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#332575 Moderniste

Posté par M. de Saint-Michel - 29 mars 2017 - 12:15

Quel est ton nom Je m'appelle Personne
Quel âge as-tu J'ai l'âge de mourir
Que cherches-tu Le sable où m'endormir
Quel rêve est tien Le bonheur qui se clone

Où fuit ton cri Au vent qui s'époumone
Que vois-tu donc Les déserts à venir
Où vont tes pas Aux affres du désir
Qui te répond L'écho seul qui résonne

Que connais-tu Mon deuil à l'horizon
D'où parles-tu Du fond de ma prison
Quel est ton choix La cendre ou la poussière

À quoi joues-tu Je joue à m'effacer
Où bat ton coeur Au noir d'un cimetière
Pourquoi vis-tu Pour un néant glacé


#302466 Au monde

Posté par M. de Saint-Michel - 09 juin 2015 - 11:47

Réveil à l'ombre de l'absence
Il fait noir à même le sang
Qu'importe un soleil qui s'avance
dans le silence étourdissant

D'ailleurs très vite s'y dessinent
les spectres familiers du coeur
vers où nos larmes s'acheminent
Quelle mémoire n'est douleur

Oh le reflet de ces sourires
et de ces voix qui ne sont plus
Ces mille riens qui nous déchirent
Ces printemps désormais reclus

Passe le vent sur notre terre
Le deuil revêt la chair les os
bien avant la nuit délétère
dont vont s'aiguisant les ciseaux

La maison vide nous rappelle
telle chanson ou tel regard
Bonheur cruel que nous épelle
un rêve soudain cauchemar

Il faut pourtant marcher encore
parmi les sables du désert
en espérant la seule aurore
où s'affranchir de cet enfer


#300396 Un mot

Posté par FlorentM - 12 mai 2015 - 08:13

Si le mot est l’essence et le sens de la chose,

La dessinant à l’eau d’un pinceau de silence,

S’il avance à demi sous la plume et se pose

Sur un liseré d’air où mon cœur se balance,

Si le mot, c’est l’absence et le parfum de rose

De l’amour envolé sans laisser une chance,

À ses maux malheureux le destin ne s’oppose

Car le mot sans la chose est encore l’essence.




#291330 "L'enfer, c'est le froid."

Posté par M. de Saint-Michel - 01 janvier 2015 - 12:47

Terre glacée Y marcherai-je en ce jour blanc
pour traverser l'exil qui attend l'hécatombe
Le soleil désormais n'est qu'un leurre tremblant
Dois-je creuser mon coeur pour lui servir de tombe

Statue aux longs yeux noirs je te connais Tu es
le silence de marbre où le destin se cache
Depuis combien de temps suis-je prostitué
à la mort qui sourit en un siècle bravache

La bise de ma peau fait sa proie cependant
que j'avance le long des barbelés Derrière
c'est le deuil Devant l'oubli qui va rôdant
comme un loup affamé jusqu'à l'heure dernière

Neigera-t-il Peut-être En tout cas je suis nu
La femme-poésie qui toujours m'accompagne
énonce quelques mots d'un idiome inconnu
Il faudrait échapper à l'horizon ce bagne

Quel bonheur en effet survivrait au désert
Or je n'ai de chemin que celui de l'errance
le corps livré à tous les suppôts de l'hiver

Amour reste avec moi dans les sables d'absence


#262572 Hallali

Posté par M. de Saint-Michel - 28 avril 2014 - 12:33

Après que nous aurons atteint la nuit des corps
et longtemps amassé de rides souveraines
après que nous aurons fait le tour de nos peines
déjà presque évanouies éclateront les cors
en la vieille forêt où veille la licorne
aux yeux de jeune fille et d'immense sanglot
Après que nous aurons épuisé toute l'eau
de nos pleurs et que nous restera l'ombre morne
qui cerne les amants près de s'envelopper
dans le drap de l'oubli sous les pluies sans mémoire
nous entendrons monter comme une lune noire
l'aboiement du silence au coeur inoccupé
Et le vent surgira traînant dans son ornière
les voix d'antan les mots qui nous faisaient trembler
les rêves les parfums la brûlure du blé
nos fièvres faites fleurs retombées en poussière
Alors sur notre cou nous sentirons le froid
d'un couteau ébréché sa lame lente et dure
Alors le sang trouera notre ultime blessure

Et nous passerons nus les portes de l'Effroi


#362291 J'ai tant de choses à te dire

Posté par Julien Hoquet - 02 mai 2019 - 04:32

Les larmes dans tes yeux

Sont comme des étoiles

Dans le ciel

 

Tant de choses

À te dire

Tant de silence

À briser

 

J'avais soif de ces étoiles

Le comprendras-tu jamais?

