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La chaussette trouée


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202 réponses à ce sujet

#1 serioscal

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Posté 08 octobre 2018 - 11:38

Scénario

Le personnage principal : une chaussette trouée.

Elle est portée par un homme.
Dans le film,l'homme reste chez lui (sans ses chaussures). On voit les chaussettes se déplacer.

L'homme téléphone. La conversation est brouillée (un voisin scie sa chaise). On voit la chaussette se défiler un peu car l'homme, en parlant, écarte sensiblement les doigts de pied quand il prononce une syllabe accentuée.

Plus tard, il se grattera l'intérieur du gros orteil, ce qui abîmera un peu plus la chaussette détériorée.

Scène d'émotion (toute poétique) : l'homme est pour sortir. Il commence à se chausser. Or, le téléphone sonne.

[à suivre]

#2 Hattie

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Posté 10 octobre 2018 - 06:55

Il s'était mis dans son trou - bien à lui - et téléphonait. Jusqu'à n'être plus que la bouche et l'oreille de son corps.

Une voix rôdait autour de son pied.

 

Il arrive souvent que le pied regrette sa condition. A vif, dans la chaussure, 100 kilos, s'ankylose.

- Le premier pas, j'aimerais tellement qu'il fasse le premier pas ...



#3 serioscal

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Posté 10 octobre 2018 - 07:07

Le pas de l'homme fut celui qu'il ne fit pas.
Mais il s'agit d'un scénario minimaliste, de ceux qui (eux non plus) ne se font pas.
Qui, de nos jours, resterait quatre ou cinq heures à regarder un pied mâle qui se débattrait entre les fils d'une chaussette qui, à l'agonie, espère ne.pas se défiler seule ?

Seul, le machiniste craque une allumette. On entend clairement la rotation de la bobine de film, toxique, déjà chancelante.
Elle ne veut pas rester seule dans la désagrégation.
Et ce qui semble se mouvoir, dans cette scène de chaussette trouée, c'est la désagrégation.
Et qui plus est, elle parle.

#4 Hattie

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Posté 11 octobre 2018 - 05:44

Entre neutre et feu, pas une, pas deux ! Plus une seconde à perdre !

Une de ces vieilles chaussettes, hors paire... Une, qui se débine sur la maigreur du muscle, au fil du poil, et fait une sale bobine.

 

L'Homme _ mais quel homme ? regrettait déjà de n'être ni désargenté, vagabond aux pieds nus, ni gastéropode ou serpent.

Ni même, simple convolvulaceae à tige volubile, ...qui s'enroulerait harmonieusement autour de sa plante de pied, puis de sa jambe,

petit à petit de sa plaie..., liseron, avec la grâce d'un fil écossais.



#5 serioscal

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Posté 11 octobre 2018 - 06:35

Au téléphone, c'est un commercial des Assurances immatérielles du Bien.

Le voisin tousse en sciant sa chaise, le débit haché du représentant de commerce rend plus difficile la compréhension.

La chaussette nue hurle. Le pied s'est crispé !

Le sol est rèche. C'est un faux parquet réellement creusé par des siècles d'ongles jamais correctement coupés.

Il semble qu'il y ait aussi une assurance pour les chaussettes trouées. Mais quelles garanties apporte-t-elle ?

"Nul ne pourra la recoudre, ah ah !" L'homme qui s'élève comme une statue au-dessus du pied que revêt la chaussette endommagée se rappelle qu'il voulait sortir.

Il regarde la porte.



#6 Hattie

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Posté 11 octobre 2018 - 07:30

... d'ongles jamais correctement lavés.

Un microcosme si pathogène (tentez d'imaginer virus, acariens et bactéries rivalisant d'ardeurs au cours d'une guerre anthropophage exterminatrice...). Tant, que la scie du voisin finit par paraître à l'Homme réconfortante, musique émolliente, comparée à la scie de l'amputation.

 

Mais, revenons à nos Assurances. L'Homme semble bien en manquer. Ce qui, immanquablement, l'empêche d'être à l'aise dans ses baskets. C'est un être devenu introverti, ne voyant plus qu'à travers trou, troubles et maladies du pied.

 

Il regarde la porte... Prêt à faire les pas qu'il faudrait. Mais un malaise aigu le saisit. Il pousse un cri.

- L'hallux valgus ! Voilà le coupable. Qu'on lui rompt les os, s'écrie-t-il dans un sursaut d'énergie.

 

L'assureur, toujours au téléphone, comprend l'urgence de la situation, ce qu'il peut en sous-tirer.

 

- Hallux Valgus, dites-vous ? Tiens, tiens... Mais, vous n'y allez pas de main morte.

 

On se douterait presque sous cette phrase d'une mauvaise intention.



#7 serioscal

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Posté 11 octobre 2018 - 06:00

« La vie n'est qu'à moitié intentionnelle, explique le commercial qui prend la voix de la scie ou de la chaise sciée. Voyez vos pieds ! »

Le pied incriminé se fige. Finalement la porte...

Mais la porte s'éloigne. Le pied regarde avec regret la poignée argentée. Et le commercial gagne du terrain, il le sent bien. On entend des clameurs dehors.

« Ces gens protestent pour vos pieds, monsieur ! »

« Avec leurs pieds, quoi ? »

« Contre votre pied mal assuré, vos gestes mal assurés, votre voix... »

«'Euh... Mais c'est vous qui m'assurez, enfin ! »

« Vous ne comprenez pas grand-chose à la vie, vous ! »

Bien que décroché, le téléphone sonne de nouveau.

#8 Hattie

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Posté 12 octobre 2018 - 05:31

Le téléphone sonne. Normal, le téléphone sonne toujours deux fois.

La rue manifeste.

L'Assureur n'assure rien.

La tension monte.

La bobine brûle. Même cela notre Homme le sent.

Il garde tout son flair. Son intuition.

 

Nulle action pour l'instant n'est envisageable.

Un geste un peu brusque, un coup de pied, un accrochage..., et ce serait la déchirure.

Le trou s'agrandirait.

Jusqu'à devenir accroc, béance, caverne, prison, tranchée.

 

L'Homme se sent tétanisé.

Défait de toutes parts.

Se sait devenir, petit à petit, TROU.

 

Ne se souvient plus bien des jours précédents.

Une bosse, probablement...

Le Bien, le Mal, le Néant, l'En-dedans, l'Envers..., toutes ces questions métaphysiques qui harcèlent les pauvres gens !

Que pourrait l'Assureur face à ses états d'âme. Bougre !

Au minimum il lui faudrait un pape ou un psychanalyste.

Le Pape du Trou.

 

Nulle action, pour l'instant, n'est possible. Donc, nulle sortie.

Nul appel au téléphone, non plus, car le téléphone ne sonne toujours que 2 fois.

 

- Tâchons de ne pas trop nous déconcentrer, pensa-t-il, vaillamment.



#9 serioscal

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Posté 12 octobre 2018 - 08:26

Le pied s'enflamme.

#10 Hattie

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Posté 12 octobre 2018 - 09:01

L'Assureur également.

On entend, au bout du fil, la voix essoufflée de l'Assureur :

 

- Un trou, c'est comme un horizon impossible. Un vide immense, si on n'y prend garde. Une sorte de tissu éponge aux contours flous.

Avec la laideur dessous, autour, partout, cachée dans les moindres plis ...



#11 serioscal

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Posté 12 octobre 2018 - 08:54

A présent, c'est la concentration qui fond. Elle coule le long des murs comme si c'était le sang de la chaussette blessée.

« Quel crétin, ce commercial ! », s'irrite l'homme en regardant le combiné du téléphone qui expurge des flammes. « Il fume, il fume ! »

Et la chaussette de répondre, un peu amère:

« Tu as vu ta jambe, gars ? »

#12 Hattie

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Posté 13 octobre 2018 - 05:23

- '' Cet homme est un sorcier, un agent de l'enfer, un pyromane ! '', fulmine l'Homme, à fond contre l'Assureur.

- '' Et toi, un pauvre éclopé '', compatit la jambe, à moitié concernée.

 

La scène semble surréaliste. En effet, un simple filament transparent de myéline rattache l'Homme à sa cheville, un peu comme un fil de téléphone..., nerveux et souple à la fois.

 

On entend clopiner.

 

L'heure du rendez-vous.



#13 serioscal

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Posté 13 octobre 2018 - 05:50

Bien sûr, la question du surréalisme se posait, même surannée. Inextricablement, se mêlait à cette résurgence malsaine un parfum de "littérature documentaire", où l'auteur d'enquêtes criminelles sordides côtoyait des clichés familiaux mal cadrés retrouvés dans une poubelle et un objet dont on ne pouvait deviner l'utilité mais qui semblait destiné à "lisser le pied", orteil par orteil. On ne retrouverait jamais la coupure de presse jaunie par les décennies où était expliquée la fonction de l'objet, avec en vignette la photo de son inventeur qui était un homme âpre, dont on ne voyait, du visage d'ailleurs, que la joue gauche. L'homme regarda les départs de feu simultanés autour de lui et regarda le gros orteil, instable.

 

"De quel rendez-vous me parles-tu ?"



#14 Hattie

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Posté 13 octobre 2018 - 08:19

 " De quel rendez-vous me parles-tu ? " C'est la voix au téléphone qui résonne. Elle qui interroge l'Homme. Familièrement, le tutoie. Et l'invite à l'introspection.

 

La tête de l'Homme commence à pencher. Le nez à trembler. La bouche à saliver. Les dents à grincer.

'' C'est un cauchemar, pense-t-il. Un très mauvais scénario, digne des plus mauvais thrillers. Je vais me réveiller. A moins que... ''

Voulant s'étirer, l'Homme se rappelle à sa condition d'écorché. L'espace entre sa cheville et sa jambe, petit à petit, s'étiole. Comme un ciel mythologique. La Grande Ourse, le Grand Chariot. L'au-delà.

Le doute s'installe.

En lui. Et autour de lui.

Autour de lui : nous !

 

Si.. la scène de l'Assureur n'est qu'une fable inventée par un scénariste en mal d'imaginaire, un être double en quête de soi et de re-connaissance, un rappel hors-mémoire, une fuite hors du cadre ou une farce d'outre-temps... crevant à la fois l'écran et la fumée de l'appartement, ...alors, nous ?

L'Homme bute sur sa pensée.

La confusion de son analyse.

Ce qui le relie encore au réel est cet objet. Objet insolite, ressemblant à un vieux fer à repasser, pouvant servir à se mouvoir à la force des bras.



#15 serioscal

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Posté 13 octobre 2018 - 07:25

Le sang s'écoulait de la chaussette trouée. Le sang s'écoulait du pied de l'homme aussi. Et pas seulement de son pied. Le sang s'écoulait du "nous" de l'homme, celui-là même qui flamboyait peu de jours auparavant, qui avait séduit les assureurs de tout le dictrict au point qu'on lui avait offert des conditions sérieuses pour ses chaussures (mais pas pour les chaussettes, comme on le verra peut-être un jour). Le sang s'écoulait des conditions générales de vente, ce qui était absurde puisque l'homme n'avait rien acheté. Le sang se fissurait sur le pied qui se désagrégeait sur le sol avec les conditions de vente qui saignaient grossièrement car elles n'avaient pas de raison de saigner. Le téléphone dégoulinant criait au meurtre mais qui pouvait bien avoir été tué dans ce fatras ? Le rendez-vous ? L'idée même du rendez-vous ?



#16 Hattie

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Posté 14 octobre 2018 - 06:11

La situation était grave, certes, mais non désespérée. Nous passions, sans transition, d'un présent narratif à un imparfait narrativé, signe manifeste d'une dégénérescence temporelle aiguë.

Là, l'idée même du rendez-vous ? Avec le Temps ?

Mais, tout ce sang répandu, vermillon, ce sang circonvoluant, s'échappant des moindres interstices ?

Dans la prudence de la méfiance, donc en son présent, l'Homme repense à l’Œil. Aux quatrains. Aux distiques. Au Grand Chariot. Aux pôles. Aux poésies... Les questions les plus graves s'imposent à lui ; qui ne se refermeront jamais. Jamais plus : demeure irréversible du présent, de l’imparfait, et du futur. Tel un labyrinthe ouvert au chœur d'un passage interdit. Le pied de l'Homme est dedans, altéré par la torsion de la douleur.

Ô messagers étranges.

 

Les jours passent. Dans un rougeoiement quasi monacal.

L'Homme réapprend à s'asseoir.

Des heures durant, figures et mouvements.

Ramène sa jambe sur sa cheville.

Son genou sur sa jambe.

Puis sa jambe droite sous sa cuisse gauche, tentant la position décontractée du modèle..

Portions grimaçantes de son œil, la douleur est vive. Son corps l'exécute.

 

Ainsi, dans le cauchemar des camisoles, jours après jours, mécaniquement, l'Homme réapprend à s'asseoir. Puis à penser.

A la pointe des images, expression maximum de sa douleur, Bacon au pied des Crucifixions.

Le rendez-vous de l'Homme avec l'Art. Mais bien-sûr !



#17 serioscal

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Posté 14 octobre 2018 - 07:40

Tout ceci n'est qu'un vague souvenir peut-être.

Rien ne.peut plus nous l'assurer. Le représentant très chic qui avait appelé l'homme, prêt à lui proposer les meilleurs contrats pour quelqu'un qui comme lui connaît une situation particulière qui n'est peut-être pas la sienne, il.s'est consumé de l'intérieur, comme dans cet épisode un peu ésotérique d'une série sans nom qui complétait un numéro de fascicule d'une édition française de la bande dessinée Batman. Il y avait un autre élément troublant dans ce cahier broché qui a dû paraître vers 1977.

C'était au tout début de l'épisode principal, dédié à l'homme déguisé en chauve-souris.

Un homme demandait un chien chaud. Au lieu de demander un hot-dog. Ainsi, on devinait aisément qu'il s'agissait d'un Russe ou d'un extraterrestre. Mais cette bande dessinée était américaine. Comment une telle confusion pouvait-elle avoir lieu en anglais ?

Peut-être l'épisode se déroulait-il au Québec, après tout.

« De toutes façons, se dit l'homme qui a déjà renoncé au bénéfice d'une fameuse assurance, je dois aussi renoncer au bénéfice de mon pied. Et il faut nettoyer... »

Le sang.

#18 Hattie

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Posté 14 octobre 2018 - 09:33

Héros malgré lui, victime de vagues accidents de Culture. Mais alors, comment nettoyer ? Nettoyer sa mémoire ? S'il ne trouve la cause de son mal, il ne pourra jamais gérer définitivement les affres de son mal. Le mal, toujours le mal, le sang, toujours le sang... Toujours recommencer.

Sauf, peut-être, creuser un trou sous la banquise, à la manière des Inuits, croyant en l'existence d'autres mondes... De là, probablement, son intuition des Pôles, d'un Ciel mythologique et du Grand Chariot. Mentalement s'acculturer afin de mieux accepter sa condition d'Homme porteur d'une chaussette trouée, et ainsi adopter la bonne attitude. '' Garantie certaine d'une évolution (ou) garantie d'une évolution certaine ? '', hésite-t-il, sautillant machinalement d'un pied sur l'autre.



#19 serioscal

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Posté 14 octobre 2018 - 10:33

Ce qu'il faudrait, c'est gratter. Gratter avec le pied. Le pied mythologique, non moins que les cieux de ce monde et des imaginations humaines que rien n'assurera jamais. En creusant un peu, on rencontre vite les canalisations, un sol comme le gruyère. Avec un peu de chance, si l'on gratte au bon endroit on finit par trouver de la lave. Certes, ça chauffe ! Mais ça veut dire qu'on est sur le bon chemin. De toutes façons, le pied n'est déjà plus qu'une pointe. L'essentiel serait de s'assurer que les pôles ne se déplacent pas. Comme le temps ! L'homme s'éloigne du téléphone autant que de la porte. Il semble que le voisin a fini de scier sa chaise mais pour combien de temps ?



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Posté 14 octobre 2018 - 11:49

'' De toutes façons, le pied n'est déjà plus qu'une pointe ''.

Quel est ce chant des sirènes ? Ces mots familiers ? Qui évoquent voluptueusement dans sa tête, lave, cendre chaude, flammes, braises...

Quand ? Où ? Pourquoi ?

Mais c'est bien sûr, mais c'est clair...

 



#21 serioscal

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Posté 14 octobre 2018 - 04:05

Cette fois, la dimension temporelle se fige complètement. Aux premières vibrations de la boîte à rythme, le corps se trouve pris dans un givre d'obédience cryogénique qui ne lui laissera pas une once de mobilité, pas l'ombre d'un geste, pas la moitié d'une direction non seulement parce que les organes sont congelés (mais le micro-ondes n'est pas loin) mais parce que l'horloge s'est arrêtée, aux environs de 1h14, la nuit, dans une boîte sordide. L'homme voudrait commander un cognac mais son pied, boursouflé par l'indécision, l'en empêche.



#22 Hattie

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Posté 14 octobre 2018 - 05:54

L'heure : 1h 14. Mauvais augure. L'Homme sait que c'est l'instant. L'instant où tout peut basculer. Il a beau être proche de l'état d'hibernation, les yeux lui pleurent de la tête, et sa conscience lui réchauffe encore un peu les sangs. Péniblement, hors ses paupières transparentes de cryogénisation, ses yeux cherchent un miroir. L'Homme cherche à se convaincre de la réalité de sa présence ici. De la réalité même de son être. Pourtant, il le sait bien, sages et fous ensemble affirment que rien n'a de sens, et que le plus important est de douter du réel. Mieux, suprême sagesse folle, d'approcher l’inexactitude du réel. Dans ces conditions, comment, de surcroît, croire en la matérialité d'un verre de cognac ? Plus encore, en la tangibilité même du désir ? Du désir d'un verre de cognac.

 



#23 serioscal

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Posté 14 octobre 2018 - 07:13

Cette révélation du désir demeuré cognac lui fait entendre un choeur d'anges qui égrènent des canons en versant des flots d'alcool dans des verres gris. L'homme se reprend. Il voulait acheter des chaussettes. Il devait certainement aller en boîte ensuite. Il avait rendez-vous. Et le rendez-vous, il se déroule sans lui à l'heure qu'il est. Sa réalité est un effacement doublé d'un déplacement anormal des choses qui l'entourent, au point qu'il reste là avec une chaussette infâme accrochée à son pied, qui se défile trop lentement pour qu'il puisse espérer s'en voir débarrassé, une chaussette dont le choc un peu mou au contact du sol a eu pour fonction de contester formellement certains segments de la réalité environnante. On est à quelques rues des quartiers interlopes de Munich, où des nightclubs rayonnent d'une lumière acajou le long de rues mal entretenues. On y voyait souvent Derrick et son collègue Harry Klein, il y a quelques années.



#24 Hattie

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Posté 15 octobre 2018 - 06:13

L'Homme sent la situation s'apaiser quelque peu. La manière d'être soi-même acteur-compositeur de sa vie démontre la substantialité de son être. Ce qui le rassure. Un peu à la manière de Derrick et Klein, c'est assez juste... Travail minutieux d'analyses et de déductions, basé sur l'étant, le déplacement et l'effacement des choses, sorte de pluralité, par laquelle il décompresse. L'imprévu, le soudain, l'incompréhensible (plutôt que l'anormal qui n'existe que dans l'esprit des sectaires) font partie intégrante de sa manière d'être. Et être.

C'est ainsi que l'Homme se rattache à des bribes de mots, de phrases, de sons, de couleurs, de formes, de situations, de connaissances. Tout est dans les plis de son être, synesthétiforme et bipolaire.

D'ailleurs, l'Homme n'est pas sûr du tout de vouloir acheter des chaussettes. Dans son esprit, c'est seulement '' chaussette '' qui imprime toutes ses dimensions. Dimensions de formes, de couleurs, de textures, de qualités, de tailles, de compositions. Évocatoire. Un peu comme ces indications le long des routes, répétitives, itératives-défaut...., ou ces panneaux accrochés ici au centre de Munich.

C'est la première fois que l'Homme vient à Munich.. D'emblée, il s'y sent à l'aise. A défaut de cognac servant le Kyrie, une bière, bien glacée, oui.



#25 serioscal

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Posté 15 octobre 2018 - 07:35

La chaussette tellement trouée aura fini par se diluer dans le reflet du plafond au sol, s'explique l'homme qui attend sa bière en écoutant le bruit de la scie qui a repris.

 

Sans doute le voisin est-il là, dans un coin, à scier mécaniquement toutes les chaises qui lui sont disponibles. Une ivresse de chaises sciées, on n'imagine pas cela.

 

On est à Munich. L'homme contemple sa jambe rigide mais entière. Le pied semble un peu gonflé, là mais qui s'en soucie ? Les chaussures sont correctes. Personne ne voit le fil déliquescent de la chaussette abîmée, soigneusement enfouie dans la chaussure.

 

Une serveuse apporte la bière tant attendue. Il pensa à une espionne qu'il aurait pu connaître s'il avait pris un carrefour qui était en travaux le 23 mai 1997 (ou était-ce l'année précédente ?) mais dont il ne peut rien savoir, même si elle a pu refaire sa vie de nombreuses fois depuis.

 

Dans le désert, à quelques milliers de kilomètres de là, il y a une cabane à frites. On y sert des bières toujours très fraiches. C'est peut-être là qu'elle travaille, se dit l'homme qui regarde la mousse de la bière former l'oeil d'une bizarre prophétie.



#26 Hattie

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Posté 15 octobre 2018 - 01:50

L'homme est en joie. Il se soulève de son piédestal et savoure sa supériorité sur le commun des mortels. Sa personnalité schizoïde, aux antipodes de l'affectivité, fait de lui un médium froid sachant tirer profit de tout et son contraire, notamment dans la résolution des problèmes et énigmes. Car, enfin, c'est bien d'une énigme dont il s'agit :

 

_ le 23 mai 1997, il s'en souvient comme si c'était hier, d'ailleurs, c'était hier, mathématiquement hier, puisque additionnés les chiffres de la suite horizontale donnent l'exacte somme de la verticalité des chiffres. Outre cette occurrence que seule une personnalité avertie des choses de la numérologie syncrétique du Temps et de l'Espace saurait remarquer..., la somme totale des chiffres 23 05 1997 à 1 h 14 s'avère également être un multiple de 3, ce qui, en termes de prophétie frôle la sacralité de l'Un et du multiple, voire l'essence même du Nombre d'Or. Triple-occurrence d'autant plus remarquable qu'on la retrouve dans les proportions de l'objet insolite, celui-là même dessiné par de Vinci, à la fois aile et chauve-souris, fer et sabot. De là, à se souvenir de la pluie de météorites ('' l’œil du céleste cyclope '', pouvait-on lire longtemps dans les pages du Washington-Post dès le lendemain), ce vendredi 23 mai 1997 à 1h 14, dans le ciel du Sagittaire, sur la Route 66, dans un village abandonné du désert de l'Arizona...

 

Ne voilà notre énigme quasi-résolue, non ?



#27 serioscal

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Posté 15 octobre 2018 - 06:54

La phase d'exaltation ne devrait pas durer. L'homme est certes, suspendu à sa carne, hélitreuillé par ses organes un peu apesanti par l'excès de kebab aux oignons frits, au seuil de l'élucidation. Mais l'élucidation n'est qu'un miroir de l'hallucination, à bien y regarder. Et l'homme de regarder ses pieds.

« La réalité, c'est l'opium de la religion. »

Il se replonge dans des souvenirs qui font de sa peau une pelisse usagée mais aimable, compréhensible, pleurible même parfois aussi.

Une voix lui souffle qu'il sera parfois là.

#28 Hattie

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Posté 16 octobre 2018 - 04:44

              Élucider est une autre paire de chaussêtre...., certes.



#29 serioscal

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Posté 16 octobre 2018 - 06:01

S'effiler n'est pas jouer !

#30 Hattie

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Posté 16 octobre 2018 - 06:08

Petit joueur, le pied sait le confort de la chaussette !