855) était une femme intelligente et belle qui écrivait de la poésie comme les autres parlaient". "

Pour qui serait gêné par la chorégraphie parfois un peu pesante de la première partie de la vidéo,
- mais peut-ĂŞtre le texte le justifie t-il -
cette deuxième version, avec uniquement Bjork, et la musique d'Hectir Zazou
http://www.wat.tv/playlist/592520/video/59...senda-rosu.html .

Mais je trouve l'idée du reflet en surimpression sur la silhouette de la danseuse si juste ...


Bonjour Ariel, j'aime beaucoup tous ces textes que tu nous fait découvrir, les tiens et ceux d'autres, en allemand, islandais, etc. J'ai lu une partie de "En passant", je me remettrai à cette lecture plus tard, riche aussi par les différents échanges. Ces textes d'autres cultures, d'autres façons de penser et de s'exprimer. Cela donne une liberté et aussi une distance par rapport au français, il n'y a pas que le français dans l'écriture...même si c'est en français que nous on écrit.
Est-ce que tu pourrais mettre la traduction en anglais de ce texte, je lis aussi en anglais (si tu as cette traduction) et j'aimerais bien pouvoir la lire. Mes connaissances en langues scandinaves me permettent de saisir un peu une partie du texte en islandais (ce qui est déjà agréable, je peux un peu le sentir) mais c'est encore bien insuffisant, vu la grammaire de l'islandais que je ne connais pas. J'aime tout ce qui est culture scandinave et sa littérature aussi. Si tu as d'autres textes qui te viennent à l'idée d'auteurs scandinaves, je serais ravie de les lire. Tu comprends donc l'islandais? Ne suis pas encore allée sur le lien de musique. Apprécie Bjork aussi.
Des petites phrases de Juan Ramon Jimenez:
Esa distancia infinita de volver
Que se corre tan facilmente al ir

Le texte de Rosa Guthmundsdottir m'a rappelée ce temps où j'étais imprégnée de littérature scandinave. Et ces auteurs ont toujours une place particulière pour moi, comme les norvégiens tant attachés à la nature, une force des caractères, parfois remplis de silence, ces émotions sourdes et profondes des héros qui restent en eux, cette difficulté parfois qu'ont ces héros à dire leurs sentiments, présence forte dans le silence, la lumière du Nord, le froid, le vent, la solitude, la beauté, une forme de pureté, des paroles sans concession aussi, de la poésie, cette mythologie qui a inspiré Tolkien, ces trolls, ces elfes, enfin bref tout un monde que le monde scandinave...Et l'Islande que je ne connais pas...ces grandes sagas et sa littérature prolixe...que j'aimerais découvrir...

Merci pour cette lecture très enrichissante. Fleur de Lotus

#14 Ariel

Ariel

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Posté 26 octobre 2007 - 03:35

Bien sûr ...

Voici deux extraits tirés de liens via les moteurs de recherche classiques.


my eyes and your eyes,
o, those beautifull stones.
mine is yours and yours is mine,
you know what i mean.
long is it since i saw him,
truly was he beautifull,
everything good in a man, (this line is a guess)
the best in the crowd
you i miss the most
tired of a river of tears
o, that we never met
my dearest friend.


this song is basicly about a womans heart breaking, and in icelandic it´s one of the most beautifull songs written.


My eyes and your eyes
Oh, those fair stones [gleam] ("gleam" only to rhyme)
Mine was yours and yours was mine
You know what I mean
Long has it been since I saw him
He was truly handsome
All the grace a man should have
He stood out from among them
You I mourn for most of all
Weary with a flood of tears
Oh, that we never had met
My fond friend, my dear



When I was in Iceland in 1997, I found a little blurb about Rosa Guthmundsdottir on a folk music tape that had Visur Vatnsenda-Rosu on it. I wrote it down in my little book.
Enjoy,
-Steve Williams (a.k.a. steephyn, Stephen D. Williams)

...

et une biographie de R. G. trouvée sur un de ces liens

Rosa Guthmundsdottir (1795-1855) was a very intelligent and beautiful girl "who made poetry as fast as other people talked". She was a maid at a magistrate's estate and fell madly in love with his clerk, a handsome and very promising young man. He loved her too but his fate was to make the magistrate's daughter pregnant. His life became one of wealth and happiness; her world was from then on one of poverty and despair. Yet she always loved him and these beautiful verses are a token of her bleeding heart.

