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Quand Gargantua est passé par la fenêtre

Posté par Thomas McElwain, 19 décembre 2021 · 160 visite(s)

1 Je suis coi et joyeux
 
Je suis coi et joyeux même sans la bière
Et sans vin parmi ceux qui se disent mes frères.
Si la récolte est bonne et le rêve d’hiver
Me suffit pour manger, puis rester en mes fers.
 
Je me goûte le vin du paradis ensuite
Jusqu’au dernier moment que la raison m’en quitte
Où je bois en secret comme un vrai musulman
Assis près de ses mets et par terre en son rang.
 
En dépit de mon sol de prison terrestre,
Le méprit de mon âme est enfin le grand maistre.
Je chante de la voix de corbeau libéré,
 
Et les anges surpris par le son à leur gré,
Ils secouent la tête et se taisent en nuages
Et le diable lui-même sursaute aux plages.
 
 
2 Buvant la soupe sans pain
 
Buvant soupe et mangeant ma fouace sans pain,
Je cherche autour de moi ce que je cherche en vain.
La tête au nuage et les trois pieds sur la terre,
Je gronde mon père et je la supplie ma mère.
 
J’ai beau tenir jouets de l’enfance oubliés,
Quelle éducation! je vis dans la clarté.
Le gros chat est parti, le chien vu dans mes rêves,
D’un espoir dépourvu, est tombé du Salève.
 
Tout seul, ma foi, m’assieds ici sans animaux.
Pourtant, j’aime les gens de mes songes célestes
Mieux que ceux des lieux des feux et de leur asbeste.
 
Toute seule, mon âme entourée de ses maux,
Elle crie, elle jette, en couronnes de l’orge,
Toupies sur les amours portant des soutiens-gorge.
 
 
3 Et sabez quoi, hillots?
 
Et sabez quoi, hillots? (N’oublie pas les hillottes.)
Je m’en fous du correct politique en culottes.
Je marche doucement et partout où vais
Je me promène tôt sur la pointe des pieds.
 
Heureusement, Monsieur Rabelais, sans un doute,
Ne connaissait pas, lui, l’anglais en autoroute.
Ses genres compliqués l’auraient mis en colère,
Fait du grand écrivain un élève scolaire.
 
Alors, vous les hillots, vous hillottes aussi,
Chantez à haute voix, chantez un grand merci.
Je vous traite de bon, comme une soeur, mon frère,
 
Il est, elle est aussi, ils, elles sont, j’espère.
La grammaire ancienne est trop tôt que je vois.
Le monde se détruit et en dépit de moi.
 
 
4 Un bussart de vin Breton
 
Voulez-vous payer un bussart de vin Breton,
Si je vous écris un sonnet de ma prison
Cachée sous les sapins, bouleaux, les pins, les hêtres--
Mais non, non, dîtes-moi, avant de vous soumettre--
 
Et entre les rochers couverts de lichens verts--
C’est ce que je voulais vous demander en vers--
Écoutez, je vous dis, j’écrirai l’insolite
De ma maison dessus des cristaux de granite--
 
Je voudrais simplement savoir si ce sont des
Hêtres pourpres ou verts, en tant que vous savez--
Mais non, c’est le bussart que je voulais vous dire--
 
Dîtes-donc, je vous en prie, dîtes-moi, mon sire,
Si ce sont pourpres ou verts, les hêtres parmi
Vos sapins et rochers, et vos bouleaux, pardi.
 
 
5 Comme six oriflans
 
Comme six oriflans, suis parti de par ris
Et seuls en mille pas arrivé en Suomi,
Où tous les grattes-cul célèbrent la naissance
Du Seigneur des gorgées copieuses d’essence
 
Et en quête de suille en dépit de Jésus
Qui fut né musulman et ne suçait que jus
De raisin des tétons de dame dé mamie
Allongée sur la paille et de son fils ravie.
 
Je dis non au jambon et au père Noël.
Gentil graisseux ou non, il a beau être bel
Homme entre nous qui ne savons point la bière
 
Qu’il faut prendre fêter l’arrivée sur la terre.
Personne n’aura peur, ô grand Dieu, d’un bébé,
Pas de Gargantua même quand il fut né.
 
 
6 Tu mets ton doigt par la fenêtre
 
Tu mets ton doigt par la fenêtre de ma gîte,
Ô mon Gargantua, et tu aperçois vite
Que ma maison est trop diminuée pour toi.
Tu as beau t’appliquer à ta plus belle foi.
 
Je t’assure qu’il n’y a rien qui t’intéresse
Dans ma chambre cachée ou bien à cette adresse.
Tu trouveras mon lit, ma table sans beaucoup
De mets comme on mange en gourmandise à ton goût.
 
Je m’excuse que ma fenêtre soit petite
Et la porte aussi rend ton entrée contredite.
On peut se rencontrer dehors aux alentours.
 
Ne me dis pas que tu reviendras autre jour
Quand je serai grandi et sage, puis regarde,
Si je suis tout petit, suis aimé des gaillardes.
 
 



7 Je suis porteur de rogatons

 

Porteur de rogatons sinon de grosses cloches,

Je marche dans la rue de Paris sans galoches,

Car celui est parti qui faisait toute l’eau

Et sur la tour assis je vois un grand corbeau.

 

Les rogatons que moi, je porte dans mes poches

Ne sont pas ceux d’avant, des os dans la valoche.

Je n’ai ni spineam coronam, l’hameçon

De Pierre, ni prépuce enlevée d’un saint con.

 

Je vis parmi des gens croyants, ouverts d’esprit.

Dans ma valise j’ai l’eau de Cologne en prix,

Un rasoir et un peigne et aussi une brosse

 

À dents ainsi que trois livres à poche atroces,

Mon espoir dans ce beau jour et, ce qui est mieux,

J'ai un portable au lieu d'un missel et prie-dieu.

 

 

8 Si je vous méprise et gronde

 

M. Rabelais, si je vous méprise et gronde,

C’est à cause d’amour non partagé du monde.

Si j’ai laissé tomber mon coudignac de four

Sur votre doigt de pied, ne fîs point exprès lourd.

 

Si mon cadeau de poire est arrivé pas vite

Et pourrie et sans gloire éternelle, en faillite,

Le temps que nous sépare, il a de belles dents,

C’est lui seul qui empare et beauté et le vent.

 

Le monde est beau, le monde est méchant, grossier,

Mais moi, j’aime le monde avec toutes ses gestes.

Je ne supporte pas tous ses grés et c’est vrai,

 

Ses calomnies autant que ses plaies et ses pestes,

Mais dans mon coin petit, ne suis pas égaré,

Si j’éprouve le tout autant bon qu’indigeste.

 

 

9 Si je vous félicite

 

Mon cher Gargantua, si je vous félicite,

C’est grâce à votre foi grossière et illicite.

Car tous, sauf toi et moi, ne regardent d’abord,

Avant de le jeter, si ce ne soit de l’or.

 

Des pessimistes tous, leur perte en gaspillage

D’excréments sur la mousse est à voir à la plage.

Il faudrait regarder et prendre tout le bien,

Dîtes, Gargantua, et garder tout le pain.

 

Alors, en optimiste, aux toilettes je vais

Chercher tout ce qui reste en or ou bien en merde.

Pourrait être de l’or, l’espoir est égaré

 

Chez ceux qui votent et attendent ce qu’ils perdent.

J’ai bien des chances plus que ceux de voir des gains

Avec les excréments inspectés sous la main.

 

 

10 Je vous aime, mon brave et grossier ami

 

Je vous aime, mon brave et grossier ami,

Gargantua, grâce à votre cannelloni.

La grossièreté n’est pas tellement douce,

Mais le bon appétit en ale et gousse

 

Me fait un grand plaisir. Vous voyez dans mes yeux

Qui suivent l’abondance en votre pot-au-feu.

Quand j’étais jeune, moi, j’avais le ventre vide.

Maintenant, j’ai en proie la bedaine solide.

 

Tout arrive à ceux qui l’attendent patients.

Tout arrive avec l’âge et avec gourmandise.

Il faut tout simplement prier en suppliant

 

Dans une église grande ou le mesquite en guise

De synagogue avant de crever affamant.

La joie est à la fois bouffe et boire en reprise.

 

 

11 J’arrête de traduire en français les cantiques

 

J’arrête de traduire en français les cantiques

Du prêtre finlandais, Malmivaara rustique.

C’est parce que les gens finlandais sont mauvais,

Rudes, stupides et même mal cultivés.

 

Ils disent que chaque hymne au début dégueulasse

Ne doit pas être vu dans votre populace.

Ils ont honte de leur histoire, ces baudais,

Qui devraient en avoir de leurs pensées et faits.

 

Personne ne m’aide et ne me défend personne.

Ils sont tous d’accord qu’en traduisant je donne

Un renom mauvais à leur irreligion.

Je les maudis les tous aux enfers pour raison.

 

Dégueulasse? Je dis qu’ils sont eux dégueulasses.

Qu’ils disparaissent et les Russes les placent.

 

 

12 S’il faut choisir mes dieux

 

S’il faut choisir mes dieux entre Cauvin et ceux

De Rabelais, ma foi, pensez alors, mon vieux,

Et vous saurez bien vite en gros c’est Marguerite.

Peut-être Marguerite et après elle ensuite,

 

L’abbaye Thélémite aura mon plein regard.

Sans règles, je me dis, si je suis un ringard,

Que je ne mange point le porc ni les saucisses.

Que Gargantua dite autant qu’il veuille en vices.

 

Parmi les libertins existent aussi lois

Et si j’ai ma limite, ils se moque de moi.

Ils se moque de moi, mais celui qui se marre

 

Aura le jugement du néant pour cigare.

Alors, pour dieux ou pas, j’insiste sur mon choix.

Je donne à Servetus la monnaie de sa croix.

 

 

13 Comme Dieu qui demande au Satan

 

Comme Dieu qui demande au Satan la réponse:

As-tu considéré mon grand servant Alphonse,

Je demande à ceux qui n’aiment pas les curés,

Avez-vous pensé à mon Monsieur Rabelais?

 

Il n’est pas hypocrite. Il croit à la déesse

De la réalité, courageux en détresse.

Il pouvait réciter son Dixit Dominus

Domino meo et pleurer vachement plus.

 

Mais moi, quel crapaud! Je n’ose même pas dire

Aux présidents, ma foi, je haïs vos délires.

Mais laissez faire en tout, je puis me repentir.

 

Je vous hausse la coupe et pour en consentir

Je bois aux enfers et aux célestes empires,

Mais surtout à la terre et ses demi-vampires.

 

 

14 L’enfer esst chose nécessaire

 

Amor fati. L’enfer est chose nécessaire.

Pour les musulmans le paradis sur la terre,

Pour les chrétiens doux, on leur laisse le ciel,

Et pour les infidels, les enfers avec miel.

 

Les musulmans déçus, au lieu de leurs vierges,

Les pauvres ont reçu des raisins secs aux berges,

Pour chaque chrétien, qui n’attendait pas mieux,

Une vieille harpe est dans la main de Dieu,

 

Mais pour les infidels, qui aimaient la déesse

De la Raison, refusant d’aller à la messe,

On réserve raisons séches dans les feux secs.

 

C’est pourquoi moi, devant prêtre et devant prêtresse,

Dis que le temps est court et déçoit en détresse,

Mangez donc et buvez, braves dames et mecs.