 

J'ai marché au nord

Dans la toundra et la glace

Pour quérir

Mon âme sauvage

 

J'ai hurlé avec les loups

À me pulvériser le cœur

Et avec mes griffes et mes crocs

Je m'accrochais aux aurores boréales

 

Je voulais te révéler ma nuit

Et je hurlais des chansons adamantines

Au milieu des légendes Algonquines

Des cailloux pleins la bouche

Au bord d'un fleuve farouche

Avec cette langue

Étrangère à l'Amérique

Que les autres méprisaient

 

Ma mauvaise fortune

Cette pleine lune

Les comprendras-tu, enfin?

 

J'étais enragé rare

Je poursuivais l'aube

Dans le frémissement

De ton ombre mystique

Et c'est ton visage

Sur le reflet de l'eau

Que j'empaumais

Avidement

Pour le boire doucement

 

J'ai tant de choses

À te dire

Tant de silence

À briser

 

Mais par où commencer?

 

Ton visage coule

Entre mes doigts

Et le temps s'enfuit

Et je ne t'ai encore

Rien dit

 

 

 

 




#361803 Notre-Dame de Paris, ce 15 avril 2019

Posté par M. de Saint-Michel - 21 avril 2019 - 12:39

Notre-Dame dans les flammes

Le coeur saigne sur fond de braise
en grand scandale y découvre
cette passion où le Christ tombe et retombe
ces clous crevant la chair
sous le souffle mauvais du siècle
La beauté dont la peau s'arrache
pleure des larmes noires
tandis que l'esprit titube vacille chancelle
en quel fracas
Bientôt la nuit sinistrement rougeoie
fardée par les mille démons
qui hantent nos pensées

Mais des ténèbres mêmes où gésir
à même les décombres ardents
ou l'enchevêtrement des étoiles jetées bas
une croix d'or rayonne
une statue de la Vierge sourit
Un ange peut-être passe
devant qui n'en veut croire ses yeux
et monte comme flèche jusqu'aux nues
la prière collective de la France
Plus forte que les plaies d'enfer
plus forte que la mort dont se rient les gargouilles
l'espérance ouvre ses ailes

Notre-Dame dans les âmes

Fichier(s) joint(s)




#360539 Au parc

Posté par Julien Hoquet - 17 mars 2019 - 10:45

Je me suis fait du cinéma

Assis sur ce banc public

Et ça m'a fait drôle de vous voir

En promenade dans ce tableau romantique

Par ce ciel beau comme un Magritte

Je contemplais vos cœurs de cerf-volants

S'envoler avec une pléiade de baisers

Et d'après mon scénario

Je vous entendais rêver si fort

Une petite maison bleue

Un jardin tout en fleurs

Et des rires d'enfants

Comme une ronde de bonheur

Que de rêves vous aviez

Lorsque derrière une rangée de cyprès

Vous êtes disparus de ma rêvasserie

 

Et puis, la cadence de mon cœur

S'est rythmé aux saisons surréalistes

Songeur comme une statue

Seul sur ce banc public

Les années ont défilé

À un train d'enfer

 

Et lorsqu’une vielle dame trop réelle

Est apparue

Sortant de l’allée des cyprès

Tordue comme un arbre de Mondrian

Le dos rond comme une voûte romane

Cette vieille dame brisée

Sous le poids des amours malheureuses

Me ramenait à la réalité

C'était toi

Seulette et sans amour

Comme tu l'avais toujours été

Je m'étais fait du cinéma

De toute ma vie

Je n'attendais que toi

Jaloux comme un biniou

Au chant des sirènes

Comme dans ces préraphaélites

Que tu aimais tant...

 

Aux voix lancinantes

De nos vies absentes

Nous nous croyons blessés

Avant même d'aimer

 




#353905 La fête de Samain.

Posté par jim - 01 novembre 2018 - 03:10

Inattendus

les premiers flocons pâlissent

les chatoiements automnaux 

du puissant relief ardéchois

 

très vite la nuit polira

les hautes murailles de ce château

qui a l'après-midi durant

aiguisé mes songes imprudents

 

bientôt la nuit régnera

me rejoindra là

assis dans les herbes abreuvées

mes yeux se précipitant en contrebas

sur le piton aride et sa tour massive

 

déjà mon souffle réapparaît

roule sur les contreforts

porteur de secrets messages

 

dans mon dos

le bruissement d'un pas

ta main qui frôle mon épaule

un goulot entre mes doigts

 

du génépi

 

les silences sont des liens

 

empalés à leur puissance

nous sombrons dans nos absences

 

avec nonchalence

la neige recouvre le paisible arlequin des bois

 

convié

le passé nous rejoint

 

hélas 

des créneaux nul appel ne point

 

dis-moi compagnon

frère en innocence

vois-tu l'obscurité qui s'élance

vois-tu la fête qui commence

 

dis-moi compagnon

frère en vigilance

crois-tu comme tant d'autres

que nous patientons pour rien

 

en cette nuit de Samain

où les loups croisent les chiens

où les fous parlent de bien

où les mots retrouvent leurs chemins

crois-tu que nulle inspiration

ne comblera les ravins

 

crois-tu que nous veillerons en vain?

 

jim

 




#301153 Mari

Posté par AURE - 23 mai 2015 - 05:50

la terre plie

les êtres

           

azur intercepté

 

l’épouvante

contraint

le jour

           

corps de lune morte   

 

inacceptée

-  nos cris

tôles ouvertes

comme des ventres

 

 

Mari

indienne à l’enfant

ta main échouée

dans la mienne

papillon froid

sur un trottoir

de Buenos-Aires

             

 

la mort

s’arrache

un sourire

de soleil crevé

 

 

 

 

à Mari

Indienne Atacama

 

l’hôpital ne l’a pas acceptée

nous sommes retournés au village

2h de route

son cadavre assis à mes côtés

(1983)

 

Fichier joint  medium_Chaman_ecoute_.2.jpg   61,58 Ko   2 téléchargement(s)

 

                               Chaman en Transe

                                   (Traditionnel)




#298637 laisse de basse mer

Posté par Escamillo Cavradossi - 17 avril 2015 - 04:51

 
 
une laisse de basse mer
 
sous les roches de l’estran
s’accrochent là des souvenirs chinois
des étrilles s’escriment et s'étripent à cœur joie
des réminiscences débullent et s’envasent
dans l’arène meuble de mes boites noires
des vers arénicoles tracent las leurs stigmates moirés
en voies ébranchées de fausses remembrances
les limons de mon âme s’incrémentent
sur les pierres abrasées
dans la lie de mon passé
le présent en calice choisit ses mensonges 
les maints songes si puissants 
fondent dans la lise
des souvenirs réels ou factices
sans avoir pris le temps du vécu
ils délirent 
dans la mouvance de mes souvenances 
en transe d’errance
ces délaissés sablés de la mer
attendent  la transhumance 
de l’ardoise magique 
la vague au loin bat la mesure 
mais le vent pousse au delà de la batture
mon regard devant
le vent vivant se lève et vante l’avenir
le vent sait que le meilleur souvenir 
est toujours à venir
 



#295096 Jardin japonais...

Posté par jim - 24 février 2015 - 04:58

Une brise légère

comme distraite

ciselée d'accalmies passives

anime paresseusement la brume glissant

sous l'ovale d'un petit pont de bois

 

pas de reflets tremblants

nulle majestueuse cascade de soleil flamboyant

juste de l'herbe

des bouquets épars

et un étang paisiblement assoupi

sous l'ovale d'un petit pont de bois

 

l'aube point

l'aurore s'en vient

ramenant la chaleur en chemin

mais la vive coloration de l'été renaissant

se désire encore

subtil émerveillement de nuances délicates

 

on pourrait croire l'avènement d'un dieu tout prochain

s'il n'y avait ces mains

ces doigts fragiles

se perdant en vain

sous l'ovale d'une petit pont de bois

ce matin...

 

jim




#287456 Sonnet noir

Posté par M. de Saint-Michel - 23 novembre 2014 - 12:35

Ce corps qui fut le tien aux plages de l'absence
je le regarde Aucun mot n'y suffit Déjà
il s'éloigne suivant l'oubli qui l'outragea
jusqu'au seuil du partir Nul et nu il commence

l'impensable voyage où règne le silence
Dire s'il revêtit philosophe ou goujat
n'a point de sens La forme en quoi il se figea
quelque temps me fait voir sa dérision immense

Bientôt même ô destin je ne pourrai toucher
cette paupière vide ou ce bras détaché
de son geste Plus rien n'aura de lui mémoire

Dispersée son horreur m'apprend ce que je suis
aux frissons de l'horloge Un peu de fièvre noire
Et je regarde en moi le miroir de minuit


#337672 Au droit...

Posté par AURE - 20 août 2017 - 08:53

Au droit

du soir

là où

un liseré d'or

usé

persiste

avant la tombe

bleue

 

à chaque

dernier pli

une étoile

s'allume

à chaque

partir

une étoile

s'allume

à chaque

blessure

une étoile

s'allume

à chaque cri

jeté

une étoile

s'allume

à chaque

sang

une étoile

s'allume

_oui

 

tu dis ?

 

Je dis que

les galaxies

ne suffiront

pas

à éclabousser

 

nos ombres

 

https://www.aht.li/3...32/Au_droit.pdf




#334199 Que la nuit est belle sous les étoiles

Posté par Julien Hoquet - 20 mai 2017 - 02:54

Elle dort

La lune

Parfume la nuit

D'une gracieuse

Sonate

La tendresse

Est parfois

Promesse

À l'horizon

Effleuré

 

Elle dort

Les mains jointes

Sur son ventre

Printanier

Tel un gisant de rêve

Alors que

Sous ses paupières

De purs pétales

Les anges

Fuient les ténèbres

Sur des frissons

D'Amour

Laissant

Sur son front candide

Des étreintes fugaces

Où l'infini

Vient se perdre

De temps en temps

 

Elle dort

Au carrousel nocturne

Et sur ses lèvres

Merveilleuses

Des baisers

Encore inéprouvés

Frémissent

 

Elle dort

Ah! Que la nuit

Est belle

Sous les étoiles

Quand un cœur

Innocent

Scintille

Et que l'obscurité

L'enveloppe

De chastes

Caresses inassouvies




#294481 Silence radio...

Posté par jim - 14 février 2015 - 09:45

Atlantique nord

 

la grêle crépite

contre le hublot

 

tempo hypnotique

 

il y a deux heures

alors que la nuit

avalait à nouveau l’océan

je me promenais sur le pont

balayé par les embruns

en chantant/dansant

«Les feuilles mortes»

 

maintenant

niché au chaud

dans la cabine simple

que la compagnie a mise à ma disposition

je tente en vain

de terminer l’aquarelle

de ton visage

commencée juste après

que tu m’aies dit

peut-être

sait-on ce que l’avenir nous réserve

sur le quai

alors que je me dirigeais

vers l’échelle de coupée

le pas titubant

de la douleur de cet exil sentimental

 

probablement irréversible…

 

jim




#275131 Cet instant...

Posté par FlorentM - 08 août 2014 - 07:52

Ce n'était qu'un sujet de l'empire des songes

Échappé de sa cage aux barreaux éthérés,

Pour oublier l'objet de ces affres qui rongent

Son cœur fait d'un mirage et d'instants lacérés.

 

C'était une étincelle à l'éclat embrumé

Par le sillon d'argent que traçait une larme

Dans l'étroite parcelle où voudrait s'allumer

Un feu de la saint Jean dont l'art est la seule arme.

 

Ce n'était qu'un regard au parfum de chimère,

Éperdu de tendresse et perclus de tourments,

Un souvenir hagard en ce monde éphémère,

Îlot de maladresse épris d'égarements.

 

C'était une mesure aux mille mélodies,

S'écoulant dans l'écho du timbre ruisselant

Des bris de la césure et de palinodies

Qui poursuit le gecko de son pas chancelant.

 

Au fond, ce n'était rien, qu'un instant dérobé

À la course du fleuve où périssent les âges,

Quelque rêve aérien, tout d'amour enrobé,

Priant que l'aube pleuve enfin sur nos visages.

 

Mais du bout de son aile il traçait un chemin,

Esquissait l'avenir où les rêvent s'envolent,

Longeant l'ombre charnelle, errant main dans la main,

Sans jamais retenir ces âmes qui convolent.




#355097 Se taire aussi...

Posté par baccala - 22 novembre 2018 - 08:54

Nommer la poésie

Comme éxiler les mots

Sous les volutes sonores

De l’injonction verbeuse.

 

A ces terres arides

Où le sable nous murmure

Qu’il faut savoir se taire, aussi…