Je ne connais pas l'islandais. J'ai utilisé via "Lexilogos" un petit dictionnaire informatique, où j'ai eu beaucoup de mal à trouver quelques mots seulement. Parfois peu cohérents avec le texte anglais.
fríður, par exemple semble signifier la paix, et non la beauté ou l'élégance. Mais le dictionnaire est très fruste, j'ignore la conjuguaison, et même l'alphabet a des subtilités.
Par contre on retrouve des racines communes avec l'allemand. Le -sauf erreur de ma part- Augen/AugaĂ° des Yeux, Stein/steina de Pierre ...

Ce qui est intéressant c'est d'explorer. Aller à la rencontre d'une langue étrangère permet une sorte de respect, là où je trouve que la poésie se lit toujours beaucoup trop vite, au détriment du sens, voire des sens si on considère ceux qui sont cachés.

C'est ainsi que je prendrai tout mon temps pour ces deux lignes d'un Ă©crivain espagnol que je ne connais pas.

Quand à la diction islandaise de Bjork, la beauté en est du même niveau que les caractères un peu runiques de la langue écrite.

Magie ...

#15 Fleur de Lotus

Fleur de Lotus

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Posté 02 novembre 2007 - 12:42

Bien sûr ...

Voici deux extraits tirés de liens via les moteurs de recherche classiques.


my eyes and your eyes,
o, those beautifull stones.
mine is yours and yours is mine,
you know what i mean.
long is it since i saw him,
truly was he beautifull,
everything good in a man, (this line is a guess)
the best in the crowd
you i miss the most
tired of a river of tears
o, that we never met
my dearest friend.


this song is basicly about a womans heart breaking, and in icelandic it´s one of the most beautifull songs written.


My eyes and your eyes
Oh, those fair stones [gleam] ("gleam" only to rhyme)
Mine was yours and yours was mine
You know what I mean
Long has it been since I saw him
He was truly handsome
All the grace a man should have
He stood out from among them
You I mourn for most of all
Weary with a flood of tears
Oh, that we never had met
My fond friend, my dear



When I was in Iceland in 1997, I found a little blurb about Rosa Guthmundsdottir on a folk music tape that had Visur Vatnsenda-Rosu on it. I wrote it down in my little book.
Enjoy,
-Steve Williams (a.k.a. steephyn, Stephen D. Williams)

...

et une biographie de R. G. trouvée sur un de ces liens

Rosa Guthmundsdottir (1795-1855) was a very intelligent and beautiful girl "who made poetry as fast as other people talked". She was a maid at a magistrate's estate and fell madly in love with his clerk, a handsome and very promising young man. He loved her too but his fate was to make the magistrate's daughter pregnant. His life became one of wealth and happiness; her world was from then on one of poverty and despair. Yet she always loved him and these beautiful verses are a token of her bleeding heart.

Je ne connais pas l'islandais. J'ai utilisé via "Lexilogos" un petit dictionnaire informatique, où j'ai eu beaucoup de mal à trouver quelques mots seulement. Parfois peu cohérents avec le texte anglais.
fríður, par exemple semble signifier la paix, et non la beauté ou l'élégance. Mais le dictionnaire est très fruste, j'ignore la conjuguaison, et même l'alphabet a des subtilités.
Par contre on retrouve des racines communes avec l'allemand. Le -sauf erreur de ma part- Augen/AugaĂ° des Yeux, Stein/steina de Pierre ...

Ce qui est intéressant c'est d'explorer. Aller à la rencontre d'une langue étrangère permet une sorte de respect, là où je trouve que la poésie se lit toujours beaucoup trop vite, au détriment du sens, voire des sens si on considère ceux qui sont cachés.

C'est ainsi que je prendrai tout mon temps pour ces deux lignes d'un Ă©crivain espagnol que je ne connais pas.

Quand à la diction islandaise de Bjork, la beauté en est du même niveau que les caractères un peu runiques de la langue écrite.

Magie ...


Merci Ariel, vraiment, pour la traduction et pour les informations sur Rosa Guthmundsdottir (1795-1855).
Pardon pour ma réponse tardive.

Oui Augen les yeux, steina les pierres.
AugaĂ° mitt og augaĂ° Ăľitt,
og þá fögru steina
mitt er Ăľitt og Ăľitt er mitt,
þú veizt, hvað eg meina.


Tes yeux et mes yeux
Et sur ces belles (?)pierres (pierres des yeux)
Je suis toi et tu es moi (littéralement le mien est tien, le tien est mien, mitt le mien er est ditt le tien)
Tu sais ce que je pense (ce que je veux dire, ce que j'entends par là) (selon moi, quand il la regarde, il a la clé de son esprit à elle et de ses pensées, elle n'a pas besoin de parler, elle est transparente pour lui)

(lorsqu'ils se regardent dans les yeux, leurs belles pierres d'yeux, ils se comprennent entièrement, sans paroles)

Trega eg Ăľig manna mest
mædd af tára flóði,
ó, að við hefðum aldrei sést,
elsku vinurinn góði. (elsku: elske en danois aimer peut-être l'amour triomphera des dieux? just a guess...)

Langt er síðan sá eg hann,
sannlega frĂ­Ă°ur var hann, frydur
allt, sem prýða mátti einn mann,
mest af lýðum bar hann.
Depuis longtemps je ne l'ai vu (langt= long er= est sidan=depuis sa= ai vu eg=je hann=lui)
Il était d'une paix "sannlega", tout était joie en lui (frydur, fryde en danois= se réjouir, fryd= joie en danois)fríður= je te confirme que ce mot signifie la paix fred= paix en danois et comme les racines sont communes
(...)


steinar tali og allt, hvað er, les pierres ont parlé et tout, ce qu'il est,
aldrei skal eg gleyma þér. je ne devrai jamais l'oublier ici (dans ce monde) (aldrei= jamais gleyma=oublier skal=devoir) je ne l'oublierai jamais (le skal donne une force supplémentaire, verbe modal, comme shall en anglais)

"Ce qui est intéressant c'est d'explorer. Aller à la rencontre d'une langue étrangère permet une sorte de respect, là où je trouve que la poésie se lit toujours beaucoup trop vite, au détriment du sens, voire des sens si on considère ceux qui sont cachés." Oui entièrement d'accord. Et avec une langue étrangère, comme tu dis, on prend le temps, en cherchant les mots, dans le dictionnaire, on approfondit, on saisit mieux la beauté qu'en faisant une lecture rapide, on en saisit les mots derrière les mots. La première lecture se fait sur une musique générale et après on va au profond. "voire des sens si on considère ceux qui sont cachés." L'imaginaire permet souvent des sens cachés, le surréalisme aussi.

"Quand à la diction islandaise de Bjork, la beauté en est du même niveau que les caractères un peu runiques de la langue écrite." Oui. Ses clips sont étonnants aussi. Couleurs...Vie...Force...Innocence...Une éternelle enfant, Bjork, qui sait rester enfant, tout en étant une grande...Qui explore toujours et encore et ne craint pas d'étonner, de surprendre.

Oui. Magie...
Fleur de Lotus

Quitte à être longue dans ce com, j'espère que tu me pardonneras...je ne peux résister à mettre des extraits de textes du livre Marie Grubbe de Jens Peter Jacobsen (Ombres) (lu il y a longtemps)

"De tous mes livres peu me sont indispensables: deux sont toujours parmi les choses à ma portée, où que je sois. Ici même ils sont près de moi. Ce sont la Bible et les livres du grand poète danois Jens Peter Jacobsen. A propos, connaissez-vous ses oeuvres? Vous pouvez facilement vous les procurer." Rainer Maria Rilke: Lettres à un jeune poète.

"Quand elle songeait au passé, ce passé lui semblait une lutte épuisante, une bousculade incessante pou avancer sans but: le tout éclairé d'une lumière crue, brûlante, et agité d'un bruit assourdissant, insupportable. Ici, elle avait une délicieuse sensation de calme, de repos jamais troublé dans l'ombre bienfaisante, dans le silence doux et ami, et elle aimait à rehausser la paix de ce refuge en se figurant le monde extérieur où l'on continuait à se battre, à se presser, à faire du bruit, alors qu'elle avait trouvé un petit coin paisible où personne ne pouvait troubler sa solitude si délicieusement obscure.
Mais, à mesure que le temps passait, le calme se fit lourd, la paix inanimée, l'ombre noire; et elle prêtait l'oreille pour distinguer un bruit vivant du dehors".

"On eût dit qu'il avait une façon à lui de comprendre les gens et les choses, et c'était avec un allègre dédain, du moins aux yeux de Marie, qu'il affirmait la prédominance de la bête dans l'homme ou qu'il exposait combien il se cachait peu d'or dans les scories de la nature humaine. L'éloquence froide et passionnée qu'il mettait à prouver combien l'esprit des hommes manquait de suite et de quelle façon tâtonnnante, et irraisonnée, caprices du hasard et de l'occasion, les principes nobles et les principes vils luttent dans notre âme, cette éloquence la ravissait; et elle commançait à se dmander si des dons plus rares et des forces encore plus grandes que ceux des communs mortels ne lui avaient pas été départis. Elle admirait, elle éprouvait même de l'adoration devant cette puissance qu'elle soupçonnait. Et pourtant, en dépit de tout, tapi au fond de son âme, un doute demeurait, latent, jamais réduit au silence mais ne prenant jamais la forme définitive d'une pensée; doute obscur, instinctif qui lui murmurait à l'oreille que cette puissance ne savait que menacer et se déchaîner en furie, désirer et ambitionner, était incapable de fondre sur sa proie et de la saisir."

#16 Ariel

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Posté 03 novembre 2007 - 11:37

Merci de ce passage. Long ou court, c'est vraiment ce type de comm' que demande l'idée de "En passant".

En badant, j'ai trouvé http://forum.bjork.f...?showtopic=4746
ce topic sur un forum. De quoi aller plus loin dans le scandinave, et l'islandais en particulier.
Ou mĂŞme communiquer avec des islandais.


Jens Peter Jacobsen semble vraiment un expert es-ambivalence. J'ai aimé le premier extrait. Beaucoup. Cette résignation dans le détachement et le silence, qui ne se suffit plus.
Vraiment ...

Le deuxième est plus complexe. De l'ambivalence à double-fond , presque.
Enfin, riche, tout ça.

#17 Fleur de Lotus

Fleur de Lotus

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Posté 04 novembre 2007 - 12:19

Merci de ce passage. Long ou court, c'est vraiment ce type de comm' que demande l'idée de "En passant".

En badant, j'ai trouvé http://forum.bjork.fr/index.php?showtopic=4746
ce topic sur un forum. De quoi aller plus loin dans le scandinave, et l'islandais en particulier.
Ou mĂŞme communiquer avec des islandais.


Jens Peter Jacobsen semble vraiment un expert es-ambivalence. J'ai aimé le premier extrait. Beaucoup. Cette résignation dans le détachement et le silence, qui ne se suffit plus.
Vraiment ...

Le deuxième est plus complexe. De l'ambivalence à double-fond , presque.
Enfin, riche, tout ça.

Merci Ariel pour ton message et pour le lien sur l'islandais (forum) (j'en viens).

J'aime bien l'expression "expert es-ambivalence". Sans doute une spécialité scandinave ou danoise, tout et son contraire, et une espèce de force où on touche le fond, et en fait le fond est encore plus profond, mais quand cela s'arrête-t-il? Avancer en reculant, reculer en avançant...et leurs sentiments sont en eux bien longtemps, ils macèrent, ils maturent, avant de sortir au grand jour (ou parfois ils ne sortent pas, ils restent en eux), et là c'est leur soleil de minuit, la grande explosion, attention aux étincelles...

Oui, riche, Jens Peter Jacobsen. Romantisme sombre...A lire en pleine forme ou si on a envie de plonger dans ce sombre envoûtant...Ce sombre je l'ai lu dans le contexte d'un vécu en Scandinavie d'où une compréhension plus immédiate à l'époque...je me plais plus à présent dans la littérature espagnole ou latino, ou américaine, francophone, question d'humeur ou de courage...ou de l'absence de courage...de se replonger dans du trop sombre...

#18 Ariel

Ariel

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Posté 29 novembre 2007 - 12:58

En essayant de corriger mes références courriels,
je suis rentré dans mon "Profil".
Quelle désagréable expression/sensation.

Sauf erreur de ma part, et les géomètres corrigeront, il n'est pas possible de voir son profil, stricto-sensu, à 90°, avec un jeu de miroirs simple. Le profil vrai est une représentation abstraite, une crise identitaire en soi. J'ai laissé tomber.

J'ai trouvé ce texte, ce matin, sur Poezibao. Il n'est pas si étranger à cette impression de détournement de son "être" (être étant en l'occurence un verbe d'action)

C'est un texte très long, avec des passages, des formules, que je trouve fulgurantes, soit écrites par l'auteur, soit citées (une fois de plus, merci à Gaston Bachelard). De la poésie dans l'approche très mécanique de la poésie, du blanc, de l'intangible. D'autres moments me rebroussent le poil, sans doute parce qu'ils utilisent des concepts que je ne manipule pas bien. Tant pis pour moi.

Pour information, Saténik Bagdassarova est russe, et elle écrit directement en français, avec un accent sur Saténik et sur épiphanie. Comme la vodka, ça se boit cul sec et à plusieurs, comme la galette, attention aux dents.



ADHERER A UNE ABSENCE


« La poésie est certes pour Guillevic une adhésion au monde. Mais cette adhésion, elle ne peut sans doute l’effectuer qu’à travers un recul, un retrait sur elle-même, que par la recherche, en elle, de quelque chose de "plus lointain", de "plus central". »
Jean-Pierre Richard


La poésie est un lien entre l’homme et son origine ontologique, elle est révélation de ce qui le fonde. C’est ainsi que l’exprime Octavio Paz dans son ouvrage L’Arc et la Lyre : « Le poème transcende le langage. (…) Le poème est langage – et langage originel, antérieur à sa mutilation dans la prose ou la conversation – mais il est aussi quelque chose de plus. Et ce quelque chose est inexplicable par le langage, quoiqu’il ne puisse être atteint que par lui. Né de la parole, le poème débouche sur quelque chose qui le dépasse. Le poème révèle ce que nous sommes et nous invite à être ce que nous sommes. »

Chez Guillevic, cette source ontologique première gît au fond de toute image. Appréhendés comme des situations spatiales, les poèmes forment une structure ouverte par excellence, rendent perceptible la présence de l’air dans l’intervalle entre les mots. Celui-ci n’est plus un élément conventionnel, mais un milieu où s’ébauchent des propositions de sens. L’insistance des lacunes dans les rapports entre les mots que Maurice Blanchot désigne par le terme d’«entre-dire», constitue effectivement la tonalité de sa parole, son essence même. Chez Guillevic, les mots finissent toujours par se taire, se dissoudre dans la blancheur de la page, comme s’ils avaient pour seul but de nous faire adhérer à une absence.


Cette évanescence progressive des mots est indissociable de la nature transitoire et fugitive de l’espace poétique lui-même. Il s’agit donc d’une subversion du code habituel de la langue qui enferme et limite. En mettant le sens ailleurs que dans la signification, Guillevic réduit la part de la langue au profit de la lucidité du dire poétique, appelle dans l’ouvert :

Il y a des silences
Gros de silence
Ils s’écoutent.


La dépossession de la parole n’est pourtant qu’une première étape vers la figuration d’un espace ontologique. Ainsi, chaque mot reprend son sens originel, instaure des relations nouvelles avec l’espace qui le pénètre. Comme l’a bien démontré Gaston Bachelard, la présence d’un espace tremblant et insaisissable est une matière qui coule dans tous les vers, elle n’est pas un temps matérialisé, pas davantage une durée vivante. Elle a la même valeur concrète que l’air que nous respirons. Le vers est une réalité pneumatique. Il est une création du bonheur de respirer. L’espacement des poèmes est rendu possible essentiellement par le retour perpétuel du blanc qui est le signe graphique du silence.

Le blanc en tant que véhicule ordinaire du silence en poésie est donc susceptible de prendre une signification symbolique bien précise : il apparaît comme le symbole et l’instrument d’une révélation :

On peut toujours se dire
Que le blanc va brûler.

Le fait d’inscrire en marge du visible la part la plus précieuse du message poétique rend plus qu’évidente la solidarité du sensible et de l’intelligible. La perception visuelle de la spatialité inhérente au langage constitue une activité symbolique par excellence: «à la contingence naturelle des perceptions ne s’oppose plus un système artificiel de signes, mais, au contraire, la perception contient déjà elle-même, en vertu de sa spécificité spirituelle, un moment formel qui lui est propre, qui, au stade ultime de son développement, se manifeste dans la forme du mot et du langage. »

Le blanc est donc une concentration de l’effacement, une libération du tourbillon des images, des désirs, des émotions, «la mémoire de l’oubli» pour reprendre l’expression de Jabès. Le poème constitue un carrefour épiphanique où l’être du langage tend toujours vers son disparaître : à travers la transcription visuelle de l’effondrement du langage qu’est le blanc s’effectue une échappée hors de l’ordre du temps. Si l’exploration de l’espace est indissociable de celle du temps, c’est que les consciences perceptive et temporelle sont généralement définies par la même structure d’horizon : il faut passer par le regard qui embrasse la page du poème pour ressentir la profondeur du temps. Cela n’est possible que dans un espace vide entaillé de blanc, que l’on considère comme la part de l’absence dans le présent immanent du poème. Par l’entrée dans la zone de l’ouvert (qu’on appelle généralement spaciosité) qui échappe à toute mesure spatiale et temporelle, le lecteur s’affranchit quoique momentanément des contingences de l’étendue, espace objectivé et maîtrisable. Le passage d’une dimension spatiale à une autre recouvre celui de l’imaginaire à l’imagination poétique dont le contenu affectif est radicalement différent : si l’étendue détruit tout rapport à autrui en instaurant le moi dans sa volonté de possession, la spaciosité dépouille le moi de toute préférence narcissique à force de le reconstruire et de l’effacer.

L’ouverture d’un espace dans l’espace permet donc de rejoindre des situations premières, mais aussi détient un pouvoir de résurrection : la surface du dire des poèmes avec ses marges et ses blancs mime un perpétuel cheminement du sujet vers les étapes périmées de son existence, sa fuite dans un espace atemporel, devient le lieu de la métaphorisation des perspectives spatio-temporelles, mais surtout celui de l’épiphanie de l’oubli pour le poète lui-même.

Saténik Bagdassarova


#19 Ariel

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Posté 07 décembre 2007 - 07:27

Avec quelques cercles de plus


6 - Confidence de la lumière


Dans le plus secret du jardin
Hier
J'ai mis un arbre en terre

Appelé "Nous"*

De l'un Ă  l'autre
Peine remise,
Et toute parole donnée


13 janvier 2004


*"Parce qu'il a la saveur juste du vivant."
(Valérie Gonzales)

#20 Ariel

Ariel

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Posté 08 décembre 2007 - 08:12

Les Yeux trahis

...

"Anima* (la main tendue à l’âme errante)

Porghimi la to manu
Sopra e case viote
Sopra e case ciotte
T’aghju portu la manu
Induv’ell’hanu campatu elle
A’ l’agrottu à l’ogrottu
Tant’anime ferite
Di l’inguerni
Chi brusgianu le sarre
Chi frighjenu la vita
A’ l’agrottu
T’aghju portu la manu
L’inguerni
Chi brusgianu le sarre
E l’inghjulie
Chi frighjenu la vita"


*Texte de Patrizia Gattacecca

Sur tes pas de loup, vers la bergerie,
Ivan, Ivan,
Ne te retourne pas

- j’aurais juré qu’il y avait quelqu’un

Non, ne te retourne pas,
sais-tu seulement la profondeur de tout ceci
où tu suivrais le moindre gravillon t’entraîner dans sa chute

- j’aurais juré qu’il y avait quelqu’un

Ivan Ivan
Payer d’un ciel rayé de noir
Trois semonces lourdes
Nuque brisée sur les dalles

Qui t’a trahi ?
-il a suffi d’un regard rivé vers le sol-
Le tien une dernière fois levé vers la lumière

« Où es-tu à l’heure de la lune ancienne
Mère de la terre parfumée
Récoltes d’été vous avez un goût de cendre

Répondez-moi voix de mes ancêtres »


- il y avait dans ce pays, dans de maisons aux volets clos, tant de saisons mortes à venir, que je n’y voyais plus qu’une silhouette, allant à pas ratissés, seule, vieille, et mienne-

(22/12/2003)

#21 Ariel

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Posté 11 décembre 2007 - 03:51

Bonjour, toi.

...

Ah, Mathilde ....

Rude prénom,
dans l'ordre, Henri l'Oiseleur, Otton le Grand, Hugues Capet.

Guerrier,
ne le précipite pas !

...

Hmmm,
tu utilises le mot "confiés", qui se rapproche plus de la confiance que de la confidence.
Pourtant, c'Ă©tait bien cette confiance qui Ă©tait Ă  l'origine du texte.

Un monde
auquel on confierait ses propres mains,
enterrées parmi les racines.
Là se tient la confiance en la lumière,
non ?

...

toute la douceur du monde dans ton regard mouillé.
Comme la douceur du mur que tu as levé,
chaque pierre liée par simples respect et patience.
Et le mur mêle sa douceur à l’ombre d’une lignée d’ifs.
Et l’if, au temps ralenti
rassure de son ombre et la terre et la pierre

contre toute menace,
d’intemporalité.


Le mĂŞme monde,
mais que j'imagine,
simple.

Mais c'est très vieux.

#22 Ariel

Ariel

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Posté 20 décembre 2007 - 04:29

Somniat ursus


Blanc,
Sur blanc.
Et la brise de peindre de givre la banquise,
D’organisations géométriques,
Spirales, paraboles
Comme autant de coquillages
Traits sombres d’un instant qui observe
- Les voit-il ?

Patte,
Sur patte.
Paupières fermées sur ce qu’il a de plus obscur, le regard,
Des lignes, sans histoire
Chaos, et vacarmes
Comme autant de faces d’enfers
Fontes, et reflets vides. Les escales,
Sur le trajet du cauchemar

Blanc sur blanc.
Et le ventre Ă©coute la glace,
Et la peau écoute l’air,
Et toute autre forme de vie sera exclue au passage
D’un éclair noir qui tranche,
Sans pardon.
Il est seul, alors il se sent mal
Il est mal, et veut en rester seul


Blanc,
Sur blanc.
Et la brise de peindre la banquise,
D’organisations géométriques,
Spirales, et paraboles
Comme autant de coquilles vides
Des reflets de ciel
Et de ses rĂŞveries les refuges



- 2002 - To Louise, and Gro
http://www.ngo.grida.no/wwfap/polarbears

#23 Ariel

Ariel

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Posté 17 janvier 2008 - 06:15

- Where have we met before ?


L'appartement existe. Il est toujours Ă  louer, pour les visiteurs de passage Ă  Rome.
(voulez-vous les coordonnées ?)


Chère archéologue,

Je n'ai jamais répondu à ta question.

Le petit texte en italien est une traduction d'un poème d'Emily Dickinson.
En seras-tu surprise ?
- Bien sûr que non.

Le texte exact semble ĂŞtre celui-ci,
je n'ai pas l'original en anglais.

" Questo è un germoglio del cervello-
un piccolo seme in corsivo
piantato da un disegno o dal caso
che lo spirito ha generato-
esitante come il vento nelle sue camere
rapido come la lingua di un torrente
cosi' è il processo segreto
del fiore dell'anima ."



J'aime à le penser en italien, jusque dans les ambiguités que ma mauvaise connaissance de cette langue y laisse planer (disegno peut par exemple être traduit par dessin, ou dessein. Piccolo seme in corsivo .... C'est un cheveu du Bernin; je ne voudrais pas traduire ça - Tradittore, me dirais-je)


Merci d'avoir exhumé cette histoire, elle est sûrement très belle.

#24 lio...

lio...

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Posté 17 janvier 2008 - 06:41

Di grande Bellezza...

#25 Ariel

Ariel

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Posté 21 janvier 2008 - 12:28

" Questo è un germoglio del cervello-
un piccolo seme in corsivo
piantato da un disegno o dal caso
che lo spirito ha generato-
esitante come il vento nelle sue camere
rapido come la lingua di un torrente
cosi' è il processo segreto
del fiore dell'anima ."


Tu me donnes un peu de travail ...
(et c'est sûrement une bonne idée)
Allons-nous nous battre ?
- ou courir ???

Le temps de ...

Je

#26 Ariel

Ariel

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Posté 05 février 2008 - 10:07

De l'affrontement entre souffle
et souffle,
une turbulence.

Le Dire.




(sur la phrase de Friedrich Nietzsche
commentée par Gaston Bachelard dans l'Air et les Songes)

"Laisse venir à moi la grande fraîcheur"

#27 Ariel

Ariel

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Posté 18 mars 2008 - 12:38

Auguste Ferdinand MOEBIUS
(Schulpforta,1790- Leipzig,1868).

Mathématicien allemand, également astronome, dont les travaux concernèrent essentiellement la géométrie projective. Il publia dans un mémoire à l’Académie française des sciences sa découverte d’un « ruban » à surface unilatère et non orientable, limitée par une seule droite.

L'écriture poétique dans le corps même de la feuille,
circulant sur l'envers du tangible, de l'intangible vu, clairement.
Entre artère, et veine, la capillarité appelle à la ressource.

#28 Lé Clone

Lé Clone

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Posté 20 mars 2008 - 01:57

Ou encore ...
Deux synergies du désir. A la fois retournement vers soi-même et élan vers l’autre.
De cette Ă©treinte (volatile) dont on ne saurait dissocier les ph®ases naĂ®t le UN.

Autant pour les bouteilles de Klein.



#29 Ariel

Ariel

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Posté 20 mars 2008 - 05:25

Accorder à son enveloppe, cette très grande prétention
que de la désigner en "ce qui sépare le soi du non-soi",
- ce que tu appelerait "l'Autre" est plus ambigĂĽ (je trouve) -,
et pourtant c'est ici que se jouerait la double immersion de la poésie.

Le WeltinnenraĂĽm (je crois) de Rainer-Maria Rilke.
Nous ne sommes - sans doute* - pas très éloignés,

...

* à le dire ainsi, on l'éveille déjà un peu, non ?

#30 Lé Clone

Lé Clone

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Posté 20 mars 2008 - 08:48

Le doigt court le long de la ligne. Ce qui aurait pu n'être que surface plane se fait épaisseur. Torsion là où logent – peut-être – le doute, la confiance, la méfiance, et toute autre sentinelle de l'altérité. Plus que d'une prétention à visage humain, figurativement, la substitution projective couche le Verbe (ou l'Amour ou la Foi, désirs supérieurs…) sur le papier d'un " je ne sais pas où tu commences, tu ne sais pas où je finis " virtuel. Ce Un n'est une enveloppe, pas davantage un commencement ou une fusion, mais la résultante dynamique d'une connivence démultipliée - à la fois convergence et différence -, en autant de signifiants que de moi(s). Pas forcément reconnue, reconnus. La gémellité (" la double immersion de la poésie ") s'enrichit de cette distorsion. Etreinte. Ne recouvre t-elle pas l'expression du désir, que celui-ci soit échange, intuition, (ap)préhension ou énergie